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[Séries Mania S8] The Leftovers 3.01 et 3.02 : Juste la fin du monde

Présentée en grandes pompes et en avant-première en France lors de la cérémonie d’ouverture de Séries Mania 8 à Paris, The Leftovers, la série parfaite pour s’amuser, entre rires et larmes, de la fin du monde, est de retour pour une troisième saison ! Le chant du cygne de la singulière et mystique création de Damon Lindelof se promet-il d’aussi haut niveau que l’exceptionnelle saison 2 ?

The Leftovers – HBO – 2017

À une époque où l’improbable se produit, où les Etats-Unis sont en pleine crise existentielle et que la menace nucléaire se fait à nouveau sentir, le récit de The Leftovers ne pouvait pas être plus de circonstance. Cette saison 3 débute alors que la date anniversaire du 14 Octobre et de the Departure approche et que le monde se prépare à un éventuel nouveau cataclysme. Pour quiconque n’a pas eu la chance de vivre dans une grotte ces 6 derniers mois, je pense que les émotions et l’atmosphère particulière de la série peuvent aujourd’hui nous sembler assez familières. Réjouissant visionnage n’est-ce pas ? Si vous cherchiez à vous évader un peu devant une série ces prochaines semaines (et je pense bien qu’en France, il y en a qui en auront besoin, surtout le 23 avril), il vaut mieux clairement passer votre chemin.

En attendant, je plaisante mais il y a finalement beaucoup de quoi rire devant ces premiers épisodes de saison 3. C’est probablement ce qui m’aura personnellement le plus marqué pendant l’avant-première, je n’aurais pas imaginé entendre une salle autant rire devant The Leftovers. L’humour est en effet beaucoup plus présent, la série témoignant d’un vrai sens de l’autodérision. Elle s’amuse de ses éléments les plus absurdes et joue sur l’ironie de certaines situations. La comédie naît, quoi qu’il arrive, toujours de façons particulières, s’immisçant dans des moments de tensions ou se mêlant à la tragédie. Paradoxalement, cela n’apparaît ainsi jamais hors de propos, puisqu’en phase avec l’ambiance singulière du show.

Replonger dans The Leftovers, c’est donc aussi, bien entendu, retrouver un univers et un style désorientant et étrange. La série ne perd pas de temps à nous remettre dans le bain avec sa séquence d’ouverture surprenante, totalement déconnectée des intrigues. C’est un bref récit insolite sur une famille dans un groupe religieux en attente de la fin du monde qui nous est conté, sur fond de musique niaise. Le décalage capte immédiatement l’attention, même si la séquence est moins mémorable et grandiose que celle introduisant la saison 2. Elle sert surtout de rappel malicieux des thématiques de la série telles que le pouvoir de la foi, ses effets sur les rapports humains et l’évolution d’une société déçue par ses mythes et croyances, tout en suggérant les nouveaux sujets de cette ultime saison comme les limites de la résilience et la fin du monde, rien que cela.

The Leftovers – HBO – 2017

Le retour à Miracle laisse ensuite peu de temps pour respirer en enchaînant éradication musclée des Guilty Remnants et time-jump. Si je ne suis pas encore convaincu qu’on ait fini d’entendre parler des Guilty Remnants, je comprends en tout cas l’intention de se débarrasser de cet aspect de la série pour recentrer le récit sur les Garveys. De plus le saut de 3 ans est bienvenu pour rafraîchir les histoires et il est intelligemment exploité pour justifier les évolutions des rapports entre les Garveys et les Murphys. Le lien avec les événements de la fin de saison 2 reste clair mais la série s’amuse aussi à créer des surprises avec certaines évolutions comme le rapprochement de Laurie et John. Les auteurs semblent quoi qu’il en soit très conscients de la nécessité de continuité de leur histoire et recourent habilement à des éléments passés comme Christine et le père de Kevin pour créer de nouveaux enjeux et creuser leurs personnages

