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Rencontre avec l’équipe de Au Service de la France

Annoncée pour le 29 octobre sur Arte, la série Au Service de la France se propose de passer au vitriol l’action des services secrets français dans les années 60. Arte se lance donc dans la fiction d’espionnage en misant sur cette création de Jean-François Halin, scénariste de OSS 117 avec lequel la série partage une certaine filiation. Il est épaulé dans l’écriture par Claire Lemaréchal et Jean-André Yerlès. Co-produite par Gilles de Verdière de Mandarin Télévision, son casting se compose de Hugo Becker (André Merlaux), Wilfred Benaïche (Le Colonel), Christophe Kourotchkine (Moïse), Karim Barras (Jacquard), Bruno Paviot (Moulinier), Jean-Edouard Bodziak  (Calot), Mathilde Warnier (Sophie), Joséphine de la Baume (Clayborn), Marie-Julie Baup (Marie-Jo). La réalisation a quant à elle été confiée à Alexandre Courtès. Toute cette fine équipe, accompagnée de Olivier Wotling, nouveau directeur de la fiction d’Arte, s’est livrée à une session de questions-réponses lors d’une projection presse à Paris à laquelle Sur Nos Ecrans s’est rendu. Retour sur cet échange.

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Au Service de la France – Arte – 2015

Comment est née l’idée de la série ?
Gilles de Verdière (producteur) : Pour commencer, il faut dire qu’il n’était pas tout à fait évident à l’origine de proposer un projet tel que Au Service de la France à Arte, la chaîne n’ayant pas eu encore beaucoup d’expérience dans le genre de la fiction comique.

Jean-François Halin (créateur) : A la genèse de la série, il y avait surtout cette atmosphère de bureau, qu’on retrouve particulièrement dans une scène de OSS 117 Rio ne répond plus. Nous voulions nous amuser avec ce principe de vie de bureau et de paperasse dérisoire qui existe également derrière les histoires de grandes affaires internationales et de travail d’espion et qui au final en occupe la plupart du temps. Il s’agissait d’effectuer une sorte « d’auto french-bashing » à travers ce contraste, soulignant la vacuité de l’activité des services secrets. Le choix d’époque s’est porté sur 1960 car c’est une période charnière de l’histoire française, marquée par la décolonisation et les évolutions politiques et sociales menant aux bouleversements de mai 68.

Comment s’est passée la collaboration à trois, en ce qui concerne l’écriture ?
Jean-André Yerlès (co-auteur) : C’est un processus d’écriture qui nous a pris 5 ans au total, ce qui a permis de mieux nous connaître.

Claire Lemaréchal (co-auteure) : Jean-André et moi sommes venus contribuer à la création originale de Jean-François. Nous nous sommes nourris de son univers pour diriger la série dans la meilleure direction possible et rester fidèles à sa vision.

Jean-François Halin : En tant qu’ex-auteur des Guignols de l’info, j’ai pu travailler avec des gens comme Bruno Gascio. Ma collaboration avec Jean-André et Claire m’a rappelé les meilleurs moments de cette époque, pour être honnête. De même, nos rapports avec Arte étaient du même ordre que ceux que j’entretenais avec Canal+ et Alain de Greef, qui étaient excellents. Nous n’avons jamais eu de reproches de la part d’Arte, qui nous a toujours beaucoup soutenu et même parfois encouragé à aller plus loin.

Pourquoi ce choix du format de 26 minutes ?
Olivier Wotling (directeur de la fiction) : C’est un format typique de comédie. Et même si nous n’avions pas initialement de case spécifique pour ce genre de format, nous avons alors jugé que c’était aussi un format qui se prêtait bien à l’enchaînement des épisodes. D’où notre programmation.

Le choix du genre de la comédie s’est-il fait d’office ? Comme s’est décidé ce parti pris ?
Jean-François Halin : Personnellement, je n’ai toujours que fait de la comédie. Avec Au Service de la France, ma volonté était d’avoir de l’ironie à travers notre regard d’aujourd’hui par rapport à ce que pensaient les gens de l’époque et de faire naître l’humour de cette manière.

Claire Lemaréchal : Pour nous, il ne s’agissait pas, ainsi, de faire des gags à tout prix non plus. Le sens devait primer dans notre écriture et non rechercher la blague pour la blague.

Etait-il su dès le départ que le mode de diffusion s’effectuerait par paquet de 4 épisodes ? La saison s’est elle construite en conséquence, avec des arcs adaptés à ce rythme ?
Jean-François Halin : Non, nous n’avons pas eu cette information au préalable. Pour ce qui est de la structure de la saison, elle s’est plutôt construite en fonction des lieux. Nous commençons de façon assez claustrophobique, en ne tournant que dans les bureaux, puis nous en sortons progressivement pour installer un rythme avec des aller-retours.

Quelle a été la part de recherche historique ?

Claire Lemaréchal : Nous n’avons pas effectué de documentation extensive sur les années 60. Le fait est que le but n’était pas de produire une pure fiction documentaire. Nous nous sommes donc surtout basés sur ce que nous connaissions de l’époque et nos expériences et nous avons travaillé sur cette idée de décalage entre la Grande histoire et les petites histoires futiles de ceux qui la font.

