Festivals/Tous Ecrans

Festival Tous Ecrans – Jours 3 et 4

Fresque Festival Tous EcransJe vous l’ai joué un peu Peter Jackson avec mes derniers billets à vous étirer une journée sur deux posts. Promis je reviens à un format classique pour vous tirer ma révérence, on a bien vu ce que ça donnait quand on coupait les fins en deux, n’est-ce pas Harry Potter ?

Pour mes derniers jours au Festival Tous Ecrans, j’ai d’abord rendez-vous au Brésil, terre télévisuelle qui m’est chère – pas que pour le botox et l’alcool – ayant déjà pu y faire de belles découvertes en séries telles que Preamar ou Afinal O Que Querem As Mulheres ? . Juste le temps de récupérer ma 967ème contremarque d’accrédité étudiant et me voilà sur le divan du psychanalyste Carlo Antonioni à São Paulo, dans la série Psi. Production d’HBO Latin America, Psi n’a au final d’HBO que le nom. C’est un peu comme si on apposait le logo Louis Vuitton sur des Havaianas. Ça tombe bien, c’est de circonstance. N’y allons pas par quatre chemins, la série manque la belle opportunité que représente un sujet comme la psychanalyse. Imaginez ma déception quand, moi, qui rêvais de plongée exotique et décomplexée, typique du Brésil, dans cette thématique souvent froide et cérébrale, je me retrouve face à une bouillie calibrée et sans saveur. Tout semble prémâché et aseptisé pour fournir une narration simpliste et populaire à travers des cas pseudo-psychiatriques accessibles au plus grand nombre.

Psi

Psi – HBO Latin America

Psi a peut-être les meilleures intentions du monde et elle a le mérite d’attirer l’attention sur des sujets délicats comme les mauvais diagnostics de pathologies psychiatriques pour les populations plus démunies. Toutefois, elle reste assez superficielle dans son traitement et préfère malheureusement verser maladroitement dans le tire-larme et le sensationnaliste bas de gamme. Son problème vient probablement de sa nature de procedural déguisé. Elle s’enferme en plus dans sa formule de narration dès son pilot alors qu’elle n’a pas spécialement réussi une phase d’exposition donnant substance à son univers. On sait juste qu’on suit un psychanalyste qui ne sait plus trop ce qu’il veut et… voilà. Alors oui, on lui donne vite fait une situation familiale légèrement compliquée, à laquelle viennent se greffer les spécificités culturelles du Brésil. Mais cela se cantonne quasiment à une fonction figurative. On saisit donc difficilement qui est notre héros au terme du pilot, malgré les séquences contemplatives faussement profondes sur son train de vie d’homme frustré. C’est une bien maigre caractérisation du personnage et c’est quand même un comble pour une série sur le milieu psychiatrique de rater comme ça la psychologie de personnage. Ah et je vous ai précisé que par-dessus le marché la série est une torture visuelle ? Peut-être pas au point d’être totalement irregardable mais disons que vous versez bien deux-trois larmes de sang. Le pire étant probablement le générique, à côté duquel celui d’Homeland fait figure de chef d’œuvre. On peut donc peut-être parler d’In Treatment du pauvre, mais cela ne sera certainement pas au sens que la série voudrait qu’on le fasse.

Entre cette projection et la dernière de mon programme, moult péripéties. Des conférences sur la télévision qui font aimer le petit écran… ou qui font qu’on aimerait regarder la télévision PRECISEMENT au moment de la conférence, en passant par la recherche de stage désespérée te faisant considérer si tes racines lusophones caution de supplément ménager garanti sont un bon atout dans ta manche, jusqu’à l’apéro dînatoire à la tour RTS où tu bénis le service traiteur d’avoir vu large, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Ou en tout cas, moins que devant Psi.

Je vous épargne néanmoins des digressions trop longues sur mes tressaillements honorés à croiser le moindre membre du staff de la RTS (oui, oui, même toi Ferdinande à l’accueil) ou scénariste professionnel. Même s’il a travaillé sur RIS en Italie. Parce que vous dire que j’ai eu la chance de serrer la pince de Gilles Marchand, directeur général de la RTS ou de m’adresser à Nicolas Peufaillit, ancien scénariste des Revenants, à une échelle globale, ça doit autant vous parler que si je vous disais avoir papoté romans de gare avec Maître Nadjar de la Nouvelle Star. Le nom dit vaguement quelque chose, m’enfin, voilà quoi… Blague à part, les interventions de messieurs Marchand et Peufaillit étaient plus que les bienvenues aux débats auxquels ils étaient conviés, respectivement sur les nouveaux défis du numérique pour les TV généralistes et les vices et vertus de l’adaptation en télévision. Particulièrement dans le cas de M. Marchand qui a tenté de redynamiser une conférence plombée par une présentation à rallonge par M. stratégie digitale d’Arte. Et on dit que ce sont les Suisses qui sont lents… M’enfin, je pourrais aussi bien vous parler de la fois où ma famille a manqué l’homicide involontaire du bichon de Patricia Kaas, si c’est ce genre de croustillant que vous recherchez. Mais ce sera pour une autre fois, ce n’est pas pour ça qu’on est là.

