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Vingt-Cinq [OCS Signature] : « Ce n’est pas le meilleur âge c’est le pire » Interviews de l’équipe et critique de la saison 1

Vingt-cinq est la nouvelle série de OCS signature, lancée sur OCS Max le jeudi 25 octobre, qui traite des problèmes des jeunes. Découverte lors du Festival Séries Mania Lille Hauts-de-France 2018, nous avons pu également interviewer l’équipe de la série. Alors 25 ans, le bel âge ?

Synopsis : Jeremy, 25 ans, revient en France après un long moment aux Etats-Unis et se fait larguer par sa copine de longue date. Il doit recommencer de zéro à Paris, trouver un logement, un boulot et l’amour. Il voit ses amis qui eux avancent dans leur vie, mais sont-ils vraiment plus heureux ?

Vingt-cinq est la série qui s’interroge sur la vie de jeune adulte. Une fois qu’on a quitté l’adolescence, le cocon familiale et qu’il faut se lancer dans la vie d’adulte, n’est-ce pas le pire âge ? Telle est la question qui est évoquée par Bryan Marciano, scénariste, réalisateur et acteur principal de Vingt-cinq.

L’idée est assez bonne, peu abordée en France à la télévision, et permet de parler de certains sujets importants, qui rend la série assez réaliste. Le problème est souvent dans l’exécution. On a l’impression qu’ils veulent en faire trop et que ça va trop loin, rendant parfois les choses moins crédibles et moins drôles. Oui Vingt-cinq est avant tout une comédie, mais si on sourit on rigole peu. Certains sujets sont même discutables dans leur traitement comme l’homosexualité de Jonas ou l’attentat au Trocadéro.

Bryan Marciano s’est entouré de Géraldine Nakache en tant que productrice, et comme acteur de Pablo Pauly, vu entre autres dans Patients.

En tout cas, Jeremy et sa bande d’amis nous laisse bien l’impression que 25 ans est le pire âge, et que même si c’est loin d’être parfait, la série se laisse tout de même regarder.

Interview de l’équipe

En quoi 25 est le meilleur âge ?

Bryan Marciano : Ce n’est pas le meilleur âge, c’est le pire ! C’est toute l’histoire. C’est un âge crucial, entre le moment où tu deviens adulte et celui où l’avenir ressemble à ce que tu vas faire demain. A la hauteur de l’âge auquel j’ai écrit la série, c’est un âge qui semblait charnière.

D’où est venue cette envie ?

Bryan Marciano : C’est venu d’histoires qui m’entouraient au moment où j’écrivais. Je me suis mis à écrire un peu par hasard, parce que j’avais envie de m’occuper. Donc j’ai commencé à écrire des histoires, qui me sont arrivés personnellement ou à d’autres. C’est né de quelqu’un de cet âge-là, qui observe cet âge-là, sans volonté de se demander ce que l’on pouvait raconter. Ensuite, c’est la rencontre avec Géraldine Nakache qui a déterminé le fait qu’il y avait une histoire à raconter.

Vous pensez vraiment que les garçons d’aujourd’hui sont les filles d’hier ?

Bryan Marciano : C’est amusant, c’est la première chose que m’a demandé Géraldine. Elle ne savait pas que les mecs se parlaient autant, se confiaient, faisaient des débriefs de leurs histoires de cœur…

Géraldine Nakache : J’ai surtout perçu qu’il y avait quelque chose de l’ordre d’une génération, comme une radiographie. Un peu comme quand Klapisch fait le Péril Jeune ou Claude Sautet raconte son époque. Je n’ai plus 25 ans mais j’ai eu l’impression de les connaître comme une voisine, une cousine, ça sonnait tellement juste que j’ai eu envie de les voir exister. Je ne savais pas à quel point les garçons de cette génération avait aussi récolté les fruits du travail de Simone Veil. Aujourd’hui, on voit déborder les égouts de #BalanceTonPorc de #MeToo, ce qui est normal… mais il y a aussi les garçons de cette génération qui débarquent avec leurs émotions. Cette tectonique des plaques dans l’écriture de Bryan m’a subjugué. Non seulement il est brillant et possède une plume incroyable mais surtout, il raconte une histoire que je n’ai jamais vu, de ce point de vue. Et ça me semblait être le moment parfait pour le faire.

