Séries

[Critique] Une si longue nuit (TF1) : Parfois l’amnésie a du bon 

Portée par Mathilde Seigner, Une si longue nuit est la nouvelle création originale TF1, ou plutôt la nouvelle adaptation française ratée de la une. En effet, si dans sa globalité le scénario ressemble à celui de la création britannique de Peter Moffat, Criminal justice, déjà adaptée avec brio aux Etats-Unis par HBO sous le nom de The night of avec John Turturro, cette version française, déjà disponible en intégralité sur Salto, manque cruellement de finesse.

Une si longue nuit – TF1 – 2022

Synopsis : Sami est étudiant. Il vit chez ses parents dans la banlieue de Marseille. Pour aller à cette soirée qu’il ne faut absolument pas rater, il décide d’emprunter le taxi de son père. Il n’ira jamais à cette soirée. En chemin, il rencontre Gloria avec laquelle il passe une nuit magique. Lorsqu’il se réveille, Gloria est morte, sauvagement assassinée. Sami est arrêté sur les lieux du meurtre. C’est le coupable idéal. Sauf pour Isabelle, avocate pénaliste fantasque et désabusée qui accepte de le défendre.

Une si longue nuit commence comme beaucoup de fictions de TF1, avec les droits d’adaptation d’une série étrangère à succès. Une mini-série que la première chaîne pense trop intelligente et complexe pour être proposée telle qu’elle en France, en prime, sur une chaîne généraliste leader. Elle décide donc d’adapter le scénario à grand coup de machette afin d’y apporter sa “french touch”. Parce qu’une série TF1, même en 2022, ça ne fait pas dans la finesse ou la subtilité. Il faut donc dans un premier temps supprimer tout ce qui fait la saveur de la version originale : L’implicite. 

Évitons au maximum de faire réfléchir le téléspectateur en expliquant oralement tout ce qui est simplement laissé à l’interprétation, dans les versions précédentes et en grossissant le trait de tout ce qui est déjà explicite. C’est ainsi qu’un simple jeu de regard entre le personnage principal (Ben Whishaw, outre manche ou Riz Ahmed, outre atlantique) et ses partenaires, se transforme en de longue tirades dans la version hexagonale. Les intrigues secondaires sont donc exposées avec plus d’emphase et empiète sur l’enquête qui, comme elle devient trop explicite, n’a plus besoin de nous laisser le temps de la réflexion. Les méandres du système judiciaire ne deviennent plus qu’un simple prétexte aux aventures clownesque du personnage principal.

A cela TF1 ajoute son casting maison avec tout un tas de visages déjà bien exposés dans leurs autres fictions ou quotidiennes:  Lannick Gautry, Antoine Duléry, Samira Lacchab (Demain nous appartient), Alain Bouzigues (Un si grand soleil), David Baiot ou Avy Marciano (Plus belle la vie). C’est ainsi que dans l’un des rôles principaux on retrouve Mathilde Seigner. Natacha Lindinger ne devait pas être disponible et Audrey Fleurot trop occupée sur le tournage de HPI saison deux. La grande Mathilde Seigner donne donc tout ce qu’elle a en stock, c’est-à-dire la même chose que d’habitude, une sorte de Sam mal dégrossie mais au lieu d’être prof, elle est avocate. Un personnage qui dans sa version d’origine à de vraies névroses et une psychologie complexe notamment dû à son métier et son parcours, mais qui ici, n’a que de gros sabots et un culot monstre. La série devient donc une énième série policière, centrée sur un personnage atypique mais efficace dans son métier, rien de très original pour la chaîne. En même temps, difficile de se démarquer du reste quand on garde les mêmes équipes tant à l’écran qu’à la réalisation ou l’écriture puisqu’on retrouve de se coté là, Jeremy Minui et Clothilde Jamin déjà à l’œuvre sur Baltazar par exemple.

Heureusement, TF1 essaye quand même de proposer quelques nouveaux visages, histoire de renouveler son carnet d’adresse. Notamment au niveau des jeunes comédiens avec Sayyid el Alami déjà vu sur Netflix ou encore  à l’instar de Maxence Danet Fauvelle, Assa sylla qui ont fait leurs armes dans le vivier de France.tv slash sur Skam. Ils apportent un peu de fraîcheur à l’ensemble et leurs personnages sont de loin ceux qui collent le mieux avec ceux des autres versions. Tout comme Jean-Pierre Darroussin qui apporte un peu de rondeur dans le jeu et la surprise Kaaris caution jeune du programme. La transposition de l’intrigue à Marseille est également plutôt bien sentie et offre de sympathique vues de la ville.

Au final, on se demande pourquoi adapter une série étrangère qui a du cachet pour en faire un copier coller de ce qui se fait déjà en masse sur la chaîne. Même le plaisir de la conclusion est gâché par une preuve qui tombe comme un cheveux sur la soupe alors que dans les versions d’origines l’ensemble des épisodes travaille à la révélation. 

5/10

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