The Honourable Woman

The Honourable Woman – BBC

Non, ici, c’est de séries qu’il s’agit. Ou de mini-série plus exactement, comme celle qui conclut mon parcours au Festival Tous Ecrans, la fameuse The Honourable Woman d’Hugo Blick. Cette femme d’honneur, incarnée par la sublime Maggie Gylenhaal qui n’a rien à envier à Corinne Touzet attisait ma curiosité depuis cet été. C’est une vraie pluie d’éloges qu’elle a déclenchée en ligne. Faute de temps, j’ai préféré me concentrer sur Tyrant qui traitait de thèmes proches d’une manière… moins honorable, dirons-nous. Qu’importe, me préserver du visionnage de The Honourable Woman m’a permis de mieux la savourer à Tous Ecrans. Comme quoi, il y a du bon à avoir suivi Tyrant. Parce que clairement, la projection sur grand écran est une configuration qui se prête parfaitement à The Honourable Woman. C’est une série qui vit d’ambition, qui bouillonne d’ambition, qui hurle ambition à l’écran. Peut-être juste un peu trop fort parfois. Mais en même temps, peut-on vraiment lui en vouloir ? C’est-à-dire que la série se penche sur une problématique un peu moins triviale que, disons, au hasard, la vie d’une mère de famille détective.

The Honourable Woman c’est un thriller géopolitique sur fond de conflit israélo-palestinien. Rien que ça. On peut comprendre qu’avec un contenu aussi riche et complexe, il faille lui rendre justice et le sublimer de la meilleure parure possible. Mon problème, néanmoins, c’est qu’aussi soignés que soient l’esthétique et la mise en scène de la série, elle fatigue un peu avec ces effets de style. Notamment dans le pilot où elle a une fâcheuse tendance à multiplier les séquences musicales pleines de gravité. Je ne nierai pas leur efficacité – mon cœur a bien dû faire un bon lors du passage du kidnapping à l’opéra – mais en en abusant, The Honourable Woman interfère avec le processus d’attachement aux personnages et d’investissement du spectateur dans l’intrigue. Heureusement, cela s’arrange par la suite, la série semblant se souvenir qu’elle n’est pas seulement une œuvre d’art mais également un divertissement. Le deuxième épisode met ainsi la réalisation mieux au service du suspense et les personnages ont plus de place pour se révéler.

Le tour de force narratif de la série c’est aussi de déployer si rapidement et efficacement un large réseau de personnages autour du rôle principal de Nessa Stein, tout en dépeignant avec justesse et mesure un sujet aussi délicat que le conflit israélo-palestinien. Les enjeux et la direction de la série sont clairs dès le début et elle parvient à captiver sur les subtilités des relations entre diplomates, agences de renseignements et terroristes par un ballet de personnages mené avec beaucoup de grâce. Au cœur de cette histoire, Nessa, interprétée avec finesse par Maggie Gylenhaal, est fascinante en femme en quête de paix, pour elle et pour son pays et cristallise parfaitement à elle toute seule la complexité des déchirements entres Israël et Palestine, leurs répercussions à l’international et leurs ravages humains. Pour ces raisons et plus encore, The Honourable Woman présente un récit auquel on se sent véritablement honoré d’assister.

Le plus grand honneur, c’est aussi pour moi d’avoir pu voir et découvrir un aussi grand nombre de séries, si différentes grâce au Festival Tous Ecrans. Sachant en plus que je n’ai pas vu l’intégralité du programme séries et qu’il représente probablement moins d’un tiers de l’offre complète du festival, riche en variété… d’écrans ! Chaque année, c’est une qualité de programmation qui ne va qu’en s’améliorant. C’est à saluer. Néanmoins, note pour l’année prochaine : investir dans de bons sièges. Les écrans c’est bien, mais il faut qu’on puisse les observer ou y penser en étant bien installé. Ce n’est pas pour rien que le gag récurrent d’un des programmes les plus iconiques de la télévision se base sur un canapé.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s