Sur quelle réflexion s’est basée la direction artistique ?
Alexandre Courtès (réalisateur) : L’idée était de montrer quelque chose de réaliste, de s’attacher à un univers crédible et sérieux pour créer une sorte de contraste. Il était important d’éviter la redondance par rapport à la dimension impertinente et absurde du texte. Pour cela, l’interprétation des acteurs se devait notamment d’être très premier degré, loin de l’idée de parodie.

Gilles de Verdière : Il nous importait également de ne pas faire une série vintage. Nous avions besoin de modernité dans la forme, ce qu’Alexandre a pu apporter par ses cadrages, ses angles et son regard. De même pour la musique, confiée à Nicolas Godin, qui est inspirée de l’époque mais qui sonne moderne.

Qu’est-ce qui a plu aux comédiens dans leurs rôles ? Quelles ont été leurs inspirations ?
Bruno Paviot (Moulinier) : J’ai trouvé le personnage très drôle et j’aimais déjà beaucoup OSS 117, même si Alexandre voulait éviter de reproduire le même style de jeu.

Karim Barras (Jacquard) : L’humour anglais entourant le personnage de Jacquard m’a particulièrement séduit pour ma part.

Jean-Edouard Bodziak (Calot) : Pour moi, c’était vraiment le plaisir du texte qui m’a convaincu. J’ai sinon travaillé en me documentant avec des films d’espionnage essentiellement.

Wilfred Benaïche (Le Colonel) : La série traitant en profondeur d’une époque, je voulait retranscrire l’idée d’un vécu à travers mon personnage. Mon inspiration principale a ainsi été le Général De Gaulle.

Christophe Kourotchkine (Moïse) : J’aimais particulièrement la qualité des dialogues. La série était, de plus, un projet attractif pour beaucoup de comédiens. Ma grande référence pour le rôle a été Le Grand blond avec une chaussure noire.

Joséphine de la Baume (Clayborn) : C’est la force de dérision de l’écriture et le mélange des personnalités qui m’ont attiré. Pour ce qui est de l’inspiration, je me suis beaucoup basé sur le personnage de Mrs Robinson de The Graduate qui est un des personnages que j’ai le plus aimé.

Marie-Julie Baup (Marie-Jo) : J’ai trouvé un vrai plaisir dans le texte très premier degré du personnage et j’avais les films de Jacques Demy pour référence.

Mathilde Warnier (Sophie) : Pour ma part, je trouvais simplement que c’était un personnage qui me ressemblait un peu, quelque part, qui est moderne aussi.

Hugo Becker (André Merlaux) : J’avais surtout en tête l’idée de ne pas aller dans la même direction que OSS 117 pour le jeu d’acteur et je me suis vraiment tenu à l’écriture. Puis j’ai aussi bien sûr regardé beaucoup de films d’espionnage, les James Bond, les Pierre Richard et aussi pas mal Simon Templar.

Gilles de Verdière : Je rajouterai que la liberté de production et notamment en terme de casting, accordée par Arte est quelque chose d’assez rare. Elle nous a largement profité pour bien prendre notre temps et vous proposer, en quelque sorte, l’élite des candidats comédiens que nous avons vus. Certains acteurs avaient d’ailleurs postulé pour d’autres rôles mais nous les avons finalement castés dans leurs rôles actuels car ils apportaient quelque chose de tellement fort que nous ne concevions pas de nous passer d’eux.

Claire Lemaréchal : Il y avait aussi une vraie importante nécessité de distinction entre les agents et notamment avec le trio Calot-Jacquard-Moulinier, qui nous préoccupaient. Pour cela il nous fallait des acteurs de talent pour y répondre.

Jean-François Halin : En parlant de ce trio, nous avons d’ailleurs remarqué au fil de l’écriture que chacun des agents du trio était en fait un peu une caricature de nous autres, trois scénaristes de la série.

Les films des années 60 ont-ils été une source d’inspiration pour la réalisation ?
Alexandre Courtès : Non mais je dirais que nous nous sommes plutôt appliqués à reproduire l’univers des 60s. Mais il s’agissait de le filmer de façon moderne avec une direction d’acteur contemporaine.

Hugo Becker : Personnellement, j’ai dû particulièrement travailler ma diction, sachant qu’en se plongeant dans cette autre époque, si j’y parlais comme je parle dans la vie, les choses ne seraient pas aussi précises.

Quelles ont été les réflexions autour de certaines répliques, blagues et choix de mots politiquement incorrects ?
Jean-François Halin : Nous n’avons jamais eu d’hésitations et il n’y en a pas eu non plus de la part d’Arte en ce qui concerne cette forme d’humour assez violent que nous pouvons employer. Je pense aussi que cela reste tout à fait une possibilité de produire ce genre de blagues aujourd’hui, contrairement à ce qu’a dit Jean Dujardin sur l’éventualité d’une suite à OSS 117, malgré tout le bien que je pense de lui. Ce n’est pas parce que le politiquement incorrect est enlevé de l’antenne que le public ne l’aime pas. Il y a toujours un public pour ça.

Claire Lemaréchal : Notre souci dans l’écriture était aussi beaucoup de respecter une justesse de l’époque. Si les personnages et les blagues sont racistes, c’est aussi le reflet de cette époque-là. Mais nous nous attachions à faire en sorte, bien sûr, que la série, elle, ne soit pas raciste.

Une saison 2 est-elle prévue ?
Gilles de Verdière : C’est confidentiel (rires).

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