Alors que Drone Games a remporté le prix du meilleur unitaire au 25ème Festival de la fiction TV de la Rochelle, nous avons rencontré Olivier Abbou, scénariste et réalisateur de la fiction disponible dès ce jeudi 19 octobre sur Prime Vidéo.

Comment est né le projet Drone Games ?
Olivier Abbou : L’idée est apparue en 2015 quand mon scénariste Thibault Lang-Willar m’a dit « regarde ce que j’ai découvert, y’a des courses de drones dans des forêts avec des mecs qui pilotent tout ça en FPV (First Person View) avec un masque sur le visage ». On a rencontré ces gens-là, on a découvert une communauté, un univers, et on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire, un film à faire. Et là Thibault me dit qu’on pourrait écrire un petit Point Break avec des drones, avec des dronistes qui customisent leurs drones, à mettre un flingue dessus et aller braquer des trucs. On est parti de cette idée-là et à partir de là de faire un récit d’initiation, de partir d’un personnage fan de drone qui, le temps d’un été, va rencontrer une bande, eux aussi pilotes de drones, tomber amoureux et puis frôler le danger, la mort, et en même temps vivre son plus bel été et grandir.
Les courses de drones c’est quelque chose qui vous parle ?
Disons que c’est visuellement très impressionnant. Personne ne peut être insensible. En 2015 quand on a découvert les courses de drones, on était encore moins habitué à ça. On a l’impression de voir Star Wars. Des petits drones avec des LED dans des forêts qui se courent les uns derrière les autres, qui se crashent, tout ça en vision subjective, je pense que c’est très impressionnant à regarder. Et quand on fait un film on se dit que là probablement on va inventer un style ou oser proposer aux spectateurs quelque chose qu’ils n’auront jamais vu avant. Moi je n’avais qu’une peur entre 2015 et aujourd’hui c’est que quelqu’un ait cette idée. J’étais persuadé que quelqu’un aller faire un film qui tourne autour de cet univers et ça n’a pas eu lieu, donc ça a été vraiment passionnant de défricher, parce qu’on a vraiment défriché esthétiquement, techniquement, on a fait je pense des plans que personne n’avait jamais fait avant. Après on sait qu’il y a beaucoup de choses qui se font avec des drones, il y a des gens qui font du freestyle, de l’urbex, des courses de drones, mais je ne crois pas qu’à ce point là ça a été mis au service d’une histoire et d’une mise en scène très particulière. Surtout ici les drones sont des acteurs à part entière du film.
Comment avez-vous choisi les différents formats d’images au cours du film ?
J’avais envie qu’on sente à quel point Tom était confiné dans sa vie et qu’on l’enferme comme ça dans un 4:3 étouffant et puis soudain d’ouvrir cette image quand il vit sa plus belle vie avec cette bande. Mais aussi l’idée de mélanger tous ces formats je savais que ça donnerait visuellement au niveau du montage quelque chose de très chaotique qui allait ressembler à la bande d’une certaine manière. Forcément la dynamique de passer sans arrêt d’un format à un autre fait qu’à un moment donné c’est comme une série de coups de poing visuels qu’on se prend dans la tête en tant que spectateur. Je voulais que ce film ressemble à la bande c’est-à-dire qu’il soit joyeusement anarchiste. A la base c’était ça qui était important pour moi.
Justement, que vouliez-vous raconter à travers cette jeunesse sur le monde actuel ?
Probablement que ce n’est pas simple ce qui nous attend tous dans un futur proche, et je pense c’est encore plus compliqué quand on a 20 ans. Et ce sentiment d’être en rupture avec cette société capitaliste, destructrice, dans un monde qui commence à sentir l’effondrement, comment on se positionne dans la vie par rapport à ça ? Donc l’idée d’avoir des gens actuellement en rupture avec ce système là dans leur mode de vie, qui préfèrent la liberté à la sécurité, je pense c’est d’actualité, qu’ils préfèrent une vie dangereuse et intense plutôt que le confort, ce côté « one life » profitons en maintenant car on ne sait pas bien de quoi demain sera fait. Et puis c’était aussi une manière d’intégrer ce qui s’est passé ces dernières années comme les violences policières. J’avais envie de parler de tout ça en filigrane sans en faire le sujet principal mais c’était important d’essayer de témoigner. Je pense tous les jeunes gens avec qui j’ai travaillé ça leur a beaucoup parlé d’incarner ces jeunes là et de porter ces idées.
C’était une véritable envie de votre part de retravailler avec des comédiens et comédiennes de votre série Les Papillons noirs ?
Bien sûr, très envie de travailler avec eux, je les aime beaucoup. Point Break comme c’était un peu notre rêve on se disait Axel Granberger serait tellement formidable en Patrick Swayze. Donc c’était assez évidemment. J’étais super content que Alice Belaïdi veuille bien faire la gendarme. C’est amusant de la voir là-dedans, dans un rôle assez doux, c’est un peu la mère de substitution du jeune héros. Et puis Grégoire Colin avec qui je travaille pour la première fois et qui adore jouer les sales types, il a pris beaucoup de plaisir à le faire. Et après j’ai vu beaucoup de monde en casting pendant plusieurs mois avant de trouver les acteurs qui correspondent aux personnages. Après il fallait que ça marche entre eux, et ça a très bien marché entre eux, ils sont très vite devenus des amis, beaucoup d’amour, d’affection, c’est une vraie petite famille. Angèle Metzger j’avais très envie de la relooker. Il y a aussi Orlando Vauthier, jeune acteur belge pour qui c’est vraiment le premier rôle. Ils viennent tous d’horizons différents mais ils ont la même énergie, la même gentillesse, et beaucoup de talent.
Avez-vous consulté des spécialistes de drones ?
Oui on n’aurait rien pu faire sans eux, l’équipe de DroneCast, des marseillais qui ont une boite spécialisée dans les drones pour l’audiovisuel, et le cinéma qu’on est allé voir parmi d’autres, mais se sont ceux qui nous ont le plus plu car ils nous ont dit « C’est une peu fou, ça a l’air impossible mais on va essayer de le faire quand même ». Et ça on a aimé car les autres boites qu’on a rencontrées étaient très prudentes. DroneCast a pris le risque d’aller au bout et puis après on avait jusqu’à 8 dronistes, 2 champions du monde de racing FPV avec nous, donc oui on a bossé qu’avec des spécialistes.
Et un flingue sur un drone ça marche vraiment ?
On l’a fait et ça a marché, avec des télécommandes on appuyait et ça tirait, voilà.