La structure narrative du centric sur un personnage par épisode, qui avait fait le succès de Lost et permis à The Leftovers de trouver plus d’assurance à ses débuts, est sinon efficacement reprise ici et met en lumière successivement Kevin puis Nora dans ces épisodes. Le grand intérêt du focus sur Kevin est de voir la série complètement prendre en compte et assumer sa transformation de la saison passée en surhomme improbable, capable de ressusciter. Elle ne cherche pas à expliquer cette condition mais s’intéresse surtout à la façon de Kevin de la vivre. Elle introduit aussi la question de son potentiel statut de messie avec une certaine espièglerie et en y fondant des enjeux prometteurs, notamment à travers Matt. Justin Théroux s’avère, par ailleurs, éblouissant et magnifique dans la figure d’homme brisé qui se reconstruit et accepte la part d’inexplicable de son monde, tout en tentant de gérer la folie dans laquelle la société plonge de plus en plus.

Du côté de Nora, je dois avouer avoir eu un léger sentiment de redite par rapport au parcours émotionnel qu’elle effectue mais la connexion avec Tom, avec qui elle n’avait pas eu beaucoup l’occasion d’interagir, ajoute en cohésion au récit. Carrie Coon reste de toute façon formidable dans sa façon d’alterner désinvolture, façade caustique et vulnérabilité. Ce qui est aussi vraiment impressionnant c’est son grand don pour faire comprendre que son personnage peut sembler fort et résilient tout en véhiculant sa souffrance intérieure cachée.

C’est néanmoins quand Justin Théroux et Carrie Coon sont ensemble qu’ils sont les meilleurs, le couple demeurant infiniment passionnant. Ces personnages réunis par une forme d’amour unique, sont maintenant présentés comme deux âmes brisées qui se comprennent et s’effraient en même temps. Ils sont totalement complémentaires. Ces premiers épisodes suggèrent toutefois que leur lien est malgré tout fragile. La fin du premier épisode déroute en montrant Nora manifestement plus âgée, prétendant ne pas connaître Kevin et permet d’établir un enjeu clair pour cette saison sur l’avenir de la relation.

The Leftovers – HBO – 2017

La série atteint, par ailleurs, des nouveaux sommets de meta et offre plusieurs niveaux de lecture qui réjouiront les plus grands admirateurs de Lindelof. Ils auront d’autant plus de raisons de sourire à ses clins d’œils tel que le départ pour l’Australie, pays duquel étaient partis les survivants de Lost, ou tel que le retour de ses idées saugrenues passées, comme le chasseur de chien de Mapleton. Ils pourront aussi se délecter de ses duperies narratives taquines, brouillant les pistes entre présent et futur lors des fins des deux épisodes, déroutantes mais terriblement prometteuses.

C’est en tout cas tout ce que je pense avoir saisi mais je ne doute pas que Lindelof et son équipe n’ont pas manqué de truffer la saison de ces clins d’œil, références et appels du pied aux spectateurs. C’est ce qui rend aussi la série si riche et attachante, cette capacité à dialoguer avec les spectateurs fidèles, attentifs et même les plus critiques en assumant les choix créatifs ou erreurs passées pour construire maintenant des sortes de private-jokes.

En bref, The Leftovers débute son ultime récit de fin du monde sous les meilleurs auspices ! Aussi incongrus et surprenants que puissent sembler ce nouveau départ et la tonalité allégée et versant davantage dans l’ironie grinçante, c’est en cohérence avec les thématiques de la série sur la résilience et les répercussions psychologiques d’un traumatisme. Avec le temps, les personnages apprennent à vivre avec leurs blessures, peuvent prendre plus de distance, reprennent goût à la vie et sans oublier leurs expériences et traumatismes. Tout semble faire écho à ce parcours psychologique de survivant, ce vécu de « leftover » qui tente d’aller de l’avant dans un monde qui n’a plus de sens. Reste à savoir si la dernière étape de ce parcours leur apportera sérénité.

8/10

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