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The Casual Vacancy, une place à prendre?

The Casual Vacancy (Une place à prendre, en français) marque l’arrivée de J.K. Rowling dans les livres destinés aux adultes, contrairement à sa célèbre saga, qui, malgré un assombrissement notable de l’atmosphère au fur et à mesure qu’Harry Potter grandit, reste globalement à destination des enfants et adolescents. Ici, Pagsford casse les clichés habituels du village typique anglais, « gouverné » par le pub, où tout le monde s’entend quel que soit son milieu social ou d’origine, et où finalement, tout va bien.Ep3

Synopsis : Dans le petit village reculé d’Angleterre de Pagsford, la vie des habitants entre volonté pour certains d’élever le niveau de vie pour que les plus pauvres s’en aillent d’eux même, et ceux pour qui il faut au contraire les aider. La décision finale sera arbitrée par celui qui prendra la place vacante au conseil du village.

Le ton est directement posé : le cynisme et le sarcasme feront partie intégrante de la série. A cela s’ajoute la critique ouverte qui fait partie du quotidien de la relation de Samantha (Keeley Hawes) et ses beaux-parents – particulièrement sa belle-mère, ces-derniers naviguant paradoxalement entre reproches constants et chouchoutage excessif de leur fils. Seuls comptent leurs intérêts, et ils sont prêt à tout ou presque pour y arriver.
Dans le contexte très « fictionnalisé » de ce village, pointe un soupçon de fantastique, puisque les personnages voient la Mort venir les chercher. Mais cela est très succinct et ce qualificatif ne peut donc décrire la série. Les personnages ont tous une – très – forte personnalité, ce qui va amener certaines scènes explosives aussi originales que réjouissantes, certaines révoltantes et d’autres très touchantes.

Le tempo est assez lent, et l’histoire prend le temps de poser ses bases avant de révéler sa véritable nature, qui prendra tout son sens à la fin. Un rythme qui, au départ, crée une certaine inertie, car la thématique originelle – la vente d’un bâtiment social pour en faire un spa – n’est au final pas si prenante que cela. Mais au milieu des familles de ce village, qui voient le père de l’une d’entre elles (Richard Glover) usé d’une autorité violente sur ses fils (et sa femme), le couple Samantha-Miles (Rufus Jones) tiraillé entre leur amour et l’incapacité de Miles à faire face à ses parents, dont leurs filles profitent allègrement, le couple d’origine indienne (Silas Carson et Lolita Chakrabarti) dont la fille a son casque audio vissé sur les oreilles, et dont l’approche qu’a le mari de son métier, chirurgien esthétique, tranche complètement avec les aspirations de sa femme concernant les plus démunis, ou encore celui de classe moyenne, au père (Simon McBurney), professeur stressé et à la mère (Monica Dolan), profondément altruiste, dont l’enfant semble complètement déconnecté de la réalité, au milieu de tout cela va se démarquer la véritable héroïne de l’histoire : Krystal Weedon, magistralement interprétée par Abigail Lawrie, pour son tout premier rôle.

The Casual Vacancy - Abigail Lawrie

Lors de sa première apparition, on est dans le cliché pur et dur (dans notre tête du moins) en se disant que cette lycéenne rebelle, qui arrive habiller de manière plus que sexy dans un endroit où l’uniforme est de rigueur, sera le stéréotype même de ce genre de personnage. D’autant plus qu’à ce moment là, rien ne nous dit que l’héroïne de la série, c’est elle. On la perçoit donc comme un personnage parmi d’autres, et on se dit que l’histoire de son personnage est toute tracée. Sauf que ce cliché va être rapidement détruit, et va se dévoiler sous nos yeux une personne complexe, avec une histoire qui explique pourquoi elle est comme ça. Cela va même plus loin, puisqu’on en vient à se dire qu’on l’a jugé beaucoup trop vite, et que les premières apparences peuvent être trompeuses. Le but n’est pas de lui trouver des excuses, et il interroge. Qu’est ce que je serai devenu, moi, dans de telles conditions? Comment aurais-je réagit?
Car Krystal habite dans le quartier pauvre voisin de Pagsford, et tente de survivre avec sa mère qui enchaîne désyntox et rechute, et dont le bien être de ses enfants est le dernier de ses soucis. Oui, ses enfants, car Krystal a un petit frère dont elle doit s’occuper et qu’elle chérit plus que tout. On comprend alors que le rôle de façade qu’elle met en place à l’école lui sert à se protéger. Et sous cette carapace, on découvre une fille remplie d’une force inouïe, dont les efforts constants pour tout gérer créent une pression continue, déjà difficile à conditionner pour une adulte, et donc encore plus pour une enfant de son âge. Une seule personne l’a vraiment comprise, Tess Wall (Monica Dolan), qui mettra tout son cœur pour tenter de la sauver de ce milieu auquel elle n’appartient que par obligation. Et une fois cette histoire lancée, la décision du conseil de garder la villa Sweetlove disponible pour les plus démunis (comme le souhaitait son propriétaire) ou de la transformer en Spa pour les éloigner, passe au second plan malgré son importance de départ. Ce qui n’empêchent pas les affrontements verbaux entre Samantha et sa belle-mère Shirley Mollison (Julia McKenzie) d’être jubilatoires, même si parfois révoltants.

