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Rencontre avec l’équipe de Insoupçonnable

C’est lors du Festival Séries Mania Hauts-de-France 2018 que nous avons pu rencontrer l’équipe de Insoupçonnable, Emmanuelle Seigner (actrice), Melvil Poupaud (acteur), Jean-Benoît Gillig (producteur), Virginie Brac (scénariste) et Frédéric Garson (réalisateur).

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Comment est venue l’idée d’adapter The Fall ?

Jean-Benoît Gillig (producteur) : Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c’est de TF1 que l’interrogation sur la possibilité d’une adaptation de The Fall pour le marché français est venue. C’est une question à laquelle on n’a pas pu répondre immédiatement par l’affirmative. Cela nécessite d’abord de respecter l’oeuvre originale d’Alan Cubitt et pour respecter l’oeuvre originale d’Alan Cubitt il faut la comprendre et aller chercher les plus grands talents pour pouvoir la retranscrire, la transformer, la réécrire pour le marché français.

Cela se passe en deux étapes. Répondre à TF1, peut-être, laissez-nous revenir vers vous avec une réflexion. Et la première réflexion, c’est de trouver les plus grands talents pour réécrire et retranscrire une oeuvre télévisuelle conçue pour une chaîne publique anglaise, la BBC. Pour nous, c’était Virginie Brac. L’écriture est fondamentale, sans écriture, il n’y pas de réussite, pas de comédiens, pas de mariage avec le texte, avec les personnages, pas de projection.

Entre les discussions que l’on a pu avoir avec Virginie, les voyages à Londres et à Belfast que l’on a pu faire avec elle, les discussions que l’on a pu avoir avec les équipe d’Artists Studio, on a pu revenir vers TF1 pour leur répondre que l’on se sentait capable de partir sur le projet, seulement, si les éléments et l’ADN de la série originale pouvaient être respectés. Et seulement, si Virginie, qui avait une idée extrêmement précise de ce qu’elle voulait faire, jouissait d’une liberté totale de création. Tout en restant à l’écoute, bien évidemment, parce que le projet restait un challenge important, de comment adapter une série anglaise riche et brillante comme The Fall pour la plus grande chaîne d’Europe et pour le grand public. C’était notre plus grande interrogation. Il y a plusieurs étapes, l’écriture, donc, et ensuite associer les plus grands talents en composant le casting, trouvant le réalisateur, constituant l’équipe de tournage, qui viennent sur le texte de Virginie.

Comment s’est passé le travail d’adaptation ? Comment écrit-on une oeuvre qui existe déjà ?

Virginie Brac (scénariste) : Déjà en aimant la série originale et en ayant les excellents scénarios d’Alan Cubitt à côté de moi quand je travaillais. Cela me permettait de voir ce qui ne collait pas. Alan m’a encouragé les deux fois où je l’ai appelé pour lui faire part de mes changements, notamment le fait d’accentuer l’enquête. Ce n’était pas son point fort et il était satisfait que je privilégie l’enquête. Son personnage féminin, dans The Fall, est une statue. Ma version est une vraie policière qui joue de sa féminité de la même façon transgressive mais qui mène une enquête, qui fait un vrai travail de policier, qui est bien plus attachée à son travail. J’aime le polar et c’était quand même un peu léger dans la série, ce n’était pas la priorité d’Alan. On a conservé les éléments iconiques et ensuite j’ai fait une série française pour le grand public.

Quels sont ces éléments iconiques ?

Virginie Brac : La trappe au-dessus du lit de la fille du tueur par exemple. C’est un élément que l’on ne peut pas modifier ou alors on n’écrit pas une adaptation de The Fall. Le personnage de la babysitter qui est très trouble et inquiétant; une espèce de jeune fille qui suit son désir et qui prend le pouvoir sur le tueur, c’est extraordinaire, quelque chose que l’on n’a jamais vu dans une série. Il y a des éléments que l’on garde, puis d’autres que l’on doit changer. On met de la lumière, on choisit Lyon qui est une ville magnifique. J’espère qu’une fois que l’on a vu Insoupçonnable, avoir l’impression d’oublier la série originale.

C’est la première fois que l’on adapte The Fall ?

