Festivals/Tous Ecrans

Festival Tous Ecrans – Jour 2 (bis)

Sensitive Skin

Sensitive Skin – HBO Canada

Mon long dimanche de vie en salles se poursuit au Festival Tous Ecrans avec deux passionnants portraits de femmes.

Après le revisionnage de Transparent, retour donc à de l’inédit pour moi avec Sensitive Skin, jolie perle canadienne d’Hugo Blick (The Honourable Woman) portée par rien de moins que l’excellente Kim Cattrall, excusez du peu. Il faudra m’expliquer du coup pourquoi la série n’a pas bénéficié de davantage d’écho sur la sériesphère. C’est le nom digne d’un gel douche Dove qui vous a berné? Non parce que vraiment, la marchandise est loin d’être dégueulasse. Qu’importe l’âge de Davina, le rôle de Cattrall, la problématique principale de la série d’ailleurs, moi je trouve de toute façon que c’est en laissant les choses mûrir le plus possible qu’elles se savourent mieux.

Dans ses thématiques, Sensitive Skin n’est très certainement pas ce qu’il y a de plus innovant, d’autant plus qu’il s’agit d’une adaption d’une première version britannique de 2005. Mais son ton, sa dimension comique sont exploités avec grande justesse et créativité pour faire de ces crises de la cinquantaine et de couple une magnifique source de divertissement et de réflexion. L’écriture est en effet si affinée, si précise qu’elle arrive à dépasser la simplicité apparente de la situation au cœur du récit: un couple BCBG qui décide d’aller vivre dans le quartier branché des jeunes à Toronto. Pour donner de la profondeur et dynamiser cette histoire, le fantastique duo formé par Kim Cattrall et Dan McKellar y est très sûrement aussi pour beaucoup. Ils forment un couple original mais crédible qui constitue la chair sous cette Sensitive Skin et qui me donne définitivement envie de retrouver la série.

Olive Kitteridge

Olive Kitteridge – HBO

La journée se finit par un dépaysement assez brutal, fourni par Olive Kitteridge, dernière mini-série de prestige en date d’HBO. Enfin, le prestige est plutôt à chercher au niveau de la production et du casting, parce que le monde décrit dans Olive Kitteridge n’a rien de prestigieux. Olive Kitteridge elle-même est surtout pathétique et antipathique. C’était d’ailleurs tout mon questionnement tout au long de l’intégrale de cette œuvre si particulière: quel intérêt à raconter une histoire sur une femme aussi banale? Qu’est-ce qui fait que cette institutrice bougonne du Maine mérite qu’on s’intéresse à elle?

C’est précisément là que réside l’originalité d’Olive Kitteridge. Olive n’a peut-être rien d’une figure héroïque au sens premier du terme, elle n’accomplit pas de grandes choses mais elle est unique en son genre et intéressante dans sa marginalité, son conflit avec certaines conventions sociale et affectives. Elle est le rouage rouillé d’une mécanique sociale. C’est aussi en cela que sa vie est digne d’attention. Pour observer comment réagissent les rouages les plus proches d’elle comme sa famille, son entourage, les plus affectés par ses tensions. Pour observer comment Olive peut tenter de s’adapter et de reconnaître ses fêlures et voir jusqu’où cette mécanique peut tenir.

Afin de nous captiver à travers ce récit empreint de tristesse, désespoir et frustration, à faire passer un livre de Zemmour pour une promenade de santé, on ne pouvait rêver mieux que Frances McDormand. Elle habite complètement le rôle d’Olive Kitteridge et lui confère toute son humanité. On aurait peut-être eu plus de mal à dépasser l’antipathie d’Olive sans elle et sa prestation très nuancée. L’écrin de la réalisation, sublimant les moments les plus anodins ou querelles les plus aberrantes, ainsi que des décors maritimes majestueux des côtes du Maine, contribuent aussi à faire de la série une œuvre artistique particulièrement envoûtante.

Olive Kitteridge c’est ça et tellement plus encore, mais vous vous doutez bien que ce n’est pas en 30 ou 40 pauvres lignes que je vais pouvoir le couvrir. Mais si j’avais à la résumer, je dirais que c’est une œuvre télévisuelle romanesque poignante et profondément humaine.

C’est sur cette jolie note finale que se conclut mon marathon de projos. Et dans les conditions matérielles du festival, je peux vous dire que le mot « marathon » prend tout son sens. Mais si mon dos doit encore s’en remettre, mes yeux sont définitivement repus.

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