[Off Avignon] Valkyrie : L’union fait la force !

Valkyrie propose de questionner le féminin à travers une aventure nous transportant entre plusieurs temporalités, brisant fréquemment le quatrième mur et passant d’un sujet à l’autre sans transition apparente. Et le spectateur dans tout ça ?

Synopsis : On suit cinq femmes fortes qui vont proposer leur vision du féminisme et du féminin à travers les âges et les pays. De l’Amazonie à la Grèce antique jusqu’au monde contemporain elles vont démontrer que quand on s’assume, rien n’est impossible.

Valkyrie, c’est d’abord cinq femmes, mais surtout cinq comédiennes : Guillermina Celedon, Sasoux Dosso, Laura Facelina, Mélissa Polonie et Hélène Rimenaid. Elles habitent leurs personnages. Une nécessité parce que ce sont elles qui vont donner une cohérence à la pièce en nous emmenant à travers différentes époques, allant même jusqu’à nous interpeler directement. Malgré les aller-retour fréquents entre fiction théâtrale et réalité qui pourraient casser le rythme, elles nous transportent dans leurs pensées et leurs univers, nous interrogent sur notre propre approche du monde. Qu’on soit une femme ou un homme, on s’identifie à l’universalité de leurs propos. Et pour les femmes, c’est une ôde à l’acceptation de soi. Car Valkyrie montre qu’il y a de multiples façons d’être femme et/ou féministe, en proposant cinq archétypes : la femme cheffe de clan, la dirigeante, celle qui pousse la féminité à l’extrême, celle marginalisée à cause d’un physique en dehors des normes sociétales, celle en retrait, sans confiance en elle, et celle qui a choisi de gommer tous ses traits féminins pour être acceptée par les hommes comme une égale. Ces cinq femmes nous emportent et nous transportent, et on se laisse emmener avec plaisir d’un tableau à l’autre. De la Grèce antique à l’Amazonie (avec une danse tribale qui met en condition), en passant par le monde actuel. Du grand art.

Valkyrie, c’est aussi un texte. Une écriture qui, sous couvert d’emprunter de multiples chemins, en suit finalement un : l’union fait la force. Pierre Pfauwadel et Ava Baya utilisent le prétexte de la légende d’Hippolyte pour tuer le mythe de la virilité. Mais ça n’est finalement pas le sujet. Car quand la pièce vient conclure cette histoire, on se rappelle à ce moment-là que c’était bien ça le thème à la base, après être passé de multiples digressions.
Des digressions qui vont amener des questions d’actualité et d’importance : c’est quoi être une femme ? Être féministe ? Est-ce qu’une femme doit renier ou embrasser sa féminité pour exister ? Est-ce que s’habiller de manière légère c’est se soumettre à des diktats masculins, ou s’assumer si c’est ce qu’on aime et ce qui nous plaît ? Pour y répondre, on assiste à des débats, des disputes, des argumentations… Car elles ne sont pas d’accord entre elles, et ce pour le plus grand plaisir du spectateur qui s’émeut, rit et lui aussi s’interroge sur ces questions fondamentales aujourd’hui. Il peut prendre partie pour l’une, avant de voir que les arguments que l’autre oppose sont tout aussi pertinents… et finir par conclure que comme beaucoup de choses, ce n’est pas manichéen, et qu’il n’y a pas qu’une voie à suivre.

Surtout, elles auront chacune droit à un monologue d’ampleur pour défendre leurs points de vue en fonction de leurs personnalités. Acmé de leur propos, c’est une écriture fine, percutante, que les comédiennes font passer à merveille en nous emportant avec leur fougue. Seul celui de la personne qui bégaye est un peu en-dessous, dans l’écriture et son propos, la montée en puissance étant un peu trop rapide.
Souvent dans ces scènes, le quatrième mur est totalement brisé et on assiste alors à des moments improbables où on a l’impression que les comédiennes et le texte oublient complètement le spectateur… Les comédiennes vivent chacune ce texte à leur manière et semblent alors ne faire qu’un avec le personnage. Au final, l’effet est incroyable, car de ces passages bruts sans être radicaux, se dégagent une mise à nue des personnalités, qui se dévoilent alors sans aucun artifice, et pendant lesquels on découvre pleinement la richesse de chaque protagoniste. Des monologues en guise de catharsis pour des guerrières qui veulent être aimée pour elles-mêmes, rien de plus. On en sort avec de multiples clés de compréhension pour les gens qui nous entoure, grandit en somme.

La mise en scène est très sobre, mais elle permet de se focaliser sur le texte tout en laissant libre court aux comédiennes pour s’exprimer aussi par leur corps. Mention spéciale pour les costumes, intemporels, presque dystopiques, qui réussissent le tour de force de représenter à la fois singulièrement chaque héroïne tout en formant un tout cohérent.

Pierre Pfauwadel et Ava Baya proposent de nous emmener dans une chevauchée fantastique entre mythe et réalité avec Valkyrie. On se laisse embarquer dans ce tourbillon sans savoir où on va, traversant le temps, les lieux et le quatrième mur avec le plus grand plaisir. La pièce est hyper originale et le texte percutant. Les comédiennes excellent chacune dans leur rôle et portent sur leurs épaules une pièce qui fait rire, réfléchir, émeut et propose un monde où le vivre ensemble ne semble plus une utopie.


9/10

Valkyrie de Pierre Pfauwadel et Ava Baya
Mise en scène : Pierre Pfauwadel
Avec : Guillermina Celedon (en alternance avec Aya Baya), Sasoux Dosso, Laura Facelina, Mélissa Polonie et Hélène Rimenaid
Par la compagnie Lencre
Du 29 juin au 21 juillet au Théâtre Transversal (Avignon) à 12h35.

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