Jean-Benoît Gillig : Jusqu’à aujourd’hui, c’est la seule adaptation. Il y a eu une grande confiance de la part des anglais. On dit souvent qu’il existe un monde d’écart entre la France et l’Angleterre ou les Etats-Unis mais les continents se rapprochent, les cultures aussi et une vraie et réelle confiance artistique se crée. Je ne prêche pas uniquement pour notre paroisse mais la création française, que ce soit ses téléfilms ou ses séries, se découvrent une belle réputation, avec des talents qui traversent l’Atlantique ou la Manche. C’est absolument formidable, ce n’est plus uniquement l’adage du cinéma. Bien sûr Emmanuelle Seigner ou Melvil Poupaud sont déjà reconnus internationalement mais Virginie Brac aussi, notamment grâce à l’adaptation d’Engrenage, Spiral; son talent est reconnu et cela participe à retrouver, à créer un rapport de confiance, à rassurer sur notre capacité à construire des projets un peu extraordinaires.

Pour The Fall, c’est une rencontre avec Gub Neal, il y a trois ans parce qu’il a suivi L’Emprise et qu’il trouvait tout à fait extraordinaire que TF1 puisse produire un tel téléfilm. Il suivait aussi le travail de Virginie. Donc quand on adapte la série, que l’on donne une proposition artistique, la confiance est immédiate. Ils ne sont jamais venus vérifier ce que l’on faisait. Sur des adaptations, des projets, vous avez parfois des gens de l’oeuvre originale qui débarquent et se positionnent derrière le combo, qui veulent lire les textes, dressent des annotations, sont présents sur le plateau, etc…. Je peux vous assurer que cela n’a jamais été le cas, il y avait une totale confiance de leur part, et sur la ligne éditoriale de TF1, et sur notre manière de conduire le projet, de l’imaginer, de le porter. Il y a eu, d’un point de vu artistique, une sorte d’emphase, de satisfecit, de joie.

En résumé, c’était : « C’est votre projet, votre vision, nous l’accompagnons. Nous n’avons pas voulu donner les clés de l’adaptation à d’autres, ce n’était pas notre but. » Là, nous avons ressenti que quelque chose se passait. Et après, la question de savoir si nous serions capable d’adapter une série aussi pointue et la proposer au plus grand nombre. Il faut être convaincu pour mener ce type de projet. Il faut être convaincu pour pouvoir convaincre. Mais pour être convaincu, il faut se savoir porté par les autres. Si j’arrive à convaincre Virginie d’adapter The Fall, qui arrive ensuite à convaincre untel, et pareil avec Melvil Poupaud, Emmanuelle Seigner ou Frédéric Garson (l’un des réalisateurs, NdR)… C’est une sorte de multiplication de conviction qui conduit tout un projet; l’apport des uns et des autres fait qu’une vision se crée.

Gub Neal, Alan Cubitt, Justin Thomson nous ont laissé une paix royale. Nous leur avons tout de même présenté les dix premiers montages. Nous avons reçu, en retour, un mail très charmant. Ce qui est étonnant de la part des anglais, nous avons été très fiers ! Tant sur l’écriture que sur l’interprétation, la mise en scène, la production, ils ont été ravi. Et quelque part, on peut aussi féliciter l’audace éditoriale de TF1. On ne le dit pas suffisamment. C’est notre seconde collaboration. Nous avions fait une très belle rencontre avec TF1 avec L’Emprise, sur un sujet qui a bouleversé les gens. Tout le monde me demandait comment était-ce possible de faire ce téléfilm sur un tel sujet. J’ai toujours dit que TF1 bousculait les lignes avec une audace éditoriale et un accompagnement sans faille. Et c’est exactement ce qui s’est passé sur Insoupçonnable. Je le répète mais ce sont Fabrice Bailly et Marie Guillaumond qui ont pris leur téléphone et m’ont proposé l’idée d’adapter The Fall.

Une série ou un film engagé ne peut se faire que si tout le monde avance main dans la main. Il faut une folie et un enthousiasme commun. Quand Melvil et Emmanuelle parlent d’un film qui durent effectivement dix heures, il faut accompagner cette puissance d’investissement. Melvil ou Emmanuelle ont l’humilité de ne jamais se plaindre malgré la somme de travail à effectuer chaque jour, car c’est une remise en question permanente. Tout cela est porté par la confiance des uns et des autres. Nous ne sommes rien sans la confiance éditoriale. Il faut savoir le dire parce que j’ai ressenti la même confiance sur un projet comme Insoupçonnable que celle que nous avons eu sur L’Emprise.

Comment passe-t-on du titre The Fall à Insoupçonnable ?

