Séries/Tout commence avec un pilot

[Pilot] The Deuce : paire gagnante !

Après avoir couvert le domaine de l’investigation et/ou politique lors de ces dernières années (Sur écoute, Treme, Show Me a Hero), David Simon revient sur le devant de la scène, toujours sur HBO, avec The Deuce (que l’on pourrait traduire par « La Paire »), co-créée avec George Pelecanos (producteur de Sur écoute, The Pacific, Treme). Cette fois, le sujet diffère, puisqu’il va nous plonger dans les coulisses de l’industrie pornographique des années 70. Un sujet forcément sulfureux sur une chaîne qui n’a pas froid aux yeux quand il s’agit de montrer des scènes de nudité et de sexe à l’écran. Ceci amène inévitablement la question de sa représentation en amont du visionnage : va-t-elle réussir à traiter le sujet comme n’importe quelle autre, ou va-t-on se retrouver face à une série tombant dans le piège de la facilité en utilisant son sujet pour enchaîner ce genre de scènes sans aucune réflexion derrière ? S’agissant de David Simon, on a notre petite idée derrière la tête…

The Deuce - Image

The Deuce – HBO – 2017

Synopsis : L’essor de l’industrie pornographique du début des années 70 au milieu des années 80. Dans les magasins spécialisés, un autre cinéma se vend sous le manteau. Des films pornographiques un peu cheap, tournés à la chaîne, avec de minuscules moyens. Mais bientôt, tout cela va changer… Aux premières loges de cette révolution culturelle, deux frères jumeaux propriétaires de bars servant de couverture aux mafieux du coin, Vincent et Frankie Martino et Candy, prostituée en quête de liberté, visionnaire courageuse à l’écoute des évolutions de son époque.

Le traitement du sexe à la télévision comme au cinéma est toujours compliqué. Il y a des séries réussies sur ce thème (Masters of Sex, Hard, Journal intime d’une call-girl…), d’autres beaucoup moins (Tell Me You Love Me, Maison Close…). Ici on retrouve dès le départ le style Simon avec une présentation des personnages sans introduction précise de chacun d’entre eux. On a l’impression que la caméra se promène dans New York et s’arrête sur certaines personnes qui vivent leur vie. Contrairement à certaines de ses précédentes séries, les protagonistes dans cette nouvelle aventure chorale vont se rapprocher assez vite. Là où se trouve le talent de Simon, c’est d’arriver à faire un pilote de près de 90mn qui n’aborde pas son thème principal. Si le thème du sexe est omniprésent via la prostitution, à aucun moment ne sera fait mention (que ce soit lors d’un dialogue ou même visuellement) du milieu de l’industrie pornographique.

Le tempo est plutôt lent, accentuant un effet de réalisme caractéristique des productions du créateur de Sur écoute. Les personnages présentés sont des archétypes plutôt que stéréotypes et on est déjà impatient de savoir comment chacun va évoluer. Oui, Vincent Martino (James Franco) est le personnage principal, mais tous les autres semblent au moins aussi important. C’est aussi l’une des forces de ce pilote, qui démontre toute la maîtrise de son créateur concernant la fresque chorale, à savoir présenter une kyrielle de personnages et arriver à ce que le téléspectateur adhère à tous.

Chaque protagoniste a sa propre personnalité qui l’ancre dans la série, et qui, du moins dans ce pilote, définit ses actions. Ainsi, les personnages ne sont ni fondamentalement des bons ou des méchants, mais ont leurs forces et leurs faiblesses, s’adaptent à leur environnement changeant, mais ne voient pas leurs personnalités subitement transformées pour les métamorphoser en héros. Ainsi Vincent Martino qui supplie pour sa vie au début de l’épisode, et qui ne va pas s’interposer à la fin alors qu’il surprend un des mac en train de violenter une des prostitués. De même que Barbara (Kayla Foster), étudiante « grande gueule » qui ne se démonte pas lorsqu’elle se fait arrêter en train d’acheter des amphétamines – même si sa réaction concernant son examen est surprenante pour le coup. Également le comportement du policier Danny Flanagan (Don Harvey), celui de Candy (Maggie Gyllenhaal) face à son petit, ou encore des macs, dont C.C. (Gary Carr), pour ne citer qu’eux, car la remarque s’applique à tous. On espère que cette ligne de conduite sera gardée lors des prochains épisodes.

La réalisation comme la photographie et l’étalonnage montrent que la série peut s’appuyer sur un budget certain, et on retrouve bien à l’écran l’ambiance des 70s tel qu’on se l’imagine, pour ma part, et tel qu’il est représenté généralement. Ce sera à des personnes l’ayant vécu de préciser s’il est bien retranscrit, ou plus fantasmé.

L’histoire est prometteuse, les acteurs très bons, l’ambiance est prenante, la réalisation soignée, les scènes de sexe distillées avec parcimonie, d’autant plus vu le sujet abordé… On se retrouve donc face à un excellent pilote, dont on languit la suite dès la fin de l’épisode, et ce, malgré ses 90mn!

8,5/10

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