Séries

Santa Clarita Diet [Saison 1] : Une famille en gore

D’après Netflix, le meilleur remède contre la morosité en ménage, c’est le cannibalisme. Du moins, c’est ce que laisse à penser son étrange comédie horrifique Santa Clarita Diet. On a englouti pour vous sa première saison de 10 épisodes pour se faire une idée de ce que valait ce régime très spécial.

Santa Clarita Diet - Netflix - 2017

Santa Clarita Diet – Netflix – 2017

Synopsis: Joel et Sheila sont mariés. Tous deux agents immobiliers, ils vivent dans l’insatisfaction de leur petite routine tranquille à Santa Clarita, une banlieue de L.A., jusqu’au jour où Sheila subit une transformation spectaculaire qui les attire vers la mort et la destruction… pour le pire et surtout pour le meilleur !

Timothy Olyphant - Santa Clarita Diet - Netflix - 2016

Timothy Olyphant – Santa Clarita Diet – Netflix – 2016

Full disclosure, si j’attendais particulièrement Santa Clarita Diet, ce n’est pas spécialement à cause de son pitch improbable et mystérieux ou de sa juteuse campagne marketing… Non, franchement, une série sur une mère de famille zombie cannibale, ça pouvait finalement surtout sonner comme le point de départ d’une série Z fauchée. Non, en vrai, moi je suis surtout là pour Timothy Olyphant, rien de plus. Ce cher monsieur a quand même été le lead d’une des séries les plus réussies (si on oublie la saison 5) et sous-estimées de ces 10 dernières années, j’ai nommé Justified, une série que je chéris irrationnellement et qui réveille en moi une passion insoupçonnée pour l’Amérique profonde de Trump. Oui, bonne à ce point-là. Si la série l’a révélé comme un interprète à la fois charismatique et subtil, dans le rôle de Raylan Givens, il est aussi un formidable acteur comique encore trop méconnu, cumulant des apparitions en guest qui font toujours mouche. Alors bien sûr, son retour dans une série, comique qui plus est, méritait toute mon attention. Accessoirement le fait qu’une star plus habituée des plateaux de cinéma comme Drew Barrymore se soit associée au projet, avec d’autres noms réputés comme Victor Fresco (Better Off Ted) à la production, le rendait indéniablement plus alléchant.

Alléchant, c’est le mot. Santa Clarita Diet est une série alléchante, mais rarement pleinement savoureuse. Elle cultive véritablement l’art du teasing. Les premiers spots promotionnels étaient déjà de bons indicateurs de cette nature-là, en entretenant le mystère sur le twist cannibal de la série. Cette première saison est en phase avec cet état d’esprit, en nous teasant régulièrement sur des perspectives intéressantes… mais elle peine souvent à leur donner de la substance.

Tout cela n’empêche pas pour autant de passer un bon moment devant la série qui bénéficie d’un rythme enlevé et d’une énergie de boute-en-train, à l’image de celle que retrouve Sheila une fois devenue zombie. Les épisodes enchaînent ainsi les complications auxquelles le couple Hammond doit faire face, réussissant à maintenir un intérêt amusé pour ses tribulations.

Sur le terrain de la comédie, le récit cannibale déjanté de Santa Clarita Diet s’avère ainsi plutôt efficace. Si l’on fait abstraction de la dimension horrifique et gore de la série et de ses jurons intempestifs, on pourrait d’ailleurs parfaitement se croire devant une sitcom familiale typique. Entre son casting restreint, composant une famille américaine moyenne et son unité de lieu limitée principalement au quartier de Santa Clarita et au foyer des Hammond, Santa Clarita Diet respecte les conventions des sitcoms, sans passer par les multi-caméra. L’humour, souvent très écrit et fondé sur des dialogues de personnages y fait aussi beaucoup penser. Ça ne m’aurait en tout cas pas étonné d’entendre à un moment donné des rires enregistrés.

