Présentée en avant-première lors du Festival Séries Mania 2023 dans lequel elle a remporté le prix de la meilleure série française, Sous contrôle passe également par le Festival de la fiction TV de la Rochelle et arrive sur Arte le 5 octobre 2023. Elle prend le parti dangereux, car ô combien difficile, de la satire politique. Son créateur, Charly Delwart ne cache pas sa référence principale : Veep. Sacré modèle puisque cette série, à partir de sa deuxième saison a donné ses lettres de noblesse au genre. On se dit qu’avec un tel point de comparaison, au mieux c’est audacieux, au pire voué à l’échec. Verdict ?

Synopsis : Marie Teissier, directrice de l’ONG Docteurs du Monde, se retrouve Ministre des Affaires Étrangères. Du terrain, elle passe donc dans les arcanes du pouvoir, où tout se décide mais rien n’est simple. Manque de chance, son arrivée coincide avec une prise d’otages d’Européens au Sahel, dont deux français. Elle va devoir gérer tout ça, en plus de sa découverte du monde politique.
Lors de sa présentation à Séries Mania au mois de mars, une question a été posée à Charly Delwart en introduction à la projection : « Pourquoi si peu de séries s’attèlent à la comédie politique ? ». Je me souviens avoir pensé immédiatement « Parce que c’est difficile » avant d’entendre cette même réponse sur scène. Et effectivement, pour faire une excellente série politique et humoristique, c’est très compliqué. Il faut d’abord une excellente connaissance du sujet pour qu’il reste crédible derrière l’humour apparent. Cela permet des situations drôles car ciblées, qui peuvent dénoncer les travers de ce qui est présenté, tout en donnant envie aux téléspectateurs d’aller plus loin. Il faut également que les comédiens ne surjouent pas. Si la série est (très) bien écrite, l’humour est dans la situation, les propos, mais pas le jeu clownesque. C’est le parfait mélange de tout cela qui va faire toute la qualité d’une satire politique. Quid de Sous contrôle ?
Elle a d’abord la bonne idée de ne traiter que d’un seul thème : la prise d’otage d’européens à l’étranger. Ce sont un allemand, un italien, un slovène et deux français qui sont enlevés. Par ce biais, de multiples sujets vont pouvoir être abordés : de la classique question de la rançon, mais aussi de sa négociation et de la coopération européenne, puisque plusieurs pays sont impliqués. Le prisme de l’enlèvement permet à la série de ne pas se perdre, et d’éviter l’écueil de vouloir trop en faire et de ne rien faire correctement. Alors oui le sujet est sensible, mais le parti pris entier et assumé fait que ça fonctionne à merveille. Tout le monde en prend pour son grade : c’est précis, cynique, et terriblement drôle. Quelques exemples, pris dans les seuls deux premiers épisodes pour ne – pas trop – divulgâcher : la hiérarchisation des otages, la présentation du personnel du ministère ou encore le comportement des différents partenaires européens, notamment à l’ONU. On ne peut passer non plus sous silence les questions « pour ou contre » quand la ministre doit se prononcer sur un sujet, dont une pépite au sujet du Groenland.

On notera aussi que le choix du Ministère des Sports lors du remaniement n’a pas été fait au hasard, puisque le ministre de cette entité est dernier dans l’ordre protocolaire (soit 18e, là où le Ministre des Affaires Étrangères est 4e). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les scénaristes Charly Delwart et Benjamin Charbit s’en sont donnés à cœur joie pour traiter de ce ministère.
En peu de temps (6x30mn), Charly Delwart pose son histoire, ses personnage, son style. Les comédiens sont tous plus excellents les uns que les autres dans leurs rôles respectifs. Léa Drucker en ministre qui essaye de bien faire sans connaître ou en faisant intentionnellement abstraction des protocoles, que son directeur de cabinet Samir Guesmi toujours calme et posé essaye de tempérer, avec l’aide de la conseillère en communication Machita Daly. Le tout sous autorité du Président de la République Française Laurent Stocker, qui manie son gouvernement comme une entreprise. On notera également la musique de Julie Roué, particulièrement pour le morceau piano et batterie qui illustre parfaitement le jeu du chat et de la souris des milieux de pouvoir.
On regrettera quelques détails, quand le curseur de l’humour est poussé un peu loin (le Power Point du premier épisode ou le filtre lors d’une conversation téléphonique), mais ils sont minimes. Un peu plus embêtant même si elle ne remet pas en cause la qualité globale de la série, la fin aurait mérité d’être plus soignée. On y sent un effet d’accélération, probablement lié au format, et le twist choisi pas des plus heureux. Il n’empêche, si Arte n’est pas adepte des deuxièmes saisons, préférant le format mini-série, c’est l’occasion de faire une exception – comme pour Manon, 20 ans, suite très réussie de l’exceptionnelle 3x Manon il y a 3 ans. En tout cas, nous on vote pour !
Jusque dans son titre, Sous contrôle joue l’ironie, pour notre plus grand plaisir. Charly Delwart signe une série diaboliquement drôle sur le milieu de la politique. Le jeu des acteurs – toujours juste, jamais dans l’exagération – nous transporte, le texte et les dialogues sont incisifs, et la série donne envie de creuser les sujets qu’elle évoque, que ce soit dans notre rapport au monde, ou dans notre manière de l’appréhender. Prendre Veep en référence était très risqué, mais force est de constater que le pari de Charly Delwart est pleinement réussi !
8/10
