Alors que M6 a lancé son nouveau feuilleton il y a déjà une semaine, Mohamed Benyekhlef, co-créateur de Nouveau jour, est revenu pour nous plus en détail sur cette première arche. Il nous dévoile ses inspirations, ses craintes, ses challenges, les enjeux de ce début de série, si la mort de personnages est envisagée, et il nous parle également des objectifs de M6 concernant l’audience de cette nouvelle fiction.

La série commence avec un flashforward. Pourquoi ce choix ?
Mohamed Benyekhlef : On voulait surprendre, casser un peu les habitudes du feuilleton quotidien. Ce flashforward de quatre mois pose une énigme forte dès le premier épisode, avec le personnage de Laetitia Milot, les mains en sang. Tout au long des quatre premiers mois, on déroule l’intrigue pour comprendre comment on en est arrivé là et dévoiler le mystère dans l’arche numéro 4, qui sera une arche événementielle autour du personnage de Laetitia Milot. Et on ne s’interdit pas de recommencer ce type de mécanique à l’avenir pour surprendre les téléspectateurs et nous surprendre, nous, les scénaristes. On va emmener le spectateur là où il ne s’y attend pas. On a hâte que le public découvre ce qu’on va faire avec ce flashforward (rires). On est très fier de ce qu’on a imaginé autour.
Comment avez-vous construit cette première arche autour du corbeau ?
Quand on a imaginé Nouveau Jour, on s’est dit on veut avoir des codes très rassurant du feuilleton quotidien pour pas du tout créer une déroute ou un sentiment de pas reconnaître ce qu’on attend dans les feuilletons. Il y a toujours des éléments un peu codifiés dont on a l’habitude, on aime bien son petit corbeau, on aime bien la tromperie, on aime bien la question d’héritage. Ou des histoires de disparition, de mort, de réapparition. Tous ces trucs là, c’est des codes de feuilleton. On sait que le public les connaît, les attend. Et c’est comment, avec ces éléments là, créer des choses surprenantes ou étonnantes. Du coup, sur cette arche numéro une, on s’est dit qu’on avait envie de travailler sur la figure du Corbeau qui est une figure qu’on a vu, je pense, sur tous les feuilletons. Et c’est en effet comment le moderniser ou lui donner une petite aspérité, ou un élément un peu surprenant. On s’est inspiré alors de séries comme Alice in Borderland et Squid Game avec des espèces d’énigmes. Et quand on n’y répond pas, il y a un malus qui déboule, et tout ça pour créer une arche très ludique et très fun, un peu jeux vidéo dans sa mécanique mais tout en gardant les codes de ce qu’on fait dans du feuilleton. Et il y a plein de mystères et plein de trucs assez marrants. Enfin dans les malus qu’on a imaginé il y a des choses assez surprenantes, je vais pas trop en dire, mais on s’est vraiment amusé et on s’est lâché sur pas mal de trucs. L’idée en tout cas c’était dans cette arche de créer des vrais moments de fun qui font un peu flipper ou qui vont mettre en danger les personnages, mais toujours avec quelque chose de très divertissant. Et en effet, Squid Game et Alice in Borderland ont été un peu des références pour cette arche, évidemment qu’on fait passer sous le filtre du feuilleton. Et puis il y aura une petite révélation suite à ces différents jeux dangereux.
Est-ce que vous vous interdisez de tuer des personnages ?
Non, mais c’est une vraie question dans un feuilleton. Le deuil est quelque chose de très lourd à traiter émotionnellement et sur la durée. Donc chaque fois qu’on envisage de tuer un personnage, on pèse le pour et le contre. Est-ce qu’on préfère le faire disparaître temporairement pour le faire revenir avec un secret, ou aller au bout et le tuer ? Ce sont des choix narratifs importants, mais non, on ne s’interdit rien. Parce qu’on cherche à surprendre, parce qu’on cherche à étonner. Peut-être qu’un jour on tuera un personnage qui réapparaîtra et qui a fomenté sa propre mort. On ne sait pas. Ce qui est certain c’est qu’on ne le traitera jamais sous forme de polar. On ira plus sur du soap avec nos personnages et être plus proches d’une écriture à la Desperate Housewives. Mais on ne s’interdit pas de tuer des personnages mais pour l’instant c’est pas prévu. Puis au-delà de ça, au-delà de tuer des personnages, d’avoir des morts dans la série, ça on ne se l’interdit pas non plus, ce qui nous intéresse ce sont les conséquences. Donc, je pense que c’est là aussi où on peut se différencier, c’est en faire du soap mais du soap un peu thriller justement.

