[Notre avis] Avignon : Une comédie tendre qui touche juste

Révélé en janvier dernier au Festival de l’Alpe d’Huez, où il a décroché le Grand Prix du jury, Avignon, réalisé par Johann Dionnet et porté par un Baptiste Lecaplain en état de grâce, fait une entrée remarquée dans le paysage de la comédie française. Sympathique, mélancolique et profondément humain, le film navigue avec une aisance surprenante entre satire du milieu théâtral et quête existentielle d’un trentenaire en crise.

Un cadre inattendu pour une comédie existentielle

C’est un pari rare dans la comédie française : situer l’action dans le monde singulier et exigeant du Festival d’Avignon, haut lieu du théâtre contemporain. Ce cadre, souvent ignoré au profit de décors urbains ou balnéaires plus « vendeurs », est ici utilisé non comme toile de fond folklorique, mais comme un véritable personnage à part entière — un labyrinthe culturel, à la fois foisonnant et étouffant, qui pousse le protagoniste à la remise en question.

Comédien en perte de vitesse, Stéphane débarque avec sa troupe au Festival d’Avignon pour jouer une pièce de boulevard. Il y recroise Fanny, une comédienne de renom, et tombe sous son charme. Profitant d’un quiproquo pour se rapprocher d’elle, Stéphane s’enfonce dans un mensonge qu’il va devoir faire durer le temps du festival…mais qui va très vite le dépasser ! Le choc des univers est immédiat : entre le théâtre classique et la comédie, le film construit une tension comique qui flirte sans cesse avec la gêne, parfois même le malaise.

Il interroge aussi, en filigrane, le rôle de l’artiste aujourd’hui : faut-il divertir ou déranger ? Faire rire ou faire réfléchir ? S’adapter ou résister ? Le choc des genres s’affrontent dans Avignon, au même titre que souvent le cinéma passe pour un art supérieur comparé aux séries TV.

Ce qu’on reproche à Avignon, c’est que finalement il nous fait plus sourire que vraiment rire. Le cadre est original et c’est intéressant de découvrir l’envers du décor du Festival d’Avignon, mais le film reste classique dans le genre comédie romantique.

Baptiste Lecaplain, entre fragilité et maturité

Il faut dire que Baptiste Lecaplain n’a jamais été aussi convaincant. Loin de son image de clown lunaire, il livre ici une performance toute en retenue, sans chercher à séduire à tout prix.

Autour de lui, le casting secondaire est d’une grande solidité. Alison Wheeler, Elisa Erka, Lyes Salem, Johann Dionnet ou encore Amaury de Crayencour.

Une récompense méritée à l’Alpe d’Huez

Qu’un film aussi sensible et atypique remporte le Grand Prix de l’Alpe d’Huez n’est pas anodin. Le jury a salué une œuvre qui, sous couvert de rire, interroge les faux-semblants de la notoriété et la difficile réconciliation entre ambition artistique et besoin de reconnaissance. C’est aussi un signal fort pour une comédie française qui, ces dernières années, a trop souvent cédé à la facilité. Avignon n’a rien de formaté : c’est un film d’auteur déguisé en comédie populaire, ou l’inverse.

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