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Le Bureau des légendes : Q&A avec l’équipe de la série

 À l’occasion de la diffusion à partir du 27 avril de la nouvelle création originale de Canal+ Le Bureau des Légendes, nous avons pu voir quelques épisodes dont nous vous parlons ici, et nous avons également assisté à une séance de questions/réponses avec Fabrice de la Patellière (directeur de la fiction française), Mathieu Kassovitz (Guillaume Dabailly alias Malotru), Eric Rochant (créateur, showrunner, producteur et réalisateur), Léa Drucker (docteur Balmes) et Alex Berger (producteur).image

Comment trouver l’équilibre difficile entre contrôle et partage de la créativité quand on est showrunner ?

Eric Rochant : J’ai appris un nouveau métier qui est celui de producteur. Avant j’avais une structure de production sur Mafiosa entre Canal+ et moi, j’avais envie d’être en direct face au diffuseur, mon propre producteur, avec Alex. Ça paraissait plus simple. Je suis complètement responsable de la série,complètement en maîtrise, avec Alex, et je me suis rendu compte que l’entité la plus pertinente pour faire cela était canal+. Comment l’artistique se fait ? On est au service de artistique, on écrit, et ensuite on fait réaliser et on trouve les comédiens pour jouer, ça change pas grand chose. Moi, je suis un peu plus plus schizophrène car je me demande à moi même l’autorisation de faire telle ou telle chose, et souvent je me la refuse.

Alex Berger : Surtout sur cette série, dès 2008 avec Eric Rochant quand on a commencé la société et le développement d’un projet, on était obsédé par ce qui se passait aux Etats-Unis, la manière dont ils fabriquent les séries avec un rythme soutenu, comment cette pratique se fait. Je suis né là-bas, et on a passé beaucoup de temps aux Etats-Unis et on s’est posé beaucoup de questions. On s’est demandé comment adapter une méthodologie américaine en France. C’est ça, en plus, de la création du Bureau des légendes, c’est l’idée savoir comment trouver de manière juridique, le droit d’auteur est différent, de manière sociologique, comment adapter une méthodologie pour fabriquer une saison par an, d’avoir des auteurs et réalisateurs, etc. Ça a été un laboratoire formalisable, Eric Rochant est un vrai showrunner, il montre la vision qu’il a créé avec les paramètres de l’aspect techniques, un esprit de management, et l’aspect financier.

Mathieu Kassovitz, vous êtes connu pour être un artiste engagé, est-que le fait que cette série se situe dans un contexte très actuel, réaliste, a été un facteur qui vous a décidé à accepter ?

Oui, c’est surtout la façon dont le thème est traité qui m’a donné envie d’y participer. La rigueur et les connaissances d’Eric à travers ses films montrent qu’il a développé une passion, et en lisant le scénario, j’ai vraiment l’impression d’y être.

Comment décrire la vérité de votre personnage, Guillaume, gouverné par le mensonge ?

Sa vérité c’est que c’est un professionnel du mensonge, il a sa vérité personnelle, et sa vérité professionnelle, les mensonges sont des dommages collatéraux. On verra comment les petits mensonges enveniment les choses.

Comment construire un personnage quand il est dans le mensonge ou change de personnalité car, le propre de la série est de s’identifier ?

Eric Rochant : Avec le temps. L’opacité du personnage permet de tenir la durer quand on fait le tour trop rapidement d’un personnage on s’en lasse. Malotru ne se résume pas au mensonge, il a une fêlure. Mais c’est compliqué d’écrire les moments où il est lui-même, à quel moment il pouvait être quelqu’un qui n’est pas dans la maîtrise, dans le mensonge ? Ça vient et c’est très fort à ce moment-là. Il commence déjà avec une craquelure intérieure et ensuite il est dans la maîtrise.

Mathieu Kassovitz : Il y avait plusieurs réalisateurs, j’arrivais sur la journée à avoir deux réalisateurs différents, et ce qu’il y avait dans le scénario était très intense. En façade, c’est un mec qui ment, le réalisateur voulait faire sortir le meilleur de moi, faire sortir plus d’émotions, il disait « tu vois, il est en train de mentir, il faut sortir l’émotion derrière », oui mais poker face, il ne faut pas que ça se voit. Ça bout à l’intérieur mais à l’extérieur il faut pas le voir. Un personnage trop froid fait peur mais on a dix heures devant nous donc prenons notre temps. Sur une série, on a le temps de prendre le temps de construire.

Léa Drucker, on ne connait rien de votre personnage qui arrive dans le deuxième épisode, comment avez-vous construit votre personnage de psy ?