The Casual Vacancy - Kathy Hawes et Rufus Jones

Mais ce qu’on a vraiment envie de savoir, c’est si Krystal va s’en sortir. Si elle va réussir à s’extirper de cette condition de vie dont elle n’y est pour rien, pour prendre un nouveau départ. L’élection du nouveau membre du conseil exacerbe les tensions déjà présentes entre les différentes familles, on assiste même parfois à du démontage en règle. On sait que définitivement – si on pouvait encore en douter – on ne voudrait pas vivre à Pagsford et ses alentours. A ce moment-là, le ton descriptif, lent, quelque peu rédhibitoire du début, prend tout son sens. On veut une fin heureuse pour Krystal, on ne trouvera pas ça surfait, elle l’a mérité. Et lorsque pour sauver son petit frère qu’elle croit tomber dans une petite rivière à cause d’une minute d’inattention, alors qu’elle tente d’échapper au dealer de sa mère qu’elle avait fait arrêter, elle finit par se noyer, le but de la scénariste Sarah Phelps est parfaitement rempli. Elle nous a dit qu’on devait ressentir un coup de poing en plein coeur à l’arrivée de la scène. Et force est de constater que c’est exactement ce qu’on a reçu.
Le moment est parfaitement amené. Alors que le doute s’installe, quand on voit son petit frère Robbie (Bryce Sanders) joué trop proche de l’eau et disparaître, et Krystal plonger pour le chercher, il s’estompe au moment où on le voit retrouver par le chirurgien esthétique. C’est pour mieux revenir sur le corps de Krystal, flottant dans l’eau. Si l’explication donné pour la noyade peut paraître un peu tirée par les cheveux, ce n’est pas l’essentiel, puisque ce qui est importe c’est le symbole, le côté tragique. Ce moment comme les scènes qui suivent sont très bien gérés, et montrent les différentes réactions de manière juste, parfois très émouvantes. Cette fin diffère grandement de celle du livre, que je ne dévoilerai pas, et peut paraître moins sombre. Ce à quoi Sarah Phelps s’est défendue, arguant que son final montrait la plus grande peur de Krystal se réaliser : à savoir son petit frère, laissé seul au monde.

Si la mini-série prend son temps au début pour tout mettre en place, peut être un peu trop d’ailleurs, c’est pour mieux orchestré sa tragique fin. Une fin prenante, touchante, émouvante, due en grande partie à l’écriture du personnage de Krystal, tout autant qu’au jeu d’Abigail Lawrie. Malgré la participation d’HBO, la série paraît 100% british. Le réalisateur Jonny Campbell (In The Flesh) nous a pourtant appris que la chaîne avait envoyé des notes très précieuse sur les scripts, et donc ne s’était pas cantonné à un rôle uniquement financier. The Casual Vacancy vaut donc le détour, utilisant l’exagération pour mieux dénoncer certains comportements comme l’hypocrisie, la peur de l’autre, la jalousie, … Si le tempo lent et les premiers arcs narratifs semblent un peu flous, on est dans le pur ton anglais, les acteurs sont tous excellents, et l’histoire comme le personnage de Krystal vraiment touchants.

Note : 7/10

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