[Notre avis] Gourou : Pierre Niney brille, mais le scénario s’égare

Attendu comme l’un des thrillers psychologiques marquants de l’année, Gourou place Pierre Niney au centre d’un récit d’influence et de manipulation. Si la réalisation parvient à instaurer une atmosphère pesante et léchée, le film souffre malheureusement de lacunes narratives qui empêchent l’œuvre d’atteindre les sommets promis.

Synopsis : Mathieu Vasseur, surnommé Matt, est le coach en développement personnel le plus suivi de France. À l’heure où les gens ne croient plus à la politique et se détournent de la religion, il propose à ses adeptes une catharsis bien rodée, qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités.Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et de la gloire.

Un univers visuel fort au service d’une ambiance réussie

Dès les premières minutes, la réalisation deGourou s’impose comme le point fort du film. Yann Gozlan, le réalisateur (dont le style rappelle parfois les thrillers cliniques de Fincher) réussit à créer une esthétique à la fois froide et envoûtante. Les jeux de lumières, les cadres millimétrés et la bande-son lancinante nous plongent immédiatement dans le quotidien de ce personnage charismatique mais inquiétant.

Cette efficacité visuelle est primordiale : elle maintient le spectateur dans une tension constante. On se laisse porter par l’ambiance, guettant le moindre faux pas, le moindre basculement. Sur le plan purement formel, le film est une réussite technique qui prouve que le cinéma français n’a rien à envier aux productions internationales en termes de « look » et d’atmosphère.

Pierre Niney : Un acteur au sommet, un producteur qui tâtonne

Il n’y a plus de doute : Pierre Niney est l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Dans Gourou, il habite son rôle avec une intensité rare. Sa capacité à passer de la douceur apparente à une froideur sociopathique est fascinante. Il porte littéralement le film sur ses épaules, parvenant à rendre crédibles des dialogues parfois un peu creux grâce à son jeu de regard et sa gestuelle.

Cependant, Pierre Niney porte ici une double casquette, celle d’acteur et de producteur. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Si son implication garantit la qualité de l’interprétation, on sent un manque de recul global sur la structure du projet. En tant que producteur ayant eu l’idée « originale » du film, le choix de valider un script aussi fragile pose question. Il semble que l’accent ait été mis sur le « véhicule » pour l’acteur plutôt que sur la solidité intrinsèque de l’histoire.

Un scénario qui manque cruellement d’enjeux

Le principal défaut de Gourou réside dans son écriture. Malgré une prémisse intéressante — la montée en puissance d’un manipulateur au sein d’une structure sociale — le scénario reste désespérément plat.

Le film manque d’un véritable fil conducteur. On assiste à une succession de scènes qui manquent d’un véritable enjeu. Même si on ne s’ennuie pas pendant tout le long du film, il manque un petit quelque chose pour vraiment être dedans. Il y avait tellement de choses à faire avec le personnage de ce coach que ça en devient frustrant, et même si le film amorce quelques pistes il ne va pas au bout des choses. Ce manque de « conflit » dramatique fait que l’on finit par décrocher émotionnellement : si le héros n’est jamais réellement mis en danger ou si ses motivations restent floues, l’intérêt du spectateur s’étiole.

Une fin bâclée qui laisse un goût d’inachevé

Alors que l’on attendait un dénouement à la hauteur de la tension accumulée, la conclusion de Gourou arrive de manière abrupte. On a l’impression que les scénaristes n’ont pas su comment clore l’arc narratif de ce personnage complexe.

La fin semble bâclée, comme si le film s’arrêtait faute de temps ou d’idées, choisissant la facilité, c’est à dire laisser au public décider de la fin qu’il veut, plutôt que par une réelle nécessité artistique. Ce final laisse de nombreuses questions sans réponse et, surtout, ne procure pas la catharsis attendue. C’est d’autant plus frustrant que l’ambiance de départ laissait espérer un final explosif ou, à défaut, une réflexion profonde sur le pouvoir de l’influence.

Gourou est un film paradoxal. C’est une œuvre portée par un Pierre Niney impérial et une mise en scène soignée qui flatte la rétine. Cependant, l’absence de colonne vertébrale scénaristique et une fin précipitée en font une semi-déception. On en ressort avec le sentiment d’avoir vu un superbe exercice de style, mais un film de genre incomplet.

Si vous êtes fan de l’acteur, le déplacement vaut le coup d’œil pour sa performance. Si vous cherchez un thriller psychologique haletant au scénario béton, vous risquez de rester sur votre faim.

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