[Off Avignon] Frédérique, le banc public : Balade dans une comédie humaine et poétique

Que dirait un banc public s’il pouvait parler ? S’il pouvait raconter toutes les histoires dont il a été témoin ? C’est la question peu commune que s’est posée Oriane Fagot et à laquelle elle a choisit de répondre avec Frédérique, le banc public, une pièce dans laquelle elle a personnifié le banc. Ce sera une femme : Frédérique.

Synopsis : Le tout premier banc public nous raconte sa vie de ses origines à nos jours, à travers des saynètes mettant en scène les personnes qui l’ont côtoyé, des plus jeunes aux plus âgés.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est osé. Et en même temps, il est intriguant. Je me dis que c’est une idée géniale. Mais je ne sais pas forcément à quoi m’attendre.

Un point de vue original

Je suis rassuré tout de suite. Oriane Fagot, l’autrice, a décidé de s’emparer du sujet sous un angle personnel. La toute première scène, après une brève introduction, nous fait découvrir Frédérique. Si le banc était là, sur la scène, dès le début, le voilà personnifié par Maja Ristic, qui prouve qu’on peut répondre de manière très convaincante à l’affirmation : « Joue un banc public ! ».

Elle va nous plonger dans sa vie, à travers des anecdotes et des saynètes du quotidien depuis sa « naissance ». Elle est enjouée, très heureuse de sa vie, et passionnée par son sujet. Tour à tour narratrice, coryphée, protagoniste selon l’histoire qu’elle ou qui va se raconter, on vit avec elle au rythme des saisons, et surprise, on retrouve nombre des petites histoires au fil du temps.

Une comédie poétique

Finement choisis par Oriane, les personnages sont représentatifs de celles et ceux qu’on imagine arpenter les allées d’un parc et s’installer sur ou être proche du banc. Mais les réduire à cela serait passer à côté de l’essentiel. A travers sa galerie de personnages, magnifiquement interprétés par Les Praisques – nous y reviendrons – Oriane dresse un portrait de notre société, à tous les étages. Ce banc, c’est l’occasion de croiser les plus jeunes comme les plus vieux, les plus riches comme les plus pauvres, les plus sains comme les plus dérangés… Oriane joue avec les codes, joue avec les références comme rarement il est donné à voir au théâtre. Parfois subtils, sous forme de clin d’œil, et au connaisseur de les saisir, d’autres fois plus évidentes, mais dans ce cas attendez la chute car l’évidence n’est pas forcément où l’on croit (Brassens quand tu nous tiens)… Dans tous les cas c’est créatif, et ça fonctionne ! Vous ne verrez notamment plus jamais Titanic de la même façon.

Les personnages sont – presque tous – très humains. Travaillant des archétypes, jouant avec nos codes et nos attentes, trouvant toujours une belle manière de nous surprendre, le texte d’Oriane Fagot prend dès lors une dimension poétique. C’est une ode à l’humain, au vivre ensemble, dans un monde qui en a cruellement besoin. Elle va chercher le meilleur dans – quasi – chaque personnage, dévoilant leurs fragilités pour mieux qu’il et elle les affrontent. Ces portraits de vies, Oriane arrive à les dresser en quelques secondes nous permettant de suivre aussi bien les personnages « unitaires » comme les récurrents.

Des personnages hauts en couleur

Cette galerie de personnages est donc interprétée par la compagnie des Praisques, à l’origine de la pièce. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils s’en donnent à cœur joie et que le texte peut, dès lors, prendre sa pleine dimension. Ils sont tous au diapason : de Maja Ristic, Frédérique donc (principalement), dont l’engouement est communicatif, et la grâce lors du changement de saison poétique, ou Eugène Casalis en timide, joggeur ou Brassens plus vrai que nature, Léo Deschamps en vieux tellement attachant, ou SDF exubérant, Bonnie Hladky tour à tour bo-bo, critique du Titanic, et en vieille tout aussi attachante ou Pierre Lange qui nous propose un joggeur plus attentif à son image qu’au sport, un duo avec Léo Deschamps, dont le but étant de trouver des questions qui n’ont pas – à priori – de réponses (leur propre quiz ultime). Pour ces passages, l’écriture a été collective. En même temps, les exemples fusent !


Les comédiens et comédiennes nous embarquent avec eux, dans ces séquences tantôt drôles, tantôt émouvantes, voire même parfois choquantes ! On se dit alors qu’Oriane Fagot ose vraiment tout (coucou Forrest). Et elle est servie dans son imaginaire par Les Praisques qui assument eux aussi tout et qui prennent un vrai plaisir sur scène (et ça se voit).

Une mise en scène toute en subtilité

On ne peut conclure sans parler de la mise en scène d’Émilie Beugnot et Oriane Fagot qui sublime le texte. Le ballet des comédiens est parfaitement géré, avec les changements de tenues inhérentes aux saynètes, les idées pour les changements de saison, trouvées dernièrement, sont géniales. Le décor est minimaliste, mais essentiel : le banc. Ensuite ce sont les accessoires qui feront le reste.
Il y avait aussi à faire côté comédiens puisque chaque interprète joue trois ou quatre rôles radicalement différent. Ici le choix a été d’appuyer subtilement les traits de caractères de chaque protagoniste afin qu’ils soient reconnaissables en un clin d’œil mais en même temps réalistes. Un numéro d’équilibriste parfaitement géré, entre symbolique et réalité.

Frédérique, le banc public, une comédie ? Mieux, de la poésie ! Et ce grâce au texte d’Oriane Fagot, qui, partant d’une thématique originale, a su en tirer l’essence pour proposer une fresque sociale, humaine et positive. Servi par des comédiens talentueux qui se sont appropriés chaque personnage et à l’énergie communicative, on plonge instantanément dans les différentes saynètes, on apprécie les clins d’œil subtils à la culture pop des années 90 et la manière dont la plupart de nos attentes sont déjouées (mention spéciale à Brassens). On en ressort le sourire aux lèvres avec la furieuse envie d’aller s’assoir sur un banc public !

« Frédérique, le banc public » d’Oriane Fagot
Mise en scène : Émilie Beugnot et Oriane Fagot
Avec : Eugène Casalis, Léo Deschamps, Bonnie Hladky, Pierre Lange et Maja Ristic
Compagnie : Les Praisques
Au Pixel Avignon jusqu’au 26 juillet 2025 : tous les jours à 14h, relâche le mardi (8, 15 et 22 juillet).
Réservations

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