Séries

Fiertés : devoir de mémoire

Pour célébrer un mois de mai fort pour la représentation LGBT (la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et biphobie du 17 mai, le Harvey Milk Day le 22 mai et la journée de la visibilité Pan le 24 mai), Arte diffuse aujourd’hui sa mini-série retraçant l’histoire des luttes LGBT à trois époques différentes. Voici ce qu’on a pensé de Fiertés !

Fiertés – Arte – 2018

Synopsis : De la veille de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir le 10 mai 1981 à l’adoption de la loi Taubira sur le mariage promulguée le 18 mai 2013 et votée le 23 avril, Fiertés s’intéresse à une histoire d’amour, et plus largement, la vie d’une famille et des combats menés par les homosexuels autour du Pacs, du mariage et de l’adoption.

Depuis plusieurs années déjà, Arte s’inscrit dans une avant-garde générationnelle concernant les mœurs des français depuis un demi siècle, en prenant soin de rattraper ce même demi siècle de politique de l’autruche sérielle sur les LGBT  (et autres d’ailleurs).

Certes, la représentation des LGBT se fait de plus en plus présente à la télévision, notamment dans les séries dites mainstream (à forte capacité d’audience) : Plus belle la vie, Fais pas ci fais pas ça, Clem … Mais là où ces séries mainstream n’offrent qu’un simple (mais nécessaire) survol, pour ne froisser aucune « cible » publicitaire, Arte va plus profondément dans la vie et la psychologie des personnages et de leurs mœurs.

En effet, là ou certaines séries constatent la vie amoureuse et sexuelle dite ‘ »en marge » d’une certaine partie de la population française (ou mondiale), Arte les explique, avec bienveillance, tolérance mais aussi objectivité. Ainsi, ils prennent le risque de n’intéresser qu’une tranche du public sensible à ces sujets, ou déjà très cultivée sur la culture LGBT, ce qui permet d’aller plus en avant (enfin) dans la psychologie des personnages. Attention, pas besoin d’aimer les trouples ou d’être bi, gay ou trans, pour suivre les séries LGBT d’Arte, mais une connaissance sur ces thèmes et surtout une tolérance acquise seraient fort appréciés.

Ce jeudi soir, une approche préalable de la culture militante LGBT serait également fortement conseillé. Fiertés, diffusée cette semaine sur la chaîne de la connaissance, s’intéresse aux combats LGBT sur trois générations, de la veille de l’élection de Mitterrand à notre époque. Rappelons qu’avant l’élection du premier président de gauche, l’homosexualité était encore inscrite dans les textes comme maladie mentale, et rares étaient les couples homosexuels qui pouvaient s’afficher. Ne parlons pas de leur représentation culturelle qui bien qu’existante dans la culture queer (Fassbinder, Bunuel), restait très cliché dans la culture populaire  longtemps, La cage aux folles restait pour beaucoup de non-avertis la représentation française des LGBT).

C’est cette ignorance que Fiertés met en avant lors de son premier épisode, couvrant les années 80, synonyme de libération sexuelle gay mais également des dangers du SIDA, qui ne l’oublions pas, a décimé toute une génération qui venait pourtant d’acquérir des droits longtemps interdits. À l’heure où toute une génération semble avoir oublié voire ignoré leurs pairs et leurs combats dont ils profitent égoïstement aujourd’hui, Arte rappelle le simple courage d’être et d »aimer de l’époque, seulement 35 ans après que les homosexuels ne portèrent en France le triangle rose de la honte.

C’est donc 30 ans de lutte que propose cette mini série, portée par un joli casting, et un réalisateur, Philippe Faucon, apparemment porté personnellement par son sujet. Tellement porté que plusieurs thèmes sont abordés dans ce premier épisode : ce qui pourrait changer avec Mitterrand, coming out, religion et homosexualité, sensibilisation du milieu ouvrier aux mœurs existantes mais ignorées… Peut-être un peu trop de thèmes d’ailleurs, puisque cette série s’adresse déjà à un public averti, peut être aurait-il fallu moins de thèmes survolés et un approfondissement de deux ou trois. Mais là encore on sent des contraintes financières au visionnage, nul doute qu’avec plus de moyens et donc plus d’épisodes on aurait touché à une véritable claque politico-culturelle, dommage.

Mais contentons nous de ce que nous avons, et au delà des thèmes, ce que nous avons techniquement : le metteur en scène aime ses acteurs et les laissent respirer et jouer librement (jouer l’amour et la passion interdite à l’adolescence n’est pas chose aisée, notamment quand on doit sentir un poids religieux – l’islam dans ce cas). Chapeau bas à Sami Outalbali. Il nous explique : « C’est une série pour ne pas oublier le chemin qui a été parcouru, parce que l’homosexualité ça n’a pas toujours été accepté, le mariage gay n’était même pas envisageable il y a moins de trente ans, parce que tout ça s’est gagné au prix d’une lutte et d’un combat perpétuel, et pas juste pour le mariage, simplement pour l’acceptation, l’égalité. Parce que c’est un prisme  honnête sur un destin parmi tant d’autres, mais représentatif de beaucoup d’autres « .

Fiertés est donc à voir, ne serait ce que pour le jeu des comédiens et l’ambiance parfaitement recréée des années Mitterandiennes, mais si Arte est parfaitement légitime dans son désir d’évoquer tous ces thèmes dans plusieurs séries c’est à chaque fois trop court et pas assez approfondi, en tout cas pour la cible visée, déjà avertie. Mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, ne serait ce que par devoir de mémoire, ce qu’est cette série.

7/10

Article rédigé par Kévin Elarbi

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