Avant-premières/Films

Les Amants de Caracas / Desde Alla : une rencontre saisissante

Ce premier film vénézuélien a gagné le Lion d’Or 2015 à la Mostra de Venise et on ne s’en étonne pas. Le film dépeint avec une sensibilité peu ordinaire ce qui pourrait sembler comme un sujet tout à fait banal, la rencontre de deux hommes dans les rues de Caracas.

desde alla 2

Les Amants de Caracas – Happiness Distribution – 2016

Synopsis : Caracas, de nos jours. Armando, la cinquantaine, attire régulièrement de jeunes hommes chez lui. En échange d’une jolie somme d’argent, il leur demande de se déshabiller, mais refuse de les toucher. À la suite de sa rencontre avec Elder, une petite frappe des bas quartiers, il développe une fascination dévorante pour le jeune homme qui, attiré par l’argent, lui rend visite fréquemment. Petit à petit, une relation singulière s’installe entre eux.

Loin de rester dans le cliché de la chronique d’une histoire d’amour entre deux hommes, ce film prend une tournure beaucoup plus intimiste en s’infiltrant dans l’intériorité obscure d’un homme secrètement en marge de la société. Armando (Alfredo Castro) ne s’intègre jamais totalement à la vie qui l’entoure, on ne sait presque rien de lui, ou de sa famille. Le spectateur doit deviner et imaginer à partir de ce que veut bien montrer le personnage. Car comme Armando est initiateur des rencontres avec les jeunes de quartiers de Caracas, il est aussi initiateur du mouvement que va prendre le film. Notre regard lui colle à la nuque, naviguant entre son regard perdu dans les rues et les sujets de son attention, de jeunes inconnus croisés au hasard. Loin de voir Armando comme un vieux pervers, le réalisateur crée avec tact une complicité, un recoin intime pour ce personnage presque naïvement trop bon avec les gens.

Pourtant une rage intérieur brûle dans ce film à petit feu. Tout d’abord en filigrane, on perçoit une tension ce dégager d’Armando envers un homme que l’on devine être son père. Caracas n’est pas non plus sans intérêts, cette ville en elle-même est un concentré de classes sociales très opposées financièrement parlant. Elder (Luis Silva) est ce jeune de banlieue qui travaille dans un garage et passe son temps libre avec ses amis et sa petite amie. Une vie banale et cloisonnée, sans véritable issue.

D’où peut-être le parti pris du réalisateur, Lorenzo Vigas, de rester sur un horizon absent, la caméra restant collée à l’un ou l’autre des personnages, leurs visages, leurs mains et leurs gestes si différents. Ces deux personnes s’opposent viscéralement et pourtant Elder fera une remarque très juste, leur problème de paternité, deux pères absents. Ces deux personnages essayent comme d’un commun accord de combler ce vide par l’autre, aussi impossible que cela puisse paraître.

Ce premier film est donc plein de promesse par la recherche de vérité dans une matière aussi impalpable que du vécu, le vécu d’un homme en marge, blessé par un passé inconnu.

7/10


Sortie en France : 4 mai 2016
Réalisateur : Lorenzo Vigas
Acteurs : Alfredo Castro, Luis Silva
Genre : Drame
Nationalité : Vénézuela, Mexique
Distributeur : Happiness Distribution

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s