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La Vie Devant Elles : Entre rêves et réalité

La thématique est des plus simples : la vie de famille de mineurs dans le Nord-Pas-de-Calais en 1975. On ne peut moins vendeur non plus. Et pourtant… La vie devant elles se veut une fresque humaine en hommage à ce métier dur, risqué, dangereux que fut celui des travailleurs dans les mines en France en s’intéressant à leurs familles.

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La vie devant elles – France 3 – 2015

Synopsis : On suit la vie de trois filles de mineurs et de leur famille dans les années 70, au moment de cruciaux bouleversement sociétaux (Bande-annonce).

La série débute par le générique avant de nous plonger directement dans les familles des mineurs et nous présenter les véritables héroïnes de la série : Caroline, Solana et Alma incarnées par Lilly-Fleur Pointeaux (Platane S01, Falco), Alma Jodorowsky (La vie d’Adèle) et Stéphane Caillard (Borgia S02-03). Le choix de la période, dixit le réalisateur de la série Gabriel Aghion, a été décidé car à ce moment-là, les jeunes voyait l’avenir comme une chance et non comme quelque chose dont il fallait à tout prix se protéger. C’est aussi une période de changement fondamental au niveau des comportements et de la pensée sociétale. Cela est d’autant mieux mis en scène que nos trois protagonistes sont issues de famille pauvre, voir très pauvre, et ont toutes des étoiles pleins les yeux, que ce soit le projet de rejoindre Paris pour réussir dans la mode, ou d’aller à l’université pour devenir avocate. Sur ces deux premiers épisodes, on les suit dans leur préparation du baccalauréat, et dans le passage de l’examen.

Du côté de leur famille, seule Caroline a une famille normale et sans problème, puisque Solana a une mère catatonique et Alma voit la sienne (Claire Nebout) quitter son père pour rejoindre un riche homme d’affaire, paralysé lors d’un accident pour lequel elle l’a suivi en tant qu’infirmière. La dure vie à la mine est montré mais sans jamais tomber dans le pathos. Les conditions de travail sont traitées, on perçoit les différents points de vue, et on s’immisce dans leur quotidien, sans volonté de jugement. C’est alors que la vie des trois jeunes filles va basculer, lors d’un coup de grisou dans la mine, traité de main de maître par Gabriel Aghion, qui nous a confié avoir tenté de reproduire à l’identique la catastrophe de Liévin, qui a eu lieu le 27 décembre 1974 et qu’il avait approché à travers un document de L’INA. Probablement cette vidéo, dont certains passages sont repris à l’identique dans le film. Là encore, l’action passe au second plan, même si on voit brièvement l’explosion. Ce n’est pas ça qui importe, ce sont les émotions. Des émotions brutes, fortes, quand on voit la ville se ruer vers la mine avec une seule choses dans la tête de chacune des personnes : « Pourvu que ce ne soit pas mon mari, mon père, … ». La réaction d’une ville habitué à ce genre de chose puisqu’au son de l’explosion, toutes les familles des mineurs ont la même. Ils savent, et ils doivent savoir si leur proche fait partie des potentielles victimes. La phrase d’un des mineurs prend encore plus de sens lorsqu’on l’entend à l’identique dans la vidéo de l’INA ; une phrase si anodine et si lourde de sens. Alors qu’il sort de la mine, il se fait légitimement questionner par les personnes qui n’ont pas encore de nouvelles de leurs proches. Résonne alors dans la vidéo de l’INA « Godart ; Godart, Pierre ; Godart », ce à quoi le mineur répond : « On connait pas tout le monde ». Puis vient le temps de l’annonce. La catastrophe de Liévin aura fait 42 morts, il y en aura 3 dans la série. Vous l’aurez compris, les trois pères de nos héroïnes. Le moment est filmé de manière très juste, le jeu des actrices est magnifique, et les émotions ressenties au diapason.

S’ensuit alors l’après. Comment faire pour vivre après une telle perte. Caroline prend conscience des problèmes financiers que cela représente, alors que son père lui avait promis qu’il s’était arrangé pour lui donner de l’argent pour son départ pour Paris, Solana, athée, se retrouve dans une école catholique, et Alma se voit obligé de rejoindre sa mère dans la maison -ou plutôt l’hôtel particulier – de son nouveau compagnon et se retrouve dans un monde totalement étranger pour elle, et pour lequel elle porte peu d’affinités. On voit une rivalité se créer entre Caroline et son copain d’alors, dont le père est responsable de l’affrètement des mineurs, on voit aussi ces filles se rapprocher de leur famille, et Solana essayer désespérément de sortir sa mère de son état. On voit ces filles soudées plus que jamais. Mais on voit aussi un problème se poser pour les familles, très explicitement décris par le syndicaliste, qui globalement, aura été assez inutile à part pour cela. Les houillères payent un salaire, un logement, et la nourriture aux mineurs. Ce qui fait qu’elles ont une emprise totale sur eux, ces derniers ayant peur de se révolter au risque de tout perdre. Ses mots sont de cet ordre : Si jamais on doit aller en justice, il faut qu’on soit sur de gagner, sinon on n’ira pas. Et c’est un sur à 100% qu’il décrit, pas un à 99. Ce qui a le mérite d’expliquer l’inertie dont il fait preuve durant ces épisodes, en contradiction totale avec son rôle.

La vie devant elles - Equipe

Dan Franck et Stéphane Osmont nous propose une série ou l’émotion remplace l’action grâce au travail d’écriture, à l’excellente réalisation de Gabriel Aghion et de la haute qualité du casting, emportée par Lilly-Fleur Pointeaux, Stéphane Caillard et Alma Jodorowsky mais pas seulement. Les trois pères tout comme leurs femmes, nous transportent dans ce milieu pas forcément connu de notre génération, surtout si elle n’est pas de cette région. Le contexte ne devrait cesser d’évoluer, puisqu’on va suivre ces jeunes filles devenir jeunes femmes, au cours de plusieurs périodes clés. France 3 a donc fait le pari d’une série qui ose, qui change, qui propose. Une série dont le tempo descriptif n’empêche pas l’humour, n’empêche pas les rebondissements, mais permet seulement de les vivre pleinement. Une série dont une deuxième saison serait déjà écrite et n’attendrait plus que le feu vert de France 3, dicté par les audiences. Alors le 28 avril à 20h50 rendez-vous sur France 3, il ne tient qu’à vous qu’elles continuent leurs histoires.

8/10

2 réflexions sur “La Vie Devant Elles : Entre rêves et réalité

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