Drew Barrymore - Santa Clarita Diet - Netflix - 2017

Drew Barrymore – Santa Clarita Diet – Netflix – 2017

Vu son sujet, Santa Clarita Diet n’avait toutefois aucune chance d’être une sitcom dans une grille de network. Mais c’est bien grâce à cette thématique cannibalo-zombie que la série peut emmener son humour à un tout autre niveau. Dans l’histoire de ces banlieusards qui s’ennuyaient dans leur quotidien, la comédie naît de l’irruption progressive de l’horreur et du crime qui entrent en conflit avec les aspects triviaux de la vie de famille normale que les Hammond essaient de maintenir. C’est particulièrement réussi quand la série traite des situations répugnantes, comme se débarrasser de restes humains ou commettre un meurtre commandité, comme toute autre problématique du quotidien et avec une tonalité très légère. Sa façon d’utiliser le gore contribue également à cela. Elle fait en sorte de le déposséder de son pouvoir horrifiant et souligne la caractéristique alimentaire des corps par l’attitude de Sheila et la façon désinvolte de les filmer.

Ce qui aide aussi énormément la série pour exploiter l’humour des contrastes, c’est vraiment de pouvoir compter sur des acteurs aussi doués que Barrymore et Olyphant. Ils trouvent le parfait équilibre entre effroi et excentricité pour rendre des personnages dans une telle situation à la fois crédibles et drôles. Pour ne rien gâcher, ils bénéficient d’une belle alchimie qui rend leurs discussions, chamailleries et rabibochages profondément attachants et désopilants.

La relation Sheila/Joel est ainsi le cœur de la série, bien plus que la particularité surnaturelle du personnage de Sheila. L’évolution de leur dynamique au fil des changements de l’état de Sheila constitue peut-être le point le plus intéressant de la série pour moi. J’apprécie beaucoup qu’on nous les présente comme un couple solide, qui se renforce face à l’adversité, tout en devenant toujours plus déluré. On évacue très vite toute piste d’intrigue d’adultère, pour vraiment mettre en lumière le duo que Sheila et Joel forme. Un duo atypique, qui défie quelques normes sexistes qui plus est et c’est pas plus mal.

Santa Clarita Diet - Netflix - 2017

Santa Clarita Diet – Netflix – 2017

Le rôle d’Abby (Liv Hewson), la fille des Hammond, n’est, lui, en revanche pas toujours tout à fait bien défini, même si on évite d’en faire l’ado boulet traditionnelle. On ne coupe pas, toutefois, à quelques intrigues conventionnelles où les parents lui cachent certaines vérités. Elle est finalement plus intéressante et badass quand elle prend les choses en main en aidant son voisin geek, avec qui elle forme un duo attendrissant, ou quand elle assiste ses parents. Elle ne commence toutefois qu’à officiellement les aider dans leurs combines qu’en fin de saison alors qu’elle aurait été un atout vraiment de taille bien plus tôt. Le cliffhanger final suggère en tout cas qu’elle pourrait avoir un rôle plus significatif par la suite, ce qui est encourageant, dans l’hypothèse ou la série est renouvelée.

Maintenant, ce qu’il faut bien avouer, c’est qu’on ne s’en fait jamais bien longtemps pour les Hammond. Certes, il y a bien une curiosité de voir avec quelle nouvelle situation sanglante la famille va devoir composer à chaque nouvel épisode, mais on est loin d’un effet haletant d’un thriller à la Dexter. Les menaces qui pèsent sur le secret des Hammond sont généralement écartées rapidement par des pirouettes scénaristiques fun mais improbables et un peu trop commodes… si bien qu’il n’y a pas de sentiment d’enjeu conséquent ou de vraie mise en danger des Hammond.

Là où la série peut encore avoir des cartes intéressantes à jouer pour faire monter les enjeux c’est au niveau des surprises que peut encore réserver la transformation de Sheila. En revanche, vu que l’accent est surtout mis sur la comédie plutôt que sur le mystère, il est difficile d’accorder beaucoup d’importance aux maigres développements de la mythologie de la série. Le fait est qu’on nous donne déjà peu d’informations sur le pourquoi du comment de la transformation en zombie. Mais en plus, dès que la plupart des éléments sont introduits via les recherches de Joel, ils sont avant tout exploités comme ressorts comiques qu’on ne prend jamais trop au sérieux.

En bref, pour une série sur des humains dévorés, Santa Clarita Diet manque quelque peu de chair. Elle est sauvée par un duo d’acteurs qui porte vraiment son récit loufoque à bout de bras et donne vie à l’humour avec panache. La particularité du surnaturel et du gore s’avère toutefois un gadget avant tout au service du comique d’une famille de banlieue attachante mais dans une histoire, au fond, assez prémâchée. Ce n’est pas tout à fait le retour dont je rêvais pour Olyphant mais c’est déjà un plus de pouvoir mieux profiter de ses talents comiques.

6,5/10

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