Virginie Brac : Après beaucoup de discussion et d’essais !

Jean-Benoit Gillig : C’est aussi une histoire de caractérisation des deux personnages. Ils sont « insoupçonnablement » actif dans une vie sociale que l’on ne peut pas imaginer. Ce sont deux personnes très solitaires, des prédateurs également mais ils demeurent insoupçonnables. Je pense que le titre français décrit très bien ce trait de caractère, qui incarne bien les personnages et ce que l’on a voulu raconter.

Virginie Brac : The Fall fait référence à un poème de William Butler Yeats, c’est une référence anglaise extrêmement précise.

The Fall et Insoupçonnable restent-elle très proches l’une de l’autre ?

Virginie Brac : Surtout dans le premier épisode. Ensuite, petit à petit, les deux séries se différencient. Aussi parce que j’ai coupé un peu partout jusqu’à avoir un épisode en moins par rapport aux deux saisons de The Fall. Il y a des choses qui disparaissent complètement par choix artistiques que l’on assume tout à fait.

Frédéric Garson (réalisateur) : Le rythme de l’original est extrêmement lent, très introspectif. Nous voulions conserver cet aspect mais il fallait y amener une autre dynamique, un vrai rythme. Alors, avec Virginie, nous avons beaucoup travaillé sur le jeu de miroir entre les deux personnages principaux. C’est un excellent ressort, un grammaire très cinématographique qui fait que l’on peut amener du spectacle pour tous, moins pointu que ne l’était The Fall et s’amuser avec les mêmes sensations et sentiments. De refléter Chloé Fisher et Paul Brodsky, comment on les met en miroir dans un registre plus spectaculaire.

Tout est une question de dynamique. A la fois dans la façon de tourner, de monter, d’éclairer. Il n’y avait pas le pan social qui est très marqué dans la série initiale, l’opposition entre Belfast et Londres. La différence de ces deux villes ne jouent pas de la même façon que celle entre Paris et Lyon. Nous nous sommes dit qu’il serait plus intéressant de s’accrocher davantage sur ce qui rapproche les personnages, qui ne sont pas si différents. Ils ont leurs obsessions.

Melvil Poupaud : Je n’ai pas vu la série anglaise. Je ne l’avais pas vu avant d’être approché pour le rôle et je n’ai surtout pas eu envie de la voir ensuite. Je ne voulais pas jouer mon personnage avec un précédent acteur en tête, me dire, sur le tournage, qu’il avait joué de telle façon. Je souhaitais m’émanciper totalement et avoir la sensation d’inventer un tout nouveau personnage. Je ne l’ai toujours pas vu, peut-être dans quelques années.

Virginie Brac : C’est devenu un projet totalement français, c’est devenu le nôtre.

Melvil Poupaud : Je n’ai pas eu l’impression, à la lecture du scénario, d’être en présence d’une adaptation, ou même d’avoir à faire à une série pour TF1. C’était dix épisodes avec des rôles géniaux, plein de facettes, à la fois tendre, violent, menaçant mais aussi aimant. J’ai pris un vrai pied à tourner pendant un an à Lyon. Le rôle était très intéressant, avec des scènes terribles et on prend du plaisir à les jouer et à les regarder.

Qu’est ce que vous vous êtes dit quand on vous a approché pour jouer un tel rôle ?

Melvil Poupaud : J’étais ravi ! On ne m’avait jamais proposé un tel rôle au cinéma, aussi physique. Et ma fille a aussi été un élément déclencheur. Quand je lui parle de mes futurs projets au cinéma, elle me répond en ayant l’air de s’en fiche un peu. Là, je lui annonce que je vais faire une série, elle est hyper fière et me dit qu’elle va la regarder. (rires) C’est un personnage excitant, c’est un prédateur, il est menaçant avec une grosse présence physique, que l’on peut développer sur dix épisodes. Quand je regardais la feuille de service, je pouvais me dire « génial, je vais pouvoir jouer cette scène-là, puis celle-ci dans l’après-midi qui est l’opposée de celle du matin…» Et tout cela, pendant un an. Habituellement, quand je tourne un long métrage, vers la fin du tournage, je ressens toujours un peu de lassitude, j’ai envie de rentrer chez moi, parce que les deux ou trois dernières scènes qu’il reste à tourner ne sont pas les plus excitantes. Là, jusqu’au dernier jour j’avais des scènes passionnantes à jouer !