Pablo Pauly : Les garçons qui seraient les nouvelles filles, je trouve ça un peu poussé. Beaucoup de caricatures ont été écrites sur les femmes, il était intéressant de les montrer beaucoup plus fortes que les hommes dans la série, qui ont beaucoup plus de doutes.

Bryan Marciano : Plus ou autant, ce n’est pas le problème. C’est surtout la façon dont les femmes étaient écrites qui posaient problèmes, soit elles étaient pestes, soit elles étaient chiantes… On ne peut plus écrire ainsi. A l’inverse, les hommes aussi souffraient de caricatures, le fait qu’ils ne parlent de rien, c’est tout aussi faux. Mon angoisse quand je développais la série était de savoir si j’écrivais bien les rôles de femmes, j’avais très peur de ne pas savoir le faire. C’était important de bien raconter leurs personnages. Les hommes dans la série galèrent, se trompent, doutent. Les femmes sont bien plus ancrées dans la réalité, elles sont plus solaires aussi, des référents pour des mecs qui se créent des problèmes tout seul. Je voulais éviter l’écueil des femmes castratrices ou ce genre de chose qui sonne très années 80. Je voulais que ces mecs se foutent dans le marasme eux-mêmes avec à côté, des personnages féminins qui leur servent de piliers.

Vous vous êtes servis de souvenirs personnels pour écrire la série ?

Bryan Marciano : Au bout d’un moment, c’est devenu de la fiction. Mais ça part d’histoires qui viennent de moi. Je me suis disséminé dans tous les personnages.

Comment on arrive à construire autant de comédie dans une trame aussi mélancolique ?

Bryan Marciano : Quand on a le cafard, qu’il y a un truc qui ne va pas, que ce soit grave ou pas, il n’y a rien de mieux que le rire. Le rire qu’on va avoir juste après les pleurs, ils sont libérateurs. Garden State est mon film préféré, c’est un film qui ne raconte pas grand chose mais qui possède une mélancolie qui m’a bouleversé. C’est très compliqué à fabriquer, il n’y a pas d’histoire mais tout est phénoménal.

Géraldine Nakache : Bryan possède une grande intelligence dans l’écriture. Il est aussi très pudique. Le rire dans les moments délicats naît d’une forme de pudeur, comme un bouclier. Elle sert à tout désamorcer, à tout raconter. C’est une comédie que l’on pourrait qualifier de dramatique. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on peut mettre autant d’adjectifs derrière “comédie”, c’est aussi parce que l’on ne rit jamais mieux que lorsque l’on a un peu pleurer avant. Et Bryan sait parfaitement faire ça dans la vie, à l’écriture, à la mise en scène, d’une façon que je trouve prodigieuse.

Comment vous en êtes venu à proposer ce projet à Géraldine Nakache ?

Bryan Marciano : J’avais écrit ce script sans queue ni tête, qui faisait 150 pages et qui ne pouvait donc pas être un film. Je savais que j’essayais de raconter une histoire sur des gens de mon âge, qui parlait comme des gens de mon âge, je voulais que les dialogues sonnent juste. Et c’est ce que j’ai retrouvé dans les films de Géraldine, des dialogues qui sonnent vrais. Donc j’ai été la voir, sans trop savoir pour quelle raison, sinon de me dire que s’il y avait une personne à qui je pouvais donner ce truc, c’était Géraldine. Pour voir si elle valide ma démarche, avoir son avis. Et elle m’a demandé comment elle pouvait m’aider.

Géraldine Nakache : Je n’ai pas du tout des velléités de productrices. Je voulais l’aider parce que ce qu’il m’avait donné à lire était précieux et précis. Évidemment, Bryan ne voulait ni joueur dedans, ni le réaliser, il me donnait les clés, me proposait de réaliser ce projet qui n’était pas encore une série. Le format série s’est vite imposé, car cela lui permettait de faire ce qu’il sait parfaitement faire : écrire des gens, les décrire, les raconter. La série lui offrait une possibilité incroyable de développement. Ensuite, il a fallu taper aux portes, parce que pour lui comme pour moi, c’était une première fois, du moins, à ces postes-là. Alors je suis allée chercher des producteurs dont c’est le métier et qui sont venus m’aider à encadrer Bryan.

