Les Enfants sont rois est la nouvelle série originale de Disney+ disponible dès ce mercredi 23 octobre sur la plateforme de streaming. Derrière cette adaptation du livre éponyme du Delphine de Vigan, on retrouve Judith Havas et Victor Rodenbach en tant que créateurs et scénaristes, Sébastien Marnier à la réalisation et Fanny Riedberger à la production. Ils nous en disent plus sur ce thriller qui questionne à propos des réseaux sociaux.

Comment est arrivée l’idée d’adapter le livre Les enfants sont rois et comment avez-vous abordé l’adaptation ?
Fanny Riedberger : Alors comment est venue l’idée d’adapter ? Moi c’est parce que le sujet m’a fasciné. Je ne connaissais pas ce monde-là, je lisais depuis longtemps les livres de Delphine, mais c’est vrai que celui-là m’a tout de suite happé et je me suis dit que j’avais très envie de parler de ça et j’ai beaucoup aimé le mélange des styles dans son roman. C’est comment parler d’un sujet de fond, un sujet de société avec les codes du thriller ce qui rendait ça très mainstream. Pour l’idée de l’adaptation j’ai donc fait appel aux deux créateurs, Judith Havas et Victor Rodenbach.
Victor Rodenbach : Déjà tout de suite dans le roman il y a un sujet qui interpelle, un sujet de société sur cette petite fille qui est exposée sur les réseaux sociaux et qui disparaît, donc ça immédiatement on a senti la force de ce sujet-là et comment ça nous parlait et comment ça pouvait parler potentiellement à beaucoup de monde. Et ça a aussi réveillé chez nous des questionnements plