[Interview] Mohamed Benyekhlef, co-créateur de Nouveau Jour, nous dévoile les dessous du nouveau feuilleton quotidien de M6

Ce lundi 30 juin à 20h35, M6 lance Nouveau Jour, son feuilleton quotidien qui se déroule dans la région de Montpellier dans un grand hôtel. Derrière cette nouvelle série, on retrouve Mohamed Benyekhlef, co-créateur de Nouveau Jour et directeur de collection, avec qui nous avons pu nous entretenir. Dans cette première partie d’interview, il nous parle de l’origine du projet, du défi de cette nouvelle quotidienne après avoir travaillé sur Demain nous appartient et Ici tout commence, et fait un tour d’horizon du casting.

Peux-tu nous parler un peu de la genèse de Nouveau Jour ? Comment est née l’idée du projet ?

Mohamed Benyekhlef : Bien sûr. Comme c’est le premier feuilleton quotidien de M6, il y a eu de longues discussions avec la chaîne pour trouver un feuilleton qui soit à la fois efficace, très apprécié des consommateurs du genre, mais aussi en accord avec l’ADN de M6. Avec M6 on a eu quelques mois de discussion sur quel type de feuilleton on veut, comment on veut l’imaginer, comment on veut le poser. Avec Mari Mouazan, qui a co-créé la série avec moi, on a rapidement eu envie de faire une série qui parle de lâcher-prise, d’émancipation, d’oser aller au bout de ses rêves. C’est vraiment parti de cette thématique avant même de penser aux personnages ou à l’arène.

On savait aussi qu’on voulait suivre des personnages dans un environnement professionnel, sans encore savoir lequel. Petit à petit, est venue l’idée de l’hôtel : un lieu parfait pour ce qu’on voulait raconter. C’est à la fois un lieu de passage, où l’on peut croiser une multitude de personnages différents, et c’est aussi un cadre propice à des tensions sociales — entre les clients riches et les employés, avec un petit arrière-goût de lutte des classes qui nous plaisait beaucoup.

En plus de ça, l’hôtel nous permettait de raconter une vraie histoire familiale. Le point de départ était clair : suivre des personnages qui osent aller au bout de leur rêve, s’émanciper, se réinventer, quel que soit leur âge.

On suit deux générations : des jeunes d’une vingtaine d’années, qui deviennent adultes, ont leur premier job, gagnent leur indépendance et se cherchent, tant professionnellement que sentimentalement. Ils vont quitter leur mec, leur meuf pour se mettre avec quelqu’un d’autre qui travaille potentiellement au sein de cet hôtel. On s’est dit que c’était un super endroit pour créer du soap. C’est la même chose sur les personnages adultes de 45-50 ans, qui se demandent s’ils sont heureux dans la vie qu’ils ont construite et s’ils ont le droit de tout remettre en question pour repartir de zéro et aller au bout de leurs rêves à cet âge-là.

C’est vraiment en partant de ces thèmes qu’on a imaginé l’arène de l’hôtel, puis bâti la galerie de personnages : la famille Bartoli, la famille Maillol et tous ceux qui gravitent autour.

Après avoir travaillé sur Demain nous appartient et Ici tout commence, quel était le nouveau défi avec Nouveau Jour ?

Le premier défi, c’est que Nouveau Jour, c’est ma création. Partir d’une page blanche, c’était extrêmement excitant. Avec Mari, on devait imaginer une arène, construire 30 à 35 personnages, définir leurs trajectoires. Et surtout, il fallait trouver un moyen de se démarquer, car après avoir travaillé sur plein d’épisodes de feuilletons, on a exploré beaucoup de choses, d’intrigues, de mécanismes… C’est comment trouver de l’inédit dans ce qu’on raconte.

La nouveauté est venue de deux axes principaux. D’abord, même si on reste sur les codes du feuilleton quotidien, on a essayé d’aller vers un ton très « soft thriller » sur les intrigues A, On a deux personnages de policiers sur la série qui servent plus à crédibiliser des moments d’enquête quand il y a une disparition, un meurtre, un sabotage, un corbeau … Mais toujours racontées du point de vue de nos personnages, qui ne sont pas policiers. C’est le premier truc qui nous plaisait.

Deuxième axe : proposer un soap qui ne soit pas uniquement centré sur les histoires d’amour, les trahisons ou les secrets de famille. Bien sûr, ces éléments sont là, mais on a voulu pousser les curseurs, les emmener un peu plus haut et plus loin, d’être plus proche d’une tonalité à la Desperate Housewives, Elite, Dynastie ou Melrose Place, ces soap cultes avec un ton plus pop, plus décomplexé.

Et puis, il y avait un vrai défi personnel : intégrer de la comédie, notamment dans les intrigues B. C’est quelque chose que M6 souhaitait et qui me tentait beaucoup dans ma carrière. On ne s’interdit pas, à l’avenir, de faire des intrigues A purement comiques. Ces deux challenges m’ont vraiment stimulé et donné l’impression de repartir de zéro malgré mes années d’expérience. C’est assez réjouissant et cool.

Justement, dans la comédie, on ressent vraiment la « patte M6 ».

Complètement. D’un côté, on a une équipe de scénaristes qui adore la comédie et je les pousse à s’éclater dans l’écriture, à pas avoir de filtre. Et de l’autre, les équipes de la chaîne, qui sont des spécialistes de la comédie, avec des séries cultes comme Scènes de ménages, Caméra Café ou Kaamelott. Ils nous apportent énormément de conseils pour rendre les scènes vraiment efficaces. Et je crois que ça fonctionne bien, notamment dans les intrigues secondaires.

Aviez-vous déjà des comédiens en tête en écrivant ?

Quand on a imaginé les personnages, on avait des figures en tête, parfois des comédiens. Par exemple, pour Louise, on avait très tôt en tête une actrice comme Helena Noguerra, sans forcément penser qu’on l’aurait. Elle incarnait parfaitement cette femme matriarche, puissante, charismatique, mais avec une vraie sensibilité. On se disait Héléna Noguerra c’est vraiment une référence pour nous.

Sur d’autres rôles, comme celui de Sofia, on a aussi pensé à Aurélie Konaté, sans écrire directement pour elle. C’était plus des inspirations. Globalement on avait des images en tête mais le travail de casting se met en place et il y a ce truc incroyable entre comment on écrit un personnage et comment le comédien le porte. Quand un comédien arrive avec son énergie, ça nous donne parfois envie de réécrire ou d’approfondir certains aspects de son rôle. Prenons l’exemple du personnage de Louise. On trouve qu’Helena y met beaucoup d’émotion, notamment dans sa relation avec Gabriel (Jean-Baptiste Maunier). Elle a un côté très maman louve qu’on avait peut-être moins au moment où on l’écrivait. Evidemment il y avait ce rapport avec Gabriel qui était très important. Mais elle y apporte une affection dans son rapport à son fils qui nous influence nous derrière à l’écriture. Et donc on a toute une trajectoire qu’on est en train de mettre en place autour de la relation Louise et Gabriel, qu’on n’avait pas forcément anticipé au début à l’écriture, on savait qu’on allait aller là-dessus, mais peut-être pas aussi rapidement.

Et comment s’est déroulé le casting pour les autres personnages ? Est-ce qu’il y a eu des coups de cœur, des évidences ?

Alors c’est toujours marrant sur les feuilletons quotidiens, il y a 35 personnages, donc évidemment, comme l’écriture, c’est en mouvement tout le temps je crois. Le casting a duré 5-6 mois. Helena Noguerra, quand on l’a rencontré avec Mari et Aude Thévenin, la productrice, on est rentré dans le café, on l’a vu, on s’est dit c’est elle sans même lui avoir parlé. On l’a vu dans ses gestes, dans sa façon d’être. C’était Louise Bartoli. Donc ça s’est fait tout de suite. On s’est dit évidemment. Des personnages comme Franck, Bruno Solo était une évidence absolue, énorme coup de cœur. Les têtes d’affiche, globalement, gros coup de cœur.

Non, ça s’est beaucoup joué sur les jeunes où en fait, on a aussi cherché beaucoup de jeunes qui viennent de Montpellier notamment. Et là c’est des rencontres entre un comédien et un personnage. Avec Mari, on a évidemment des images en tête de personnage. Et puis il y a des comédiens qui déboulent et on se dit je ne sais pas du tout ce qu’on imaginait mais ça marche. Et en fait, le comédien l’amène à un endroit totalement différent. Je trouve ça génial parce que ça serait un peu dommage que nous, en tant qu’auteur, on ait exactement toutes les images qu’on voulait avoir sur des comédiens. Et je trouve ça génial d’avoir ces moments où en fait, t’as pas du tout le comédien que t’imaginais à la base, et il apporte autre chose et quelque chose de complètement différent. Et ça devient d’autant plus réjouissant de travailler sur ces personnages là. Et c’est arrivé pas mal sur les jeunes. Il y a une spontanéité, une énergie nouvelle qui se met en place et ça nous permet de conduire nos personnages vers des endroits où on ne les imaginait absolument pas aller.

Et pour le personnage de Théa ça a été une évidence tout de suite. on l’a vu, on s’est dit, elle est moderne, elle a une énergie. D’ailleurs sur le personnage de Théa, pour faire une petite digression, on s’était dit qu’on voulait avoir une héroïne, qui soit évidemment dans les codes de ce qu’on a l’habitude de voir sur des héroïnes de feuilleton, mais on lui voulait une petite aspérité en plus. On l’a vachement travaillé sur les dialogues, un côté très ironique avec beaucoup de second degré. Et quand on a vu Marion Aymé, on s’est dit « Oh waouh », elle porte ça de manière tellement naturelle. C’est absolument génial. Enorme coup de cœur très rapidement.

Le personnage de Camille est en situation de handicap. La comédienne l’est-elle aussi dans la vie ?