Quels sont les enjeux de ce début de série en terme de narration ?
Installer les familles Bartoli et Maillol. C’est une très grande famille où on a ces 3 personnages qui sont Louise (Helena Noguerra), Tarek (Mhamed Arezki) et Audrey (Gabrielle Atger), qui ont chacun un rapport très compliqué avec leur propre famille, qui ont chacun une famille qu’ils ont construit. La série commence avec cette fratrie là qui sont à un moment de leur vie où c’est très névrosé. Audrey a carrément coupé les ponts avec Louise. Et on va découvrir pendant cette première saison comment cette fratrie, avec Théa (Marion Aymé) au centre, va recréer des liens. Est-ce qu’Audrey va se rapprocher de Louise ? Est-ce qu’Audrey va se rapprocher de Tarek ? Est-ce que Tarek va couper les ponts avec Louise pour se rapprocher d’Audrey ? On met en place tout au long de cette saison ces jeux d’alliances pour parler de la famille et à quel point c’est un endroit essentiel pour trouver sa place et en même temps un endroit plein de névrose.
L’autre challenge, c’est la comédie. Comment faire exister cette comédie très assumée dans le cadre d’un feuilleton quotidien et là j’ai vraiment hâte que le public découvre ce qu’on a imaginé, notamment avec des personnages comme Jade (Justine Grave) ou Joey (Manoëlle Gaillard). Jade qui est la réceptionniste de l’hôtel. Joey et Robbie (Kévin Dias) qui sont des clients de l’hôtel très haut en couleur. Où on a imaginé plein de choses très sympas autour de ces personnages là. Et pareil pour des personnages comme celui de Franck (Bruno Solo), de Erwan (Vincent Desagnat), qui sont très comédie au début de la série. Les enjeux de ce début de saison ce sont ces deux éléments là, la famille et l’humour.
Si j’ai bien compris, Théa pourrait finir par quitter Marin, son copain, et peut-être rencontrer quelqu’un d’autre ?
Ce qu’on raconte avec Théa, c’est le parcours d’une jeune femme de 25 ans qui, après ses études à Paris, revient dans sa ville natale. Elle retrouve sa famille, mais aussi Marin (Léo Vazzoler), son copain depuis cinq ans, avec qui elle a vécu une relation à distance. Elle découvre l’univers de l’hôtel, tisse de nouveaux liens, se fait des amis, des collègues qui vont devenir une forme de nouvelle famille.
Et évidemment, après cinq ans à distance, son couple avec Marin va être mis à l’épreuve. Est-ce qu’elle va rencontrer quelqu’un d’autre ? Peut-être, peut-être pas… Ce qui est sûr, c’est qu’on va questionner la solidité de ce couple et voir comment il résiste aux défis qu’ils vont traverser.

Est-ce qu’il y a des personnages, pas forcément les principaux, qui ressortent particulièrement selon toi ?
Oui, bien sûr. Comme il y a une trentaine de personnages, on les met en valeur progressivement. Certains sont un peu plus secondaires au début, mais on les développe ensuite.
Personnellement, j’adore le duo Théa–Louise. Leur relation est hyper complexe. Une de nos grandes références pour ce duo, c’est Le Diable s’habille en Prada, avec le rapport entre Meryl Streep et Anne Hathaway : à la fois une relation d’admiration, de défi, de confrontation, avec beaucoup de punchlines, mais aussi de la tendresse.
J’aime beaucoup aussi Joey, Robbie et Jade, qui amènent beaucoup d’humour. Il y a Liam (Thomas Brazette), le frère de Théa, dont l’intrigue avec Roméo (Daby Seye) est très réussie et très touchante. Audrey également est un personnage fort, avec ce dilemme : peut-on recréer du lien familial après 30 ans de rupture ?
Et puis il y a Magalie, incarnée par Juliette Chêne, femme de ménage à l’hôtel, mère célibataire de jumeaux, Bonnie (Anabel Moreno)et Mathis (Mattias Lo Cicero). Elle a une très belle trajectoire, pleine de surprises. On travaille notamment un triangle amoureux autour d’elle, Tarek et un autre personnage… c’est un axe très fort de la saison.
Est-ce que tu peux nous teaser un peu les premières intrigues ?
Ce que je peux dire, c’est qu’on va être surprenant, on va faire du soap décomplexé. On va révéler beaucoup de secrets, et pas forcément des secrets auxquels on s’attend.
On a construit un peu les quatre premières intrigues autour de la famille Bartoli et des ramifications autour de cette famille là. Et on va, sur ces premières intrigues, notamment questionner la relation entre Tarek, Louise et Audrey, avec Théa au centre de tout ça, qui devient en quelque sorte le catalyseur de cette fratrie explosée.
Est-ce que M6 vous a donné des objectifs d’audience ?
Non, pas du tout. En tout cas, moi à titre personnel, je n’en ai pas. Après je pense qu’il faut répondre un peu à ce que fait la case habituellement.
Et vous avez une garantie d’un nombre minimum d’épisodes qui seront diffusés ?
M6 veut nous laisser le temps de nous installer vraiment. Ça nous a été dit, répété. Ils veulent créer un rendez-vous. Ils savent qu’ils se lancent dans une nouvelle marque, c’est le sixième feuilleton aussi. Il y a quelque chose que je trouve hyper cool avec M6; on se retrousse les manches et on va faire en sorte de faire fonctionner ce feuilleton. Et ça passe par fidéliser des spectateurs. Ils veulent laisser le temps au projet d’exister. Donc pour l’instant on continue, on continue.
Et se retrouver face à Un si grand soleil, ça peut faire peur ?
Non, parce que je pense qu’on est des feuilletons avec des publics complètement différents. On y va de manière assez humble. Un si grand soleil a son public. On sait qu’ils sont passés par France 2, maintenant ils sont sur France 3, ils sont toujours aussi forts, aussi puissants. Moi j’ai envie de dire on est complémentaire donc les fans d’Un si grand soleil qui ne vont pas regarder Nouveau Jour peuvent rattraper sur M6+. Et ceux qui vont regarder Nouveau Jour, il y aura toujours le replay de France TV pour regarder Un si grand soleil (rires). Mais je pense vraiment qu’on sera complémentaires et qu’on pourra totalement cohabiter.
Moi je suis plus anxieux de savoir si la série va marcher que la concurrence. En réalité, je me demande : est-ce que les personnages vont plaire ? Est-ce que le public va adhérer à ces histoires ? Je pense que oui, mais il y a toujours cette anxiété.
Propos recueillis par E.L. pour surnosecrans.com
