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[Série Culte] 5 raisons de voir ou revoir Les Soprano

Il n’est peut-être plus la peine de présenter la série culte d’HBO : Les Soprano, créée en 1999 par David Chase et diffusée durant 6 saisons qui avaient enchantées critiques et public. Mais on a décidé de vous donner 5 raisons de la découvrir ou la redécouvrir, aujourd’hui avec un œil neuf.

Synopsis : On suit l’histoire de Tony Soprano, membre de la mafia du New Jersey, et de sa famille : sa femme Carmella et ses deux enfants, Anthony Jr et Meadow. Sujet à des crises de panique inexpliquées, il est contraint de suivre une psychanalyse qui sera le fil rouge de la série.

Au-delà des intrigues, relativement classiques, de quête de pouvoir et de rivalités, Les Soprano abordait de nombreux sujets sociaux avec habilité,  développait des pistes narratives originales et était un bel exemple de l’âge d’or de la télévision du début des années 2000 mené par la chaîne HBO. Voilà donc 5 raisons de voir ou de revoir la série.

1- Parce que c’est un grand vivier d’auteurs

Si le créateur David Chase est évidemment à l’origine de cette histoire qui détourne avec beaucoup de subtilité le genre mafieux, on peut voir au générique quelques noms célèbres du petit écran apparaître. Terrence Winter, producteur des Sopranos, ainsi qu’auteur, est par exemple le showrunner de Boardwalk Empire (dans laquelle on retrouve également Steve Buscemi, acteur qui traverse les deux séries), mais on peut voir aussi Matthew Weiner, créateur de Mad Men, y exercer sa plume.  

Boardwalk Empire et Mad Men sont deux productions qui ont fait le succès de HBO par la suite et dont on peut observer les similarités avec The Sopranos, notamment dans la complexité avec laquelle elles décrivent un antihéros : de son ascension à sa chute.

Bref, voir The Sopranos, c’est aussi se familiariser avec l’oeuvre d’auteurs de talents qui ont ensuite fait leur preuve grâce à leur propre création.

2- Parce que cela remet en question la moralité

Le héros de The Sopranos, Tony Soprano, pourrait être un archétype sans profondeur qui séduirait le public par ses actions, mais c’est tout au contraire la personnalité du personnage qui fait la beauté de la série. Finalement, il ne se passe pas grand chose au cours de ses 6 saisons si ce n’est l’évolution de ses héros, Tony en tête. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est qu’il est décrit dès le début comme un homme violent, colérique et peut-être un peu beauf, qualificatifs qui ne seront jamais démenties tout au long de la série et qui sont certainement l’idée que l’on pourrait se faire d’un mafieux du New Jersey. On pourrait donc se dire que tout cela manque de profondeur, mais justement, la finesse de David Chase et non pas de nous faire réaliser que Tony n’est rien de tout cela, mais plutôt de nous amener à comprendre et à penser comme lui. Cela passe notamment par l’exploration de sa vie quotidienne  : oui, Tony est le chef d’une organisation criminelle, mais il est aussi père de famille et il a des soucis en commun avec le spectateur. Cet équilibre entre la banalité de son existence et le fantasme (due au cinéma en partie) de son métier apporte beaucoup de nuances sur la moralité du personnage, en plus de le rendre, il faut le dire, souvent sympathique.

3- Parce que la série aborde avec intelligence la question de l’héritage

Dans The Sopranos, la question de l’héritage est tès importante et se pose de nombreuses fois. La majorité des personnages sont d’origine italienne et vivent avec l’idée fantasmée de la mafia napolitaine originelle. C’est un objectif vers lequel ils tendent tous mais qu’ils connaissent finalement seulement à travers les histoires de leurs pères. Lors de quelques très beaux épisodes, le groupe de Tony est invité à Naples, chez leurs confrères. C’est l’occasion de montrer à quel point le fossé est large entre ces immigrés italiens et leurs ancêtres : la nourriture, les relations, l’image du parrain, tout est remis en question. Tony et ses amis sont plus américains qu’italiens, d’ailleurs ils ne parlent pas la langue et ne font que manier quelques expressions. Ils sont dans cet entre-deux qu’on retrouve chez de nombreux immigrés d’une ou deux générations encore bercées par les traditions d’un pays qu’ils n’ont pas connus, le désir de se différencier en restant dans une communauté délimitée (accentuée ici par la famille mafieuse) et l’impossibilité de se fondre dans leur nouveau pays où ils sont sujets à des remarques et à des clichés sur leurs origines.

