Avant-premières/Films

Mother! : Enragé, étouffant, effrayant, un film dont on ne ressort pas indemne

Découvert lors du 43e festival de Deauville, Mother! est une oeuvre cinématographique majeure, tant au niveau technique que dans son propos. Adulé ou haï, en tout cas vous ne serez pas indifférent face à ce film.

Mother ! – Paramount Pictures France – 2017

Synopsis : Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant ainsi leur tranquillité.

Chaque film de Darren Aronofsky est un évènement de par son attrait pour la provocation, ainsi que par son style visuel prononcé, aidé par la caméra de Matthew Libatique, son fidèle directeur de la photo. Chacun de ses films prend la forme d’un message qu’il doit expulser le plus fort possible, et plus ça éclabousse, mieux c’est. Aronofsky est un auteur qui n’a pas froid aux yeux et expose à la vue de tous ses obsessions, ses peurs, ses angoisses, sa frustration, son ego et enclenche la jauge à son maximum.

Pour Mother!, la grille de lecture est multiple. La première plaira aux aficionados du genre horrifique, d’autant plus avec un casting luxueux et sa photo magnifique. De l’autre, on a une plongée au plus profond des thèmes qu’Aronofsky souhaite explorer, à savoir la création et l’art, la vie, la nature, les mythes bibliques et les relations de couple. Rien que ça !

Filmer graduellement l’horreur est un exercice vu et revu, mais Aronofsky infuse tellement de sa propre personne qu’aucun ne pourra lui reprocher d’être générique, au contraire. C’est sa qualité et son défaut. Le film annonce d’emblée que vous allez voir un cauchemar halluciné. Pour guise d’introduction, on a Mother (Jennifer Lawrence) regardant la caméra, ensanglantée et en train de brûler vive, et ensuite avoir une maison se reconstituant en maison idyllique, comme dans un paradis sur terre. L’incertitude de ce que l’on regarde, à savoir un univers réel ou un rêve virant au cauchemar, nous pousse forcément à analyser le film.

Cette oeuvre est à la fois un tour de force horrifique, une somme de la filmographie du monsieur et un parc d’attraction à lui tout seul. La place de l’auteur prend toute la place et peut être un élément dérangeant à la vue de cette oeuvre, avec un goût prononcé pour le maximalisme tellement il y a de symboles dans ce film. Les proportions du malaise et du gigantisme du film prennent des dimensions bibliques, en conjurant carrément la bible, les dix plaies ou encore Caïn et Abel.

Les acteurs sont au diapason de ce projet intimiste/maximaliste et horrifique, Jennifer Lawrence en tête. Avec une autre actrice qu’elle, je pense que le film aurait été une catastrophe et aurait complètement été plat, sans âme. Ce que lui fait subir Aronofsky dans ce film est tellement “balls-to-the-walls” que je comprends les interviews récentes rapportant qu’elle a tout donné, au point de se recroqueviller sur des télé-réalité pour reprendre des forces. Him (Javier Bardem) est impeccable dans son rôle d’artiste catalysant toute la frustration créative et qui ressent le besoin de vampiriser sa femme et d’abuser de toute sa bienveillance et bonne volonté.

Un travail époustouflant a été fait sur l’ambiance sonore, qui se retrouve orphelin d’une bande musicale, malgré la présence de Johan Joahnnsonn à la composition. En conférence de presse, Darren Aronofsky admet que pendant le montage, la bande originale magnifique du compositeur entrait en contradiction avec son intention de ne pas aiguiller le spectateur dans une direction. Pour lui, la vraie composition c’est l’interprétation de Jennifer Lawrence.

Je pense que ce film requiert multiple visionnages pour ne serait-ce que capter toutes les symboliques, tellement Aronofsky a été généreux en contenu. Seulement, il va falloir être bien accroché car c’est une sacrée plongé en enfer.

9,5/10


Sortie en France : 13 septembre 2017
Réalisateur : Darren Aronofsky
Casting : Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Domnhal Gleeson, Brian Gleeson, Kristen Wiig
Genre : Drame
Nationalité : Américaine
Distributeur : Paramount Pictures France

 

Une réflexion sur “Mother! : Enragé, étouffant, effrayant, un film dont on ne ressort pas indemne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s