Déjà diffusée au Canada, Heated Rivalry arrive sur HBO Max le 6 février avec la réputation d’un petit phénomène. Créée, écrite et réalisée par Jacob Tierney et adaptée de la série de romans Game Changers de Rachel Reid, la série s’inscrit dans le registre du drame romantique sportif, mais parvient rapidement à dépasser les étiquettes attendues pour proposer une histoire à la fois intense, sensible et étonnamment nuancée.

Une rivalité sportive au cœur d’une histoire d’amour clandestine
La série suit Shane Hollander et Ilya Rozanov, deux joueurs de hockey d’élite dont la rivalité féroce sur la glace dissimule une relation passionnée et secrète. Leur histoire se construit sur plusieurs années, rythmée par les matchs, les transferts et les silences imposés. Heated Rivalry joue avec des codes connus, mais les détourne pour raconter moins une histoire de compétition qu’un combat intérieur permanent.
Une alchimie évidente entre les acteurs
Si la série fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à l’alchimie frappante entre les deux acteurs principaux, Connor Storrie et Hudson Williams. Leur relation paraît immédiatement crédible, chargée d’une tension physique et émotionnelle rarement aussi bien maîtrisée. Les regards, les silences et les confrontations parlent autant que les dialogues, donnant à la romance une intensité constante, même dans ses moments les plus retenus. Un pari risqué pour cette série qui a deux têtes d’affiche inconnues.
En personnage secondaire on retrouve tout de même quelques noms connus comme Dylan Walsh (Nip/Tuck, Unforgettable) et Christina Chang (Good Doctor).
Une nudité frontale au service du récit
La réalisation ne recule pas devant une nudité fréquente et assumée, qui pourrait surprendre ou diviser. Pourtant, loin d’être gratuite, elle s’inscrit pleinement dans la narration. Ces scènes participent à traduire la brutalité des émotions, l’urgence du désir et la difficulté à compartimenter une relation qui ne peut exister qu’en marge. Le corps devient un langage à part entière, prolongeant ce que les personnages ne peuvent pas dire à voix haute.
Une romance queer dans un milieu profondément hostile
L’un des aspects les plus forts de Heated Rivalry réside dans sa représentation d’une relation homosexuelle au sein d’un milieu sportif où elle reste taboue. Le hockey professionnel y est montré comme un espace de performance, de virilité et de silence, où l’aveu de soi peut coûter une carrière. La série aborde ces enjeux sans didactisme, préférant montrer les conséquences concrètes : la peur, l’auto-censure, la solitude et les compromis douloureux.
Mais en dehors de la relation entre Shane et Ilya, on suit également une autre histoire d’amour tout aussi percutante et touchante, celle de Scott (François Arnaud) et Kip (Robbie Graham-Kuntz). Si le couple présente les même thématiques que le premier, il est moins toxique dans les faits.
Un équilibre fragile mais percutant
Le format court de la série entraîne parfois une narration resserrée, laissant certaines situations se résoudre rapidement. Mais cette concision renforce aussi la tension dramatique et l’impression d’une histoire vécue dans l’urgence, à l’image de la relation qu’elle dépeint.
Heated Rivalry n’était pas destinée à devenir un phénomène, et c’est précisément ce qui fait sa force. En assumant une romance queer frontale, sensuelle et émotionnelle dans un univers qui la rejette, la série propose un récit à la fois intime et politique. Portée par une alchimie remarquable et une mise en scène sans faux-semblants, elle s’impose comme l’une des surprises les plus marquantes de ce début d’année.
7/10