D’abord on a eu quinze jours de répétions avec Eric, ce qui me permettait d’essayer des choses, et voir quelle directions ne pas prendre. Jouer un psychiatre, c’est quelque chose d’imposant. Finalement on s’est rendu compte qu’il faut jouer les choses dans l’instant, par rapport au personnage de Mathieu, laisser faire le scénario, et le temps. Ce qui est exceptionnel c’est qu’on a un temps plus important.

Mathieu : On a pas beaucoup moins de temps sur le tournage mais on a un temps beaucoup plus important pour faire développer le personnage.

Quand on parle de série d’espionnage, on pense à Homeland ou Rubicon, comment on allie l’exigence de réalisme et l’exigence de rythme qui incombe à une série pour fidéliser le spectateur ?

Eric : Pour moi, Homeland n’est pas une série réaliste, c’est spectaculaire, Rubicon était plus réaliste. Le rythme c’est celui de l’histoire. Le rythme n’est pas antinomique à l’histoire. Le réalisme peut être antinomique avec le spectacle. Le réalisme est une rigueur, une exigence, une rigueur par rapport au jeu, au script. Tout le défi de cette série est tout en restant réaliste on peut quand même décrire des situations qui se développent et deviennent extrêmement tendues et spectaculaires. C’était le pari de cette série. Le rythme de la réalité n’est pas celui du cinéma ou de la fiction, et en fait c’est un vrai challenge de faire en sorte que le rythme de la fiction épouse un certain rythme réaliste tout en restant spectaculaire. Et je crois que la série le peut, on pourrait pas se le permettre au cinéma, sauf en faisant un film de quatre heures.

En parlant de réalisme, sur quoi vous êtes-vous basé ? Car on voit dans la série que le bureau des légendes à l’air d’être assez planqué, vous vous êtes basé sur des livres, des témoignages, qu’est-ce qui a donné la matière pour écrire ces épisodes ?

Eric : D’abord l’imagination, certains livres, journaux, documentaires. Aussi le raisonnement. Au début je m’intéressais aux identités fictives, dans le milieu ils appellent ça les les légendes,, on a eu quelques témoignages mais c’est surtout l’imagination et le raisonnement. C’est logique, la DGSE est un service mythique et dans lequel chacun de nous pourrait être.

Qu’est-ce que vous a apporté votre travail sur Mafiosa pour créer votre série ?

Tout ce qu’il y a apprendre sur la fabrication d’une série, d’abord son économie, sa production, la mise en scène par rapport à ces contraintes, sur l’écriture. La grande différence est que Mafiosa n’était pas mon concept. On m’a proposé de reprendre la saison 2, et j’ai eu envie de développer mon propre concept. La différence est là, c’est que je suis le patron de la série.

On aperçoit le logo du ministère de la défense à la fin du générique, j’étais curieux de savoir dans quelle mesure la DGSE avait été consulté, son implication, jusqu’à réviser le scénario des épisodes ?

Alex Berger : Le logo du ministère de la défense est là car on a eu accès à certains endroits, parfois un peu sensibles. L’autre aspect, c’est une anecdote, lorsque l’on a appelé le ministère, on a appris que les gens en formation de la DGSE regardent un film qui est Les Patriotes (réalisé par Eric Rochant, NDLR). Ça nous a permis d’accéder à des gens et aux lieux. C’était surtout pour nourrir un peu plus la création des auteurs.

Eric : Il y a pas eu de lecture, pas à ma connaissance, si c’est le cas c’est derrière mon dos.

On a vu que vous créez un background géopolitique, est-ce que vous avez voulu mettre ce background plus en avant dans les suivants ? Est-ce qu’on reste que sur ces personnages ?

Eric : vous pourrez voir dans les autres épisodes qui sont les clients de la DGSE, le ministère des affaires étrangères, etc, on verra les rapports qu’elle a avec ses gros clients. Et on approfondie de plus en plus ce rapport à la réalité géopolitique. On a toujours du mal à être contemporain au moment de la diffusion. On peut être contemporain au moment de l’écriture, au tournage on peut adapter mais au moment de la diffusion c’est compliqué. Mais on est complètement dans les thèmes géopolitiques d’aujourd’hui.

Mathieu : Et tout ce que vous voyez là c’est tout ce que vous ne pouvez pas voir. Tout ce qui se passe aujourd’hui dans la DGSE, il y a des histoires comme ce qu’on raconte mais on ne les connait pas. On a trouvé pendant le tournage qu’on était parfois un peu trop proche de la réalité. Mais l’histoire de Cyclone c’est une histoire inconnue, qui ne peut pas être connue.

2 réflexions sur “Le Bureau des légendes : Q&A avec l’équipe de la série

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