Au début, je disais qu’il suffisait de filmer Bryan pour faire sortir de terre le portrait de sa génération. Bryan est un besogneux, un travailleur. Comme il est aussi un peu homme orchestre, il fallait qu’on préserve cela. Il fallait le préserver et le mettre au centre de tout parce qu’il a un regard à poser qui n’appartient qu’à lui, qui est fédérateur. Il devait comprendre qu’il fallait qu’il soit le centre névralgique. Et cela a été difficile pour lui, de devoir être aussi autonome. Il venait parfois nous voir pour demander des auteurs pour l’aider mais c’était compliqué parce que tout ce qui venait de lui était meilleur, plus intime et personnel. Il possède une qualité d’observation qui n’appartient qu’à lui et qui fait l’ADN de ses projets. Et tous, j’ai l’impression, l’ont suivi pour son regard. Bryan raconte son temps. Quand je le lis, c’est Claude Sautet 2018, je comprends.

Pablo Pauly : Quand tu rencontre Bryan, ça change pas mal ta vie. Il est très précis, hyper travailleur et il est capable de t’emmener quelque part où tu n’es jamais allé. Au départ, je ne voulais pas le rôle qu’il m’avait proposé, je voulais switcher avec Pierre Lottin. Et Bryan nous a expliqué en dix minutes pourquoi j’avais ce rôle et tout prend une ampleur surdimensionnée.

Géraldine Nakache : Il y a un truc fou aussi, c’est qu’il y a deux acteurs dont c’est le métier et qui font ça depuis des années et il y a Alex qui est le meilleur ami de Bryan et qui se retrouve à jouer dans la série avec son pote.

Bryan Marciano : Il est acteur ! Mais il ne le savait pas.

Géraldine Nakache : Oui c’est un vrai acteur. Il n’y avait que Bryan pour en être convaincu, pour lui faire avaler qu’il pouvait le faire.

Alexandre Boublil : Quand il m’a proposé le rôle, je lui ai répondu qu’il était complètement fou, je n’y arriverai pas. Je n’avais jamais été devant une caméra, ce n’était pas possible. Il m’a fait faire des essais, pour voir ce que ça donnait et au final, ça a plutôt bien fonctionné. Et aujourd’hui j’aimerai continuer à faire l’acteur. J’ai fait pas mal de choses dans ma vie, principalement de la communication digitale, donc rien à voir. J’ai fait une école de commerce, plein d’autres métiers à part ça, et je continue à en faire. Mais si je peux aussi prendre le temps pour être un peu acteur…

Pablo Pauly : Pour nous c’était un peu compliqué quand Bryan nous annonce qu’il y a son meilleur ami, qui n’a jamais joué et qui va tenir l’un des rôles principaux… Personnellement, je n’étais pas là pour rencontrer ses potes, j’étais là pour apprendre un personnage et faire une série. Donc j’arrive avec un a priori négatif, on essaye et au final on se rend compte que ça fonctionne, que l’on peut travailler ensemble. Alex est un acteur, un très bon acteur même, la question ne se pose même plus.

Bryan Marciano : Le personnage d’Alex existait déjà dans le script, il s’appelait déjà Alex. Pendant le processus de recherche de comédiens, j’ai eu envie de voir ce que ça pouvait donner avec mon pote. Il y avait 99% de chances que ça ne fonctionne pas, parce qu’il est mon ami et qu’il n’est pas acteur. Et vraiment, on s’est éclaté ensemble. C’est l’un des critères pour la réussite de la série : il fallait que l’on croit à cette bande. Et pour cela, il fallait que je travaille avec des gens avec qui je pourrai être ami. Pour moi, c’est cela qui donne la sensation que ça fonctionne ou pas. Je ne mesure pas la chance que j’ai eu d’avoir pu aller au travail pour diriger des amis, des gens avec qui tout se passait hyper bien.

Le casting a dû être crucial ?

Bryan Marciano : le casting a été très long. A un moment, pour Pierre (Lottin) comme pour Pablo (Pauly), j’ai arrêté de passer par l’interface classique, avec des directeurs de casting. Ils avaient l’air cool, alors j’ai été les voir directement, tout seul puis on a discuté pendant deux heures, et on s’est revu et on a parlé pendant deux heures, on a un peu joué aussi mais je suis ressorti rapidement avec l’envie de travailler avec eux.

Comment on écrit une histoire générationnelle comme 25 ?

