[Off Avignon] C’est « Avec plaisirs » qu’on choisit la thérapie de couple !

Avec plaisirs sonde le couple qui doute, qui s’interroge, et choisit la voie de la réparation en allant voir un psychologue. Un parti pris original dans un monde qui, par facilité, oublie d’essayer avant de se séparer. On va donc suivre trois couples tenter de régler leurs problèmes à travers quatre histoires indépendantes et personnelles. Après leurs débuts au théâtre de la Huchette à Paris, on les retrouve en Avignon à l’Artéphile.

Synopsis : Avec plaisirs présente trois couples sur le bord de la rupture, et qui choisissent d’aller voir un psychologue pour s’en sortir.

Une des particularités d’Avec plaisirs, c’est d’emmener le spectateur au théâtre… avec les comédiens. En effet, pour introduire les trois couples et leurs histoires totalement indépendantes, Sandie Masson a choisi de présenter la rencontre de deux spectateurs avant une pièce de théâtre, qu’on va suivre avec eux. A travers cette mise en abime, l’autrice va se permettre lors de l’entracte fictif… de juger sa propre pièce par un échange entre Paul et Julie. Un parti pris risqué pour un jugement qui sera très pertinent !

Ensemble, on peut tout

Avec plaisirs suit donc trois couples. Dans l’un le mari n’a plus de désir pour sa femme, qui va le tromper parce que délaissée, alors que son désir à elle n’a pas disparu. Elle est donc aller chercher ailleurs ce qu’elle n’avait plus sous son toit. Dans le second, la femme a avoué à son mari n’avoir jamais eu d’orgasme. Ce qui lui parait anodin ne l’est pas du tout pour son mari, pour qui il est important que sa femme ait du plaisir. Dans le dernier, le problème est plus subtil ; je vous laisse le découvrir.

Un point relie tous ces couples, l’envie d’être ensemble. Ils sont chez le psychologue pour ça, conscient que le problème majeur auquel ils font face ne se règlera pas tout seul. Saluons tout d’abord la créativité tout en sobriété de la mise en scène de Denis Lachaud et des costumes, pensés par ce dernier. Dans sa volonté de faire confiance au spectateur, il arrive en utilisant trois chaises pour tout décor, et des costumes rigoureusement les mêmes pour les deux comédiens tout au long de la pièce, à tout transmettre. Les deux comédiens, Sandie Masson (également autrice de la pièce) et Benoît Giros sont excellents et nous transportent en une seconde dans le monde de tel ou tel couple, juste par leurs attitudes, leurs postures, et parfois la voix, qui n’en est pour autant jamais caricaturale. Les émotions sont brutes, les paroles décomplexées, l’envie de comprendre, parfois de se justifier toujours présente. Un grand absent : le jugement moral. Si les différents personnages ont leur avis, expriment leurs points de vue, il est là pour eux, par rapport à leur situation et leur ressenti. Et prend d’autant plus une valeur universelle en n’étant qu’un exemple parmi d’autres que le spectateur peut envisager.

Un texte fort pour des personnages en rédemption

C’est la force de l’écriture de Sandie Masson. Sous couvert d’une apparente simplicité, se dévoile des personnages profondément humains, attachés l’un à l’autre, dont la complexité se construit au fur et à mesure qu’ils nous partagent leurs vies. C’est un véritable voyage dans l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus beau et de plus terrible, où l’optimisme reste présent quelle que soit la situation. Un optimisme réaliste et non pas candide, avec des pistes de réflexion sur les couples du XXIe siècle, qu’ils soient riches ou pas, plus ou moins cultivés, conventionnels ou originaux. On se met alors à rêver d’une société qui ne se poserait plus de questions sur ce que doit être un couple, avec des couples qui feraient en sorte de se sortir des intempéries plutôt que d’abandonner le navire à la première difficulté. Une société sans jugement moral puisque ceux qui le posent le font souvent par peur et méconnaissance du sujet. Car dans une relation saine, il n’y que l’amour qui compte. Sandie Masson nous montre que c’est possible, sans édulcorer, sans passer sous silence les difficultés qui peuvent en résulter, en prenant comme sujet de sa pièce le cabinet d’un psychologue spécialisé (ou c’est tout comme) dans la thérapie de couple.

Avec Plaisirs est une pièce qui prend le contrepied de ce qu’on peut voir d’habitude. En abordant le couple comme un chemin qui vaut la peine d’être parcouru malgré des embûches qui pourront être dépassées, Sandie Masson montre un possible trop rarement traité. Elle nous propose un monde réaliste, où le rire alterne avec l’émotion, la légèreté avec la réflexion, un monde meilleur qui fait envie. Avec Benoît Giros, elle forme des couples plus vrais que nature, dont on devient les confidents pendant une heure, et dont on suit les différentes histoires avec autant de plaisir. Nous montrant tout leur talent, puisqu’il faut de grands comédiens pour faire comprendre un changement de personnage par des gestes, une attitude. Le tout magnifié par la mise en scène toute en retenue de Denis Lachaud. Du coup on va chez le psy ? Avec plaisirs !

8,5/10

« Avec Plaisirs » de Sandy Masson
Mise en scène : Denis Lachaud
Avec : Benoît Giros et Sandy Masson
À l’Artéphile jusqu’au 26 juillet 2025 : tous le jours à 10h30, relâche le dimanche (6, 13 et 20 juillet).
Réservations

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