Les sorties de la semaine font la part belle aux histoires qui dérangent : une Carrie remise au goût du jour sur Prime Video, une vendetta corse en forme de tragédie familiale sur france.tv et l’enquête de Aaron Sorkin sur les coulisses de Facebook au cinéma. Trois univers, trois publics, trois paris. On vous les raconte sans langue de bois, avec ce qui nous séduit comme ce qui nous laisse sur la réserve : voici un avis nuancé, pas un simple communiqué de presse.

Prime Video : Carrie, Stephen King passe en mode lycée connecté
Carrie White a grandi à l’abri du monde, sous la coupe d’une mère, Margaret, aussi dévote qu’autoritaire. À la mort de son père, elle découvre le lycée public pour la première fois. Un scandale de harcèlement secoue bientôt tout le monde, au moment précis où elle voit apparaître en elle d’étranges pouvoirs télékinésiques. Huit épisodes, tous mis en ligne d’un coup, pour revisiter le premier roman de Stephen King dans un lycée d’aujourd’hui, où la cruauté circule aussi sur les réseaux sociaux.
Mike Flanagan crée la série et en est le showrunner. Il dirige Summer H. Howell dans le rôle de Carrie, face à Samantha Sloyan en mère Margaret et Siena Agudong en Sue Snell.
Sur le papier, l’alliance fait rêver : Flanagan connaît son King sur le bout des doigts (Doctor Sleep, Le Jeu de Gerald, The Life of Chuck) et le format long laisse enfin le temps de creuser le duo mère-fille, vrai cœur du roman. Reste l’ombre immense du film de Brian De Palma, sorti il y a cinquante ans, qui a gravé dans toutes les mémoires la scène du bal. Autre risque : le virage réseaux sociaux peut très vite sonner comme un argument de vente plutôt que comme une vraie relecture, et les séries de Flanagan ont parfois tendance à étirer les conversations.
Parmi les sorties de la semaine, c’est celle qui donne le ton de la saison d’Halloween. Elle s’adresse aux fans d’horreur psychologique et aux habitués de l’univers du showrunner, plutôt qu’à ceux qui attendent des sursauts à chaque scène.
Où le voir Carrie : sur Prime Video, les huit épisodes sont disponibles dès le mercredi 7 octobre.

France.tv : La Terre et le Sang, une vendetta corse version Monte-Cristo
Anto est un flic parisien d’origine corse. Enfant, il a juré à son frère, victime d’un règlement de comptes, de mettre fin à la spirale de vengeance qui ronge sa famille depuis des générations. Alors qu’il s’apprête à revenir sur sa terre natale reprendre le domaine viticole familial avec sa femme Vanina, il tombe dans une embuscade : son père est abattu et lui sombre dans un long coma. Il se réveille dix ans plus tard et découvre que son fils, devenu adolescent, ne rêve que de vendetta.
La série, six épisodes de 52 minutes, est réalisée par Ange Basterga, qui l’a coécrite avec Emmanuelle Michaux et Pierre-Marie Mosconi. Elle réunit Thierry Neuvic dans le rôle d’Anto, Vahina Giocante dans celui de Vanina et Tchéky Karyo, à qui s’ajoutent notamment Stanley Weber et Basile Larie.
Le projet a de beaux atouts : des paysages corses tournés en décors naturels, une ambiance de western, un casting solide et un pitch qui lorgne assumément du côté du Comte de Monte-Cristo, cité par ses auteurs. En face, le ressort du coma de dix ans a un parfum de feuilleton, et la vendetta corse est un terrain déjà très balisé par le polar français : tout dépendra de la capacité de la série à éviter les clichés et le manichéisme entre clans.
C’est la plus ancrée dans le terroir français de ces sorties de la semaine. Elle s’adresse en priorité aux amateurs de polars et de sagas familiales façon France 2, plutôt qu’à ceux qui cherchent le rythme d’un thriller américain.
Où le voir La Terre et le Sang : sur france.tv dès le vendredi 9 octobre, puis sur France 2 à partir du lundi 19 octobre à 21h10.

Cinéma : The Social Reckoning, le gros morceau des sorties de la semaine
Frances Haugen, jeune ingénieure chez Facebook, sollicite l’aide de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal, pour se lancer dans une enquête pleine de dangers qui finira par révéler les secrets les mieux gardés du géant des réseaux sociaux. Le film s’inspire de la série d’articles des Facebook Files, publiée en octobre 2021, et s’impose comme un compagnon de The Social Network, seize ans plus tard.
Aaron Sorkin signe seul le scénario et la réalisation. Il dirige Mikey Madison dans le rôle de Frances Haugen, Jeremy Allen White dans celui de Jeff Horwitz [Suggérer lien : Fiche Allociné de Jeremy Allen White] et Jeremy Strong en Mark Zuckerberg, avec aussi Wunmi Mosaku et Betty Gilpin.
Côté points forts, Sorkin reste un orfèvre du dialogue, le sujet nous concerne tous, et le casting a de quoi séduire : Jeremy Strong succède à Jesse Eisenberg dans la peau du patron de Facebook. Côté réserves, l’ombre de David Fincher plane forcément : selon les premiers avis, Sorkin n’a pas sa virtuosité derrière la caméra. L’affaire ayant fait la une en 2021, le film joue aussi moins sur la surprise que sur la tension, au risque de paraître bavard pour qui cherche de l’action.
Si une seule des sorties de la semaine devait lancer le débat, ce serait celle-là. Il s’adresse aux amateurs de thrillers d’investigation façon Spotlight, aux fans de Sorkin et à tous ceux que la mécanique des réseaux sociaux intrigue, ou inquiète.
Où le voir The Social Reckoning : dans les salles dès le mercredi 7 octobre.
Toutes les sorties de la semaine ne se valent pas : Carrie joue la carte du grand frisson, La Terre et le Sang celle du drame de clan, The Social Reckoning celle de l’enquête sous tension. Chacun y trouvera, ou non, son compte dans ces sorties de la semaine. Et vous, laquelle allez-vous regarder en premier, ou au contraire snober ? Dites-nous tout en commentaire, les désaccords sont les bienvenus.