Virginie Brac : Il n’y a pas de scènes anodines, nous avons particulièrement travaillé là dessus. Ce n’était pas possible autrement, nous n’avions pas assez de temps pour se le permettre.

Frédéric Garson : C’était ce qu’il y avait de plus excitant ! J’avais moins de scrupules à dire à Emmanuelle Seigner qu’on avait encore deux scènes supplémentaires, que même s’il est un peu tard, on continue à tourner. Ou de l’appeler pour lui dire que finalement, on commençait plus tôt !

Pour revenir à la série originale, ce que l’on n’a pas dit, c’était aussi amusant de faire des clins d’oeil de mise en scène; de garder des moments thématiques de The Fall, comme Brodsky qui se regarde devant un miroir au début avec cette caméra qui se balade au-dessus des murs, qui existait déjà dans la version anglaise mais dans un contexte radicalement différent, où ça n’avançait pas beaucoup. C’était amusant de faire des clins d’oeil dans une autre registre de narration. On coche les mêmes cases pour expliquer qui ils sont mais pas utilisé dans la même dynamique de narration.

Emmanuelle Seigner : Comme Melvil, je me suis beaucoup amusée à jouer ce personnage incroyable. J’avais vu la version anglaise, un an avant que l’on me propose de jouer dans l’adaptation, parce que je devais faire un film avec Jamie Dornan et je voulais voir la tête qu’il avait ! (rires) Et j’ai beaucoup aimé la série. Mais lorsque j’ai lu les épisodes de Virginie, ça avait tout avoir avec The Fall et rien n’a voir en même temps. C’est tellement plus rapide, il y a davantage de suspense. La série anglaise est vraiment très bien mais elle est un peu lente, un peu… chiante quand même. En lisant la version de Virginie, je ne pouvais pas attendre, je lisais un épisode, puis le suivant et le suivant, etc…. Je n’avais jamais fait de séries, ni de télévision, j’ai toujours refusé ce que l’on me proposait mais là, la série comme le personnage m’ont vraiment donné envie.

Pourquoi avoir refusé les rôles que l’on vous proposait ?

Emmanuelle Seigner : Parce que je n’aimais pas ce que l’on me présentait. Je n’ai rien contre la télé, bien au contraire mais il n’y avait pas un personnage suffisamment fort, emblématique, intéressant et transgressif. Chloé Fisher est un super personnage ! Trop souvent, on réduit les rôles de femmes à des mères, ce genre de rôles. Chloé est féministe, elle n’est pas politiquement correct, tout ce que j’aime.

Frédéric Garson : Cela fait partie des différences avec la version originale qui rend les chose plus intéressant, on travaillait sur un autre sex appeal. Elle est parisienne, elle arrive à Lyon, elle est rock, elle envoie tout balader. Ce n’est pas la statue ou l’aristocrate anglaise qui arrive chez les ploucs de Belfast ! Et cela donne une grosse différence. Lyon est une ville qui claque, une belle ville, ça bâtissait une Chloé Fisher radicalement différente et qui allait bien à Emmanuelle.

Pouvoir développer un personnage sur dix épisodes est un luxe pour les comédiens, comment avez-vous apprécié ce temps ?

Emmanuelle Seigner : C’est un rêve ! Au début, c’était un peu dur. Je sortais du tournage d’un film et je n’ai eu que 48 heures pour switcher les rôles. Cela n’a pas été évident. Mais très rapidement, je me suis habituée au rythme. Lorsque l’on tourne une série, on a l’impression d’être dans une machine à laver du matin au soir. C’est beaucoup de travail, bien plus que le cinéma. Il y a plus de textes à apprendre, les termes techniques de police à maîtriser, j’ai travaillé comme une dingue. J’avais trois jeunes filles avec moi qui m’aidaient à apprendre mon texte ! Mais très vite, je me suis prise au jeu et j’ai adoré le faire, ça m’a beaucoup apporté.

Vous avez eu l’impression que le rôle a fait bouger les lignes de votre travail d’actrice ?

Emmanuelle Seigner : Oui, vraiment. C’était plus intéressant, plus profond parce que l’on peut développer le personnage. On dispose de plus de temps, comme un film de dix heures.

Melvil Poupaud, vous parliez d’une préparation physique ?