Oui, tout à fait. Dès le départ, on voulait un personnage qui souffre de handicap et qui soit influenceuse. Mais on ne voulait pas imposer un type de handicap précis, on a laissé carte blanche aux casteurs pour trouver ce rôle-là. Lors du casting, Nelia Kecira, qui est amputée d’une jambe, s’est imposée par son naturel, son humour, son énergie, elle portait hyper bien le personnage. Et on a construit le personnage de Camille autour d’elle, sans que son handicap soit sa seule caractéristique. Camille est un personnage comme les autres, avec ses rêves, ses histoires, ses défis. Et paradoxalement, c’est l’un des personnages qui incarne le plus la thématique de la série : l’émancipation et le fait que tout est possible tant qu’on prend son destin en main. C’est hyper agréable de travailler avec le personnage de Camille car elle incarne vraiment ce qu’on veut raconter, et la comédienne est très forte en comédie et en drame, c’est un bonheur d’écrire pour elle. Mais on traitera tout de même de son handicap dans la série.

Le casting compte plusieurs acteurs déjà vus dans d’autres feuilletons. C’était voulu ?

Franchement, c’était complètement un hasard. On a vraiment cherché les comédiens et les comédiennes qui correspondaient le plus aux personnages, ou comme je te disais tout à l’heure, qui nous les emmenaient à un autre endroit. Mais qui nous, en tant qu’auteurs, et aussi côté production et côté chaîne, apportait tellement de choses que ça valait le coup. Au casting il y avait ce truc de on ne se bloque pas sur est-ce que untel a fait tel feuilleton… Le plus important, c’est qu’il incarne ce personnage. Et j’ai le sentiment, ça ne reste que mon avis personnel, que les personnages de cette série sont suffisamment bien caractérisés pour qu’on oublie un peu les personnages qu’ils ont incarnés dans les autres feuilletons.

On sent que l’hôtel lui-même est presque un personnage à part entière. Était-ce voulu que le domaine Bartoli soit comme un personnage de la série ?

Absolument. On voulait un lieu qui fasse rêver, mais qui reste accessible, un endroit où le spectateur puisse se dire : « Tiens, avec un peu d’économies pour les vacances, je pourrais me faire une folie et aller dans cet hôtel. » On avait besoin que cet hôtel parle au public. Puis c’est un très bel hôtel. On voulait que ça soit un personnage dans le sens qu’il soit rempli de secrets, il est très incarné par la famille Bartoli. Chaque membre de la famille a un rapport très particulier avec cet hôtel : Lucien qui a disparu en mer, Louise en hérite, Tarek (Mhamed Arezki) est frustré d’en être écarté et qu’on ne le considère pas comme un potentiel héritier même s’il ne le montre pas, Audrey (Gabrielle Atger) a coupé les ponts avec sa famille et voit cet hôtel comme un endroit de souffrance. Et pour Thea, c’est l’endroit de toutes ses ambitions, de ses rêves, de cette histoire familiale qu’elle ne connait absolument pas. A travers son regarde on va découvrir cet hôtel, ses employés, son histoire. L’hôtel est vraiment au cœur des intrigues, tout est connecté à lui. Il va révéler pas mal de secrets, peut-être plus que les personnages eux-mêmes (rires).

Et puis au-delà de ça on a l’expérience de Ici tout commence qui est autour de cette grande école de cuisine. Je voulais, en tant qu’auteur, utiliser les forces de cette arène qui va être un personnage à part entière, mais qui va être aussi ouvert sur la ville pour pouvoir offrir des intrigues très fortes autour de cet hôtel mais avoir suffisamment de respiration pour aller voir les autres personnages dans d’autres sous arènes de la série. La Pena Loca, la salle de sport, la maison des Maillol… ils sont tous reliés à l’hôtel par les personnages. Par exemple Kim travaille à l’hôtel, son frère à la Pena Loca, sa mère à la caserne de pompier, tout est relié en réalité. L’hôtel restera toujours au centre.

Est-ce que vous avez peur de perdre les « gros noms » de la série à un moment donné ?

Non, pas du tout. Notre priorité, c’est que tout le monde soit heureux dans cette aventure. On veut que les comédiens s’épanouissent, qu’ils soient heureux de défendre leur personnage, qu’ils aient envie de rester.

Et s’il arrive un moment où certains souhaitent aller faire autre chose, on essaiera de l’intégrer de manière intelligente à l’écriture. Mais honnêtement, aujourd’hui, ils sont tous hyper investis et très heureux d’être là. On a vraiment cette sensation d’être une troupe soudée, avec une envie commune de faire vivre ce feuilleton longtemps.

Notre objectif, c’est de leur offrir des intrigues qui soient toujours passionnantes, fortes, qu’ils aient plaisir à défendre. Et au final, ça se rejoint avec ce qu’on veut proposer au public : une série addictive, avec des personnages qu’on a envie de suivre sans jamais lâcher.

Propos recueillis par E.L. pour surnosecrans.com

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