Prévue pour le 30 avril sur Apple TV+, nous avons eu la chance (ou pas) de découvrir en ouverture de Séries Mania, Carême, la nouvelle réalisation de Martin Bourboulon. Après avoir mis en scène l’œuvre d’Alexandre Dumas (Les Trois Mousquetaires), le réalisateur s’attaque au livre de Ian Kelly Cooking for kings : The Life of Antonin Carême, the first celebrity chef, qui retrace la vie du cuisinier éponyme…

Synopsis : Premier chef du monde à connaître la gloire, Antonin CARÊME est LE maître culinaire du début du XIXème Siècle. Après des débuts modestes à Paris, son talent et son ambition ne manquent pas d’attirer l’œil des politiciens français qui, aussi renommés que puissants, vont en faire un espion au service de la France…
Rappelez-vous, on n’avait pas été très tendre, ici, avec la précédente adaptation mise en scène par Martin Bourboulon. Mais si on avait tiré un immense boulet rouge sur tous les défauts et toutes les maladresses de Les Trois Mousquetaires : d’Artagnan, cela ne nous avait pas empêché de profiter du divertissement, et pire, de voir le second volet à sa sortie. Deux ans plus tard, qu’en est-il pour Carême ?
Force est de constater qu’une nouvelle fois, après seulement deux épisodes, on fait encore chou blanc avec Martin Bourboulon. Et pourtant sur le papier la série avait tout pour nous plaire… Cuisine, décadence, espionnage… Mais alors pourquoi ça ne fonctionne pas ?
Allez… On met les pieds dans le plat… Peut-être parce que déjà les intrigues et sous intrigues sont trop nombreuses, alambiquées et sans grand intérêt ? L’écriture est indigeste et manque de subtilité. On peine à comprendre les enjeux, à identifier les personnages, leurs relations. Pire que ça, on s’en contrefout. Jamais le scénario ne parvient à nous intéresser. Il faut dire qu’à la base on était un peu plus attiré.e par l’aspect culinaire du récit que par les mondanités Napoléoniennes. Mais là aussi on ne va pas y aller avec le dos de la cuillère. S’il y a une évidence qui saute aux yeux dans Carême, c’est que son réalisateur ne sait pas filmer la cuisine. Gros plans sur des doigts pleins de crème léchés, soupirs suggestifs à la dégustation… On comprend la tentative ratée d’érotisation, qui retombe comme un soufflé, mais bordel, où est la gourmandise ? Où est la poésie ? Clairement réduites à peau de chagrin au fond d’une casserole qu’on aurait oubliée sur le feu.

Est-ce qu’on vient tout de même sauver quelques choses après deux épisodes de la série ? Pas l’interprétation de Benjamin Voisin, qui en fait des caisses en petit génie impertinent et insoumis de la cuisine, nous dévoilant tout le long de la série un enfant qui devient adulte, ni celle de Jérémie Rénier, qu’on apprécie pourtant d’habitude pour sa simplicité et sa sobriété. Lyna Khoudri fait du Lyna Khoudri, pas de grande fulgurance de ce côté là, mais peut-on la blâmer pour ça ? Ah si, on a tout l’amour du monde pour Gabriel Donzelli et ses quelques apparitions en commis de cuisine. C’est une chose qu’il fallait bien reconnaître.
Et pourtant, Benjamin Voisin a travaillé pendant un mois avec un chef réputé pour apprendre les gestes, puis il a continué son apprentissage à l’école Ferrandi et s’est même entrainé au rôle en étant commis dans une brigade. Le comédien avait également lu le livre de Ian Kelly au moins 4 fois. L’auteur leur a fait l’honneur d’ailleurs de venir sur le tournage.
Avec Carême, le réalisateur a voulu revendiquer un patrimoine français très riche en s’attardant sur la cuisine. Pour cela il s’est basé sur une reconstitution historique mais a pris une très grande liberté au niveau des costumes et des dialogues. Donc on fera l’impasse sur les libertés scénaristiques et de tons prises pour moderniser le récit. Ou encore sur les scènes de sexe gratuites, caricaturales, filmées et écrites à la truelle. Au-delà, on finirait par croire à de l’acharnement… Mais vous l’aurez compris, ici on est très loin d’être séduit.e et Carême va clairement nous rester sur l’estomac.
3/10
Article rédigé par Marion Pluss