Melvil Poupaud : C’était très important parce qu’il y a une dimension animale dans le personnage de Paul Brodsky. Il faut pouvoir être crédible quand on maîtrise quelqu’un physiquement. Je suis plutôt gringalet dans la vie, donc j’ai eu beaucoup d’exercices à effectuer pour prendre du poids. J’ai travaillé avec un coach qui a été champion de culturisme pendant des années. Je me suis beaucoup entraîné. Le tournage a duré un an mais avant cela, pendant trois mois, j’étais quasi tous les jours dans une salle de musculation.

Frédéric Garson : Et en même temps, cela t’aidait à construire le personnage. A ce moment, quand tu as commencé la série, tu t’entraînais quotidiennement, cela t’apportait un ascétisme qui allait très bien au personnage. Tu faisais attention à ce que tu mangeais, tu faisais beaucoup d’exercice…

Melvil Poupaud : Ce travail change le regard. Avoir un regard, c’est ce qui compte. Celui qu’il porte sur les autres personnages, sur les victimes en l’occurrence. Et le regard qu’il doit arborer, c’est celui de quelqu’un qui doit affirmer qu’il est là s’il y a un problème, qu’il va assurer, qu’il a la force, le potentiel d’aller au bout de sa mission. Pour avoir ce regard, il faut le ressentir jusque dans son corps. Ce n’est pas uniquement du jeu.

Quand vous étiez dans cette phase de préparation physique, vous étiez déjà dans le personnage ?

Melvil Poupaud : J’ai écrit un petit texte qui est paru au mois de mai dans la NFR (Nouvelle Revue Française, NdR) qui raconte exactement tout le chemin que j’ai effectué. Un rôle, c’est un scénario que l’on vous propose et où vous vous dites « je le connais ce type, je l’ai déjà rencontré, j’ai été lui à plusieurs occasions. » mais la rencontre ne s’est pas encore faite parce que l’on ne m’avait pas encore proposé ce type de rôle, alors que je sais très bien que je suis capable de le jouer. La chance de notre métier, c’est d’avoir la possibilité d’avoir énormément de fantasmes et d’aller loin dans le délire, sans avoir à les accomplir ou les assouvir. Quand j’ai ouvert le script et que j’ai découvert le rôle, je me suis dit que je connaissais ce personnage, que j’étais potentiellement Paul Brodsky – dieu merci, je ne le suis pas totalement (rires) mais là, on me donne l’occasion d’y aller, pendant un an, ce qui est un grand luxe, pouvoir vivre avec cette personne pendant une année entière. C’est une chance inouïe ! Après, j’ai enchaîné avec un rôle de dandy dans les années 70 avec Isabelle Huppert. Mais Paul Brodsky n’était pas un rôle mais quatre ou cinq rôles en même temps ! Il y a lui au début, puis un autre vient se greffer, et un troisième, un quatrième, etc….

Frédéric Garson : Ces multiples facettes de Brodsky, avec la dimension physique, c’était formidable à mettre en scène. Tout l’aspect physique ne devait pas se voir au début, on a fait en sorte que le physique apparaît au fur et à mesure. Il fallait que le sex appeal des deux personnages exhalent mais de façon différente. Ils ont des facettes différentes et il fallait les faire émerger avec une même dynamique. Et là encore, en faisant un clin d’oeil aux anglais, parce qu’on fait les choses différemment. Pour le personnage de Paul Brodsky, ses deux facettes étaient intéressantes, quand d’un seul coup, son animalité se révèle.

Melvil Poupaud : Il y a une grande frustration chez les deux personnages, ils n’ont pas été au bout de leur potentiel.

Virginie Brac : Et une grande solitude, également.

Frédéric Garson : Oui, l’impuissance et la frustration sont les ressorts principaux des deux personnages. Nous avons beaucoup travaillé sur ces idées.

Melvil Poupaud : Ce sont deux entités à part, en dehors du monde. Elle, dans son commissariat, elle est isolée avec les autres qui la regarde comme une extraterrestre.

Virginie Brac : Elle finit par s’intégrer un peu, mais pas complètement. Elle n’en a pas spécialement envie d’ailleurs.

Melvil Poupaud : Ce sont deux écorchés. A un moment, ils ont l’impression de se comprendre mutuellement.

Emmanuelle Seigner : Je ne voulais pas rendre mon personnage antipathique. La version anglaise est très froide, quand même. Je voulais qu’on l’aime pendant ces dix épisodes. Je voulais qu’elle ait un peu d’humour aussi, de second degré.

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