Avant-premières/Films

American Honey – Sasha Lane, la révélation

Shia Laboeuf est de retour au cinéma avec American Honey. Si le film est long, en revanche il ne vous laissera pas indifférent.

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American Honey – Diaphana Distribution – 2017

Synopsis : Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux

La jeunesse à toujours été casse tête à mettre en image. Plusieurs films arrivent plus ou moins à la mettre en valeur, comme Ken Park ou Kids de Larry Clark ou Dazed and Confused de Richard Linklater. Une caractéristique de la jeunesse est qu’elle est insaisissable, de part son rapport à son environnement. Toujours en mouvement, en construction, vers un idéal lointain, idéalisée, évasive. Et c’est pour cela qu’un film structuré avec une narration concise et traditionnelle n’aurait aucun sens.

Images intégrées 1Le film d’Andrea ArnoldAmerican Honey, capture à merveille cette jeunesse insouciante, d’autant plus centré sur une adolescente, en se basant sur l’action et les émotions plus que sur des dialogues construits. On commence le film avec Star dans une poubelle, à la recherche de nourriture. A travers l’expérience de Star (incarné par Sasha Lane, donnant une performance à vif et énergique) avec un groupe de jeunes gamins, rencontré par hasard, on est happé par cette énergie débordante de cette jeunesse. Star est elle, plutôt intriguée par l’un de ses membres, Jake (campé par Shia Laboeuf, qui maîtrise parfaitement cette tête brûlée). Ce groupe présente l’opportunité pour elle d’échapper à son quotidien sordide, remplis d’imagerie misérabiliste d’une Amérique profonde, un brin forcé (insecte remplissant son domicile, un beau-père white trash libidineux, drapeau confédéré au mur) mais tout de même pas éloigné de la réalité. La boutade sur Donald Trump en début de film prend d’ailleurs son sens actuellement.

En somme, Star rêve d’évasion, mais aussi de stabilité. Et ce groupe disparate va devenir son enclume, son crew, en quête de la prochaine destination. Leurs occupations ? Vendre des magazines au porte à porte, job qui leurs permet de vivre leur vie de bohémiens et de vivre leurs expériences. A leurs tête se trouve Krystal (Riley Keough, à l’opposé de son rôle dans The Girlfriend Experience), matriarche sordide et manipulatrice. Sous la forme d’un road trip constant, Arnold filme à hauteur d’épaules dans leurs van pété, qui donne une envie irrépressible d’être assis parmi eux, à fumer et boire sur fond de hip hop et de trap (quelle BO puissante). L’imagerie naturaliste et lumineuse de Robbie Ryan renforce ce côté rêveur voulu par Arnold. Quoi de mieux que de représenter la jeunesse en tant que rêveur et insouciant ?

Ce road trip nous ballade donc au milieu de l’Amérique profonde. Au travers des champs de pétrole, de ville dévastées par la pauvreté, de banlieues huppées, American Honey brosse un paysage des Etats-Unis totalement fracturé. Par moment, on ne voit que l’opulence, à d’autre, on voit la misère. Le mythe du rêve américain, encore lui, cette figure indélébile, et de moins en moins atteignable, se décompose devant nos yeux. Même ces endroits où l’argent est censé couler à flot dans ces plaines de pétroles, la misère est présente sous forme ici émotionnelle. Lors d’un pitch dans une villa, on y voit la misère morale avec cette fille d’à peine 13 ans, se dandiner comme dans une vidéos youtube à la Nicky Minaj (sans lui manquer de respect).

Jake est le meilleur vendeur du groupe et va donc apprendre sa méthode à Star. Il a sa propre vision de la chose, c’est de jauger rapidement ce qu’il pense que le client veut entendre. Du coup, il sort des bobards à longueur de journée, ce qui va à l’encontre de ce que Star pense. Elle veut juste vendre avec honnêteté. Et pour y arriver, créer des situations et des relations, de manières audacieuses, voire périlleuses avec son client pour qu’il soit réceptif à son argumentaire de vente.

Ce qui est beau dans la performance de Sasha Lane, c’est qu’elle y installe dans son personnage à la fois de la naïveté mais aussi une confiance en soi qui tend vers de l’imprudence et est intuitivement sûre de sa sensualité. Entre d’autre main qu’Arnold, le film aurait pu virer très rapidement au drame misérabiliste. Plusieurs fois, je me suis demandé si on allait pas virer à la catastrophe, pour nous arracher des larmes. Ce n’est pas le cas ici et j’en suis ravis.

American Honey n’est pas un film facile. C’est un film qui se ressent, où l’on doit abandonner son aspect critique, sa logique et se laisser emmener avec eux dans leurs trip. Trois heures de métrage plus tard, je me suis demandé ce que je venais de regarder. Mais tout y est. C’est un beau film. On a là l’essence même du concept de liberté. Sasha Lane est une révélation, Shia Laboeuf donne ici une de ces meilleures performances, et continue dans sa veine de performance artistique. Et que dire de cette relation qui se forme et se concrétise à l’écran entre ces deux-là. C’est beau. C’est touchant. Chapeau !

Encore un autre film distribué par A24 aux US et Diaphana en France. A24 continue de proposer des films audacieux avec une vraie personnalité, une vraie vision d’auteur.

8,5/10

Article rédigé par S.T. de Stephane Décrypte


Sortie en France : 8 février 2017
Réalisateur : Andrea Arnold
Casting : Sasha Lane, Shia Laboeuf, Riley Keough
Genre : Drame
Nationalité : US, britannique
Distributeur : Diaphana Distribution

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