La question se pose doublement avec l’idée de la transmission. Tous les amis de Tony sont les fils d’un ancien gang, ils se connaissent depuis qu’ils sont enfants, n’ont pas cherché à exercer une profession différente. Mais ils sont aussi conscients des dangers et commencent à considérer que peut-être ce n’est pas la meilleure option pour leurs fils. L’exemple est développé à travers la relation entre Tony et son fils Anthony Jr : Tony trouve son enfant trop fragile, trop éloigné de l’idée qu’il se fait de l’homme et peut-être du chef qu’il aimerait qu’il devienne ; et pourtant lorsqu’Anthony envisage de se frotter à des activités illégales, il se fait sanctionner par ses parents qui aimeraient qu’ils suivent un autre chemin.

4- Parce que genre et homosexualité sont abordés de plusieurs manières

La question du genre et de l’homosexualité découlent en grande partie de ce que nous avons pu évoquer dans la partie précédente, à savoir les origines de la famille Soprano. En effet, ils tendent vers un modèle de famille chrétienne assez conservatrice où chaque membre a sa place en fonction de son âge et de son genre, et il est très compliqué d’en sortir. On s’en rend compte d’abord avec Anthony Jr qui est supposé être trop fragile émotionnellement et donc trop féminin. C’est aussi le cas de Tony lui même qui a du mal à parler de sa dépression, de ses crises de panique car cela nuirait à son image de mâle alpha. Les femmes d’ailleurs dans la série sont à la fois des modèles de stabilité : Carmella (la femme de Tony) et Meadow (sa fille) qui sont toutes les deux très à leur aise dans leurs rôles bien qu’elles le remettent parfois en question  ; mais les maîtresses de Tony (ainsi que sa mère) sont aussi des personnages mentalement instables, aux destins souvent tragiques.

Enfin, l’homosexualité fait l’objet de plusieurs épisodes où Vito, un des capos de Tony s’avère être homosexuel et doit fuir la ville pour ne pas se faire assassiner. Là encore, les personnages sont face à un dilemme  : rester fidèle à leurs convictions et tuer leur ami ou bien le laisser revenir.

5- Parce qu’on y trouve un reflet des classes américaines aujourd’hui

La dernière raison de voir Les Soprano c’est qu’on y voit un portrait assez réaliste de la société américaine aujourd’hui et notamment des difficultés de changer de classes sociales. Les Sopranos sont une famille très riche, ils habitent dans une beau quartier, ont une magnifique demeure et pourtant ils n’arriveront jamais à se fondre dans leur quartier. Un épisode est notamment consacré à cette notion de classe sociale lorsque Tony essaye de s’intégrer avec ses voisins qui sont de riches intellectuels. Alors qu’il pense être apprécié, il s’aperçoit qu’il est en fait un objet de curiosité qui servira de conversation à des dîners où il ne sera pas invité. Il aura beau avoir plus d’argent, il restera toujours un prolétaire, un immigrant et en plus de cela un criminel qui n’a pas sa place dans l’élite. Le seul moyen de monter dans la société pour la famille, c’est à travers leur fille Meadow qui va faire des études à Columbia et se former à humanitaire. Elle n’a d’ailleurs pas les mêmes opinions politiques que ses parents qui sont très conservateurs et va s’éloigner de plus en plus de leur mode de vie.

Les Soprano met en scène cette fin de l’American Dream et de l’idée que toute personne peut arriver à son but en travaillant. Elle montre les limites de cette génération qui ne trouve pas de légitimité dans la société.

A toutes ses raisons on pourrait ajouter le jeu des acteurs (en tête James Gandolfini) ainsi que la réalisation, mais si il faut regarder The Soprano finalement, c’est parce que malgré le genre très marqué de la mafia, énormément de sujets sociaux et philosophiques sont abordés, le ton est aussi unique allant de la comédie au drame en passant par des moments oniriques très travaillées.

La série est disponible sur la plateforme OCS.

Article rédigé par Alice Caputo.

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