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American Crime [Bilan Saison 1 & 2] : Dures réalités

Le crime ne paie peut-être pas mais il fait de très bonnes séries et American Crime fait sûrement partie des meilleurs crus du genre. Laissez-moi donc vous convaincre de vous laisser aller à l’ivresse criminelle.

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American Crime – ABC – 2016

S’il fallait ne regarder qu’une seule chose en 2016, ce serait American Crime. Voilà, c’est tout pour moi. Fin de la chronique. J’étais juste de passage pour vous dire ça. Je vous ai soufflé avec ma force d’argumentation n’est-ce pas?

Non, la vérité c’est que j’ai depuis un moment très envie de m’exprimer sur Amercian Crime depuis que j’ai vu sa saison 2 (en témoigne mon prosélytisme à répétition qui spamme nombre de conversations Facebook, WhatsApp et j’en passe). Ce n’est pas spécialement une review de la saison que je voudrais délivrer ici mais plus une invitation. Comme cette chère Audrey Pulvar, j’en suis moi aussi convaincu: il faut que tout le monde voie American Crime. A l’heure actuelle, il n’y a pas mieux en matière de fiction sociétale véritablement captivante. Ses bénéfices pédagogiques seraient très utiles aujourd’hui encore dans nos sociétés contemporaines, tant aux US qu’en Europe. Entre les crimes de haine, le racisme, l’immigration, les disparités sociales, l’homosexualité, l’éducation, la drogue, la corruption, le hacking, le viol… En à peine 21 petits épisodes, elle aborde une multitude de problématiques majeures de notre époque.

Petit rappel des faits pour ceux qui auraient loupé un épisode (alors que que tout bon sériephile sait que c’est sacrilège et QU’IL BRÛLERA FORCÉMENT EN ENFER POUR CE PÉCHÉ donc c’est trop tard mais on va faire avec) et auraient la chance de découvrir la série sur grand écran à Séries Mania: American Crime est une série anthologique (une saison = une nouvelle histoire, avec des personnages différents, selon la définition revue et corrigée par ce petit malin de Ryan Murphy). Créée par John Ridley (12 Years a Slave) elle est centrée sur les ramifications et répercussions sociales et psychologiques d’un crime aux États-Unis… oui vous me direz, pour le titre, ils sont pas allés chercher bien loin.

Dans son concept, la série trouve quand même une idée de génie, qui était pourtant là, sous le nez de tout le monde: une série policière sans la police. Enfin, bon, oui, la police est là mais vous remarquerez, si vous regardez la série avec attention, qu’on ne voit quasiment jamais le visage des enquêteurs. Ils ne sont que des présences sans réelle consistance, aux rôle purement fonctionnels. Parce que l’enquête n’est pas le vrai sujet.

Ce qu’il s’agit de raconter, c’est l’histoire des victimes, des accusés et des coupables. Bien sûr, je parle de série policière sans police mais on est bien loin du format procédural classique de la série policière. American Crime est feuilletonnante à l’extrême et cela sert d’autant plus cette impression de véracité et de complexité qui fait toute sa richesse. Chaque détail a son importance. Elle décrit tout un microcosme social, celui de familles bouleversées par un crime racial en saison 1 et celui d’un lycée aux prises avec le scandale du viol d’un garçon par un de ses basketteurs en saison 2. Elle dépeint sans concession ces mondes, et relate avec grande méticulosité ses dynamiques. Tout est livré dans un travail de toutéliage impressionnant mais quasiment imperceptible.

Rarement on verra un grand nombre de personnages réunis ensemble, certains ne se croisent même jamais… Mais chaque action a un impact sur tous les autres personnages et fait avancer l’intrigue. Le tableau est ainsi d’une complexité folle, absolument sans aucune trace de manichéisme et nous dévoile une galerie de personnages uniques et « vrais », sous leur meilleur comme sous leur pire jour (bon, souvent leur pire, à vrai dire). Pour ne rien gâcher et faire la force de ces personnages, la série peut compter sur un casting de haute volée qui allie merveilleusement bien grands noms comme la divine Felicity Huffman, inoubliable Lynette de Desperate Housewives, l’envoûtante Regina King ou l’excellent Timothy Hutton et visages moins connus comme ceux qui incarnent Aubrey et Carter, le déchirant couple tragique de la saison 1 ou les jeunes et bouleversants Taylor et Eric de la saison 2.

Je profiterais de rebondir sur le talent des acteurs pour insister sur l’importance de voir les deux saisons de la série dans l’ordre, même si c’est véritablement la 2e saison qui a permis à la série de laisser exploser tout son potentiel. Non seulement je pense que la puissance de la saison 2 se ressent d’autant plus quand on s’est habitué à son style en saison 1, mais c’est aussi une opportunité d’apprécier les vrais dons de caméléon et la polyvalence des acteurs rempilant dans d’autres rôles. Si après ça, vous ne venez pas me dire que Felicity Huffman peut tout jouer, mériterait tous les Emmys du monde et devrait se présenter aux primaires socialistes et républicaines (au point où on en est…), je ne peux plus rien pour vous.

Qu’on se le dise, American Crime, ce n’est donc pas une série drôle. Dure, brutale, oppressante, horrifiante, dérangeante, âpre… sont parmi les qualificatifs qui décrivent le mieux la série. Et c’est pour ça qu’elle est géniale. C’est aussi une œuvre singulière qui tire pleinement parti de son format et nous prouve que ce n’est définitivement pas la taille des histoires qui compte pour faire réfléchir. Sans conteste, elle est le plus bel aboutissement en termes de série anthologique à l’heure actuelle, n’en déplaise à Fargo (qui n’en est pas vraiment une) et American Horror Story.

Plus important, American Crime ne s’excuse pas de ce qu’elle est, elle ne cherche pas à plaire, elle cherche à montrer, à révéler, à dire des choses. C’est devenu chose rare sur les networks aujourd’hui alors raison de plus pour, je vous en conjure, écouter ce qu’elle a à nous dire.

9/10

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