[Notre avis] Le Signal – 149 kHz (Novo 19) : Une adaptation ambitieuse du thriller de Maxime Chattam

Adapter Le Signal, roman dense et inquiétant de Maxime Chattam, relevait du défi. Avec Le Signal – 149 kHz, la fiction télévisée française s’aventure sur un terrain encore fragile : celui du thriller fantastique à la croisée du drame familial et de l’horreur psychologique. Tout d’abord prévue pour la plateforme Paramount, la série est finalement lancée ce jeudi 29 janvier sur Novo 19, marquant une vraie ambition en terme de fiction pour la chaîne du groupe Ouest France.

Synopsis : En quête de tranquillité pour se retrouver en famille pendant sa grossesse, Olivia s’installe avec son mari Paul et leur fille adolescente rebelle, Camille, sur une île isolée de Bretagne. Très vite, Camille est témoin d’étranges phénomènes, tandis que plusieurs habitants trouvent la mort dans des circonstances mystérieuses. Avec ses nouveaux amis, elle décide de percer les secrets de l’île, et se retrouve confrontée aux démons du passé que tous auraient préféré oublier.

Une île bretonne comme caisse de résonance de la peur

Tout commence par un désir de recommencement. Une famille quitte la ville pour s’installer sur une île bretonne reculée, espérant y trouver calme et apaisement. Mais très vite, le décor idyllique se fissure. L’île, battue par les vents et coupée du monde, devient un espace clos où le malaise s’installe insidieusement.

La mise en scène tire habilement parti de cet environnement. Falaises abruptes, routes désertes, intérieurs silencieux : le paysage impose une tension sourde, presque constante. L’île n’est pas qu’un cadre, elle agit comme un catalyseur, révélant les failles des personnages et amplifiant l’étrangeté des événements. Ainsi cette île fictive, Kernolé, devient un personnage à part entière.

Une intrigue hantée par une fréquence mystérieuse

Au cœur du récit, une énigme : une fréquence radio, 149 kHz, qui semble relier passé et présent, vivants et morts. Ce motif sonore, à la fois concret et symbolique, nourrit une atmosphère troublante. La série joue avec l’idée de la transmission — des ondes, des souvenirs, des traumatismes — sans toujours en livrer immédiatement les clés.

Cette lente montée en tension fonctionne par moments très bien, mais souffre parfois d’un excès de pistes narratives. Entre enquête, drame intime et phénomènes inexpliqués, la série semble hésiter sur la direction à privilégier, au risque de diluer son mystère.

Le Signal – 149 kHz prend des risques en donnant un aspect assez fantastique, et on espère seulement qu’ils vont aller au bout et assumer totalement le genre.

Des personnages solides au cœur du chaos

L’un des atouts majeurs de Le Signal – 149 kHz réside dans son casting. Les comédiens incarnent avec justesse des personnages fragilisés, pris au piège d’une situation qui les dépasse. Les figures parentales, rongées par le doute et la culpabilité, contrastent avec les plus jeunes personnages, souvent plus réceptifs à l’étrange. On retrouve, entre autres, Clotilde Hesme (Lupin, Les Revenants…), Grégory Montel (Dix pour cent, Les Enchantés...) et Annabelle Lengronne (Cuisine Interne).

L’adolescente de la famille, passionnée de sciences et de radio, apporte une dimension particulièrement intéressante : elle tente de rationaliser l’inexplicable, offrant un contrepoint crédible à la dérive surnaturelle du récit. Sarah Pachoud qui interprète Camille est la révélation de la série.

Un équilibre fragile entre réalisme et fantastique

C’est précisément sur ce terrain que la série divise. Lorsqu’elle suggère plus qu’elle ne montre, Le Signal se révèle efficace et oppressante. En revanche, certaines incursions plus frontales dans le fantastique paraissent moins maîtrisées, affaiblissant parfois l’impact émotionnel de l’histoire.

On sent une volonté de rester accessible au grand public, quitte à lisser certains aspects les plus sombres ou dérangeants du roman original. Ce choix rend la série plus consensuelle, mais aussi moins audacieuse qu’elle ne pourrait l’être.

Le Signal – 149 kHz ne s’impose pas comme une révolution du genre, mais elle marque une étape intéressante dans le paysage des séries françaises. C’est un très beau produit d’appel pour la chaîne Novo 19 en terme de fiction originale. Portée par une atmosphère travaillée, un décor fort et un concept intrigant, elle parvient à captiver malgré ses faiblesses narratives.

Une adaptation qui ne satisfera pas tous les lecteurs de Maxime Chattam, mais qui mérite d’être saluée pour sa tentative de faire vibrer, sur une fréquence encore trop rare à la télévision française, un véritable frisson fantastique.

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