[Notre avis] Projet Dernière Chance : Ryan Gosling rate son réveil et sauve l’humanité !

Sorti le 18 mars 2026 dans les salles, Projet Dernière Chance (Project Hail Mary en VO) est l’un des événements cinématographiques de l’année. Adapté du roman à succès d’Andy Weir (The Martian), le film réunit Ryan Gosling en tête d’affiche, Sandra Hüller dans un rôle de soutien crucial, et James Ortiz au sein d’un casting soigneusement composé. Derrière la caméra, le duo Phil Lord et Christopher Miller (The Lego Movie, Spider-Man: Into the Spider-Verse) signe son retour à la réalisation en prise de vues réelles après plus d’une décennie. Que vaut vraiment ce blockbuster spatial aux ambitions immenses ?

Synopsis : Ryland Grace se réveille d’un coma artificiel à bord d’un vaisseau spatial, seul survivant d’un équipage de trois. Il réalise progressivement qu’il se trouve à des années-lumière de la Terre, envoyé pour percer le mystère des « astrophages », des organismes qui dévorent l’énergie des étoiles et menacent notre soleil d’extinction. En orbite autour de Tau Ceti, il découvre qu’il n’est pas seul : une forme de vie extraterrestre tente d’entrer en contact avec lui. Commence alors une improbable collaboration pour sauver leurs deux civilisations.

Un spectacle visuel impressionnant

Phil Lord et Christopher Miller ont toujours excellé dans l’art de mélanger comédie décomplexée et sincérité émotionnelle. Avec Projet Dernière Chance, le duo signe leur premier long métrage en prise de vues réelles depuis plus de douze ans, en démontrant que leur sens de l’humour tonique et de l’émotion sincère est parfaitement intact.

La réalisation est techniquement remarquable. Le directeur de la photographie Greig Fraser, déjà célèbre pour son travail sur la saga Dune, filme en IMAX la vastitude de l’espace et la sophistication architecturale du vaisseau avec une force saisissante. Le parti pris de privilégier des effets pratiques et des décors physiques plutôt que le tout-numérique confère au film une texture rare dans le blockbuster contemporain. Cette approche fait une différence massive dans l’immersion globale de l’expérience.

Là où le bât blesse légèrement, c’est dans la gestion du rythme. Avec une durée de 2h36, le film accuse quelques longueurs — environ 20 minutes de trop — et sa conclusion multiplie les faux départs. La séquence de karaoké d’Eva sur Sign of the Times de Harry Styles, par exemple, interrompt maladroitement le flux narratif. Ces excès de sentiment, si caractéristiques du style Lord & Miller, peuvent frôler le trop-plein à certains moments.


Drew Goddard adapte Weir avec fidélité… parfois au détriment de la tension

Drew Goddard retrouve Andy Weir après son adaptation oscarisée de The Martian (Seul sur Mars) en 2015. Le résultat est solide, mais inégal. Comme dans Seul sur Mars, le scénario transforme des concepts scientifiques pointus — mécanique orbitale, astrobiologie, physique — en divertissement grand public parfaitement digeste.

La structure en flash-backs fonctionne bien pour distiller progressivement les enjeux et l’origine de Grace. En revanche, l’un des défauts majeurs du script est que la dimension névrotique et angoissée du personnage, très présente dans les scènes terrestres, s’évapore une fois à bord du vaisseau, laissant place à un Gosling trop lisse, trop maître de lui. La menace existentielle — l’extinction de l’humanité — pèse étonnamment peu dans l’atmosphère générale du film, qui mise davantage sur la chaleur humaine et l’amitié que sur la tension ou le conflit dramatique.

Le personnage de Rocky, l’alien, est en revanche une vraie réussite scénaristique : sa relation avec Grace repose sur une logique de communication progressive et crédible, et le film évite intelligemment l’écueil de l’anthropomorphisme trop facile.


Gosling au sommet, Hüller sous-exploitée

Ryan Gosling porte le film sur ses épaules avec une aisance confondante. Sa performance évoque son rôle dans The Nice Guys : un jeu physique, twitchy, plein d’autodérision, qui rend crédible un génie scientifique rongé par le doute. Ce n’est pas le Gosling mélancolique de First Man — c’est un Gosling vif, spirituel, parfaitement calibré sur la sensibilité de Lord et Miller. Plusieurs critiques le citent déjà comme prétendant sérieux aux récompenses de fin d’année.

Sandra Hüller, révélation internationale avec Anatomie d’une chute (Palme d’Or 2023), incarne Eva Stratt, la directrice du projet Hail Mary sur Terre. Son rôle est celui de la supérieure de Grace, cheffe de projet inflexible mais humaine. Malheureusement, son personnage souffre d’un développement insuffisant dans le scénario : reléguée aux séquences de flash-back, Hüller n’a pas l’espace pour déployer pleinement son talent immense. C’est le sacrifice le plus regrettable d’une adaptation qui se concentre inévitablement sur la relation Grace / Rocky.

Milana Vayntrub apparaît dans un rôle secondaire qui reste anecdotique à l’écran. Son potentiel comique et sa présence naturelle sont peu exploités.

Enfin, il faut saluer le travail remarquable de James Ortiz et de son équipe de marionnettistes, les « Rockyteers », dont le talent expressif donne vie à Rocky avec une telle conviction qu’on finit par s’attacher profondément à cette créature sans visage.


Un blockbuster généreux, imparfait et profondément attachant

Projet Dernière Chance n’est pas le film parfait que son score Rotten Tomatoes pourrait laisser croire. Trop long, parfois trop sentimental, il sacrifie la tension dramatique sur l’autel de la bonne humeur. Mais c’est aussi l’un des films de science-fiction les plus sincèrement joyeux, émouvants et intelligents de ces dernières années. Il figure parmi les meilleurs films SF depuis Premier Contact, et constitue un argument éloquent pour le cinéma original face aux suites et aux reboots. Difficile de ne pas partir avec le sourire — et peut-être une larme — en quittant la salle.

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