[Notre avis] Hippocrate – Saison 3 (Canal+) : Faut-il suivre ou désobéir ?

La saison 3 de Hippocrate, qui démarre dès ce lundi 11 novembre sur Canal+, confirme la place unique qu’occupe la série dans le paysage télévisuel français. Après deux premières saisons saluées pour leur réalisme clinique et leur exploration intense des dynamiques hospitalières, cette nouvelle saison pousse encore plus loin l’analyse des rouages de l’hôpital, en pleine crise sanitaire et sociale.

Synopsis : C’est l’été. Sur décision des autorités sanitaires, de nombreux services hospitaliers ont été fermés et ceux qui restent ouverts sont surchargés. Une grève de SOS Médecins aggrave la situation, laissant toute une population sans accès aux soins. Les patients affluent, les tensions sont palpables. À l’hôpital Poincaré, les soignants se rendent vite compte que les consignes ne sont pas tenables et certains décident de désobéir. Chloé, Olivier, Arben, Hugo et Alyson sont confrontés à un nouveau dilemme : respecter la loi ou suivre leur morale.

La pression, toujours plus forte

Les deux premières saisons de Hippocrate ont offert un portrait sans concession du quotidien d’un hôpital public, montrant la pression sur les médecins, le manque de moyens et l’épuisement général du système de santé. La saison 3, quant à elle, va plus loin en plongeant l’intrigue dans une période particulièrement délicate. Si les premiers épisodes dépeignent un monde hospitalier encore marqué par les séquelles du Covid-19, la série aborde également la manière dont les soignants se retrouvent au cœur d’un système défaillant, où les patients sont toujours plus nombreux, et les moyens toujours plus rares.

L’hôpital, théâtre de luttes internes et de dilemmes moraux, devient un personnage à part entière. L’intrigue s’épaissit, oscillant entre les enjeux personnels des médecins et la réalité d’un environnement médical en constante dégradation. Il est évident que la série veut résonner avec le présent, avec ses crises sociétales et son rapport au système de santé qui vacille.

Thomas Lilti, met en lumière une fois de plus, grâce à son expérience et en y ajoutant une part de fiction, le manque de moyen des hôpitaux publics et son état général après le Covid. Il nous fait se questionner sur les solutions quand des lois sont imposées. Faut-il suivre ou désobéir ? Le hors système est-il plus efficace ? Ces questions sont les enjeux principaux de cette troisième saison.

Une écriture toujours aussi fine

L’une des grandes forces de Hippocrate, saison après saison, réside dans son écriture précise et son authenticité. Les dialogues sont percutants, souvent cruels, mais toujours justes. La série parvient à naviguer entre la réalité clinique et les enjeux humains avec une rare finesse. On suit ainsi les médecins dans leurs déambulations entre les chambres d’hôpital, les couloirs étroits et les salles de réanimation, avec une attention constante portée à l’humain.

La complexité des personnages reste un des points forts de cette saison. Chacun porte en lui des dilemmes internes : entre devoir de soigner et obligation de tenir face à un système à bout de souffle. Les personnages passent à l’âge adulte avec cette saison 3. Le casting, une nouvelle fois impeccable, porte ces personnages avec une intensité rare. Louise Bourgoin (Chloé), Karim Leklou (Arben), Alice Belaïdi (Alyson), Zacharie Chasseriaud (Hugo), Bouli Lanners (Olivier Brun), et les autres acteurs incarnent des médecins épuisés mais tenaces, qui se battent pour maintenir un semblant d’humanité dans un monde qui semble vouloir leur échapper. William Lebghil, rejoint le casting de cette troisième saison, où il interprète le petit copain d’Alyson, un ophtalmo libéral déconnecté du milieu de l’hôpital public.

Un suspens toujours aussi haletant

La série réussit à tenir en haleine le long des six épisodes tout en jonglant habilement entre les cas médicaux complexes et les tensions dramatiques personnelles. La saison est très rythmée, une vraie envie de la part de Thomas Lilti qui veut que ça aille vite et qu’on arrive au paroxysme de la situation sans voir la résolution car c’est le point de tension qui est important et qu’il veut raconter.

À cela s’ajoute une mise en scène soignée, réaliste, et une photographie qui capte la sueur, le stress et la fatigue des soignants. Le tout s’accompagne d’une bande-son discrète mais percutante, qui joue subtilement sur la tension.

Si Hippocrate n’élude jamais les difficultés du monde hospitalier, elle ne le réduit pas non plus à une simple machine déshumanisée. Au cœur de cette saison 3, malgré le chaos, il y a toujours l’espoir de voir des soignants s’accrocher à leur éthique, tenter d’œuvrer pour un monde meilleur, même si celui-ci semble se dérober sous leurs pieds.

La saison 3 de Hippocrate poursuit son exploration des zones d’ombre de notre système de santé tout en affirmant son humanisme. Plus que jamais, elle parvient à saisir l’essence de la médecine, où les petites victoires humaines se jouent sur fond de batailles sociales et institutionnelles. Entre drame et réalisme clinique, la série offre un miroir saisissant de notre époque, où l’angoisse est omniprésente mais où, paradoxalement, l’espoir continue de se frayer un chemin, difficile mais vital. On espère déjà une saison 4 de Hippocrate pour retrouver l’écriture édifiante de Thomas Lilti et son casting attachant.

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