Gdineéral Nakache : Quand Bryan écrit sur ces jeunes de 25 ans, il les écrit par rapport à leurs problématiques. Le travail, le coeur, comment se départir de ça. A 25 ans, tu n’as pas tout à fait couper le cordon avec tes parents. Quand il rentre de New York, il doit quand même revenir chez eux. Il ne peut pas répondre à cette question parce que c’est tellement naturel pour lui d’observer ces rapports là, des rapports familiaux ou humains. Il part de ce gros travail d’observation pour poser les fondations et ensuite il fonctionne à l’instinct. Il y a d’un côté des fulgurances et de l’autre un gros travail de préparation, de remise en cause afin d’avancer. Il a ce truc peut-être lié à sa génération qui a beaucoup bouffé de behind the scenes, de making of, de tutos, du coup, il n’est jamais mieux servi que par lui-même, ce qui n’était pas forcément le cas de mon temps. Sa génération, quand elle a envie de faire quelque chose, elle y va, elle travaille pour l’obtenir, mais de par eux-mêmes.

Pablo Pauly : Mais il faut savoir bien faire les choses. Les faire aujourd’hui, c’est très simple, on a accès à plein d’outils. Mais les faire bien, c’est complètement différent. Je vois tellement de mauvais trucs qui sortent et qui ne sont vraiment pas bons. Là, nous sommes en présence de quelqu’un qui veut bien faire les choses, qui y met de l’énergie et cela se ressent dans la série.

Est ce qu’il y avait de la place pour de l’improvisation sur le tournage ?

Pierre Lottin : Bryan avait une idée assez précise parce qu’il avait tout dans la tête. Si on proposait des choses, c’était davantage sur les intentions des personnages mais pas sur le scénario. Il a bossé tellement de temps dessus, que le script était hyper précis. Donc on ne pouvait pas se permettre de changer au risque de déséquilibrer l’histoire.

Pablo Pauly : On aurait pu le changer mais tout était tellement bien dessiné pour nous qu’on n’avait aucunement besoins. Tout était très précis. Il y a des films où il faut tout changer, d’autres où ce n’est pas nécessaire mais c’est plus rare. Là, tout était là, précis : le rythme, la musique, la langue, chaque personnage à son propre langage, on ne s’en rend pas compte au début mais c’est dingue.

Comment s’est déroulé la production avec OCS ?

Bryan Marciano : Très simplement. OCS est une chaîne qui laisse la possibilité à des gens comme moi, qui viennent de nulle part, de prendre les rênes d’un projet. C’est une opportunité extraordinaire. Jamais je n’aurai pu avoir autant de chapeaux ailleurs. Ce n’est pas une question de contrôle, mais j’avais une histoire à raconter et tout était connecté. OCS m’a donné cette liberté et c’est formidable. Ce sont de belles opportunités pour des débutants scénaristes et réalisateurs. Et ça met la pression également. On te laisse artistiquement faire ton truc, maintenant à toi d’être exigeant. C’est excitant !

Pourquoi avoir choisi le format série plutôt qu’un film, par exemple ?

Brian Marciano : Ce que j’aime c’est écrire des personnages. Je ne pense jamais en pitch. La série, cela permet de développer un ou des personnages et une fois que tu les as présenté, pouvoir aller chercher des trucs. C’est un formidable vecteur d’écriture.

Quelles séries vous ont influencé ?

Bryan Marciano : Je n’ai vu que trois séries dans ma vie à tout casser. J’essaie de ne pas trop en regarder, sinon je vais vouloir comparer et ça va me rendre fou. Pour moi, les Soprano, c’est le meilleur truc au monde. J’ai vu Seinfeld aussi, je suis fan. Mais je ne regarde pas beaucoup de séries…

Quels sont vos projets pour la suite, vous allez faire une adaptation de Lancelot ? (comme son personnage littéraire dans la série, NdR)

Bryan Marciano : Lancelot, c’est l’histoire de quelqu’un qui n’a rien de spécial à dire et qui veut faire ce truc là pour refaire ce qui a marché.

Géraldine Nakache : C’est une vraie mise en abîme. Quand Bryan se lance dans l’écriture de Vingt-cinq, il ne sait pas encore que ce sera une série, il ne se dit jamais : “ tiens, il faudrait que je fasse un truc qui ressemble une chose qui marche en ce moment “ quand son personnage décide d’adapter Lancelot pour surfer sur la vague Game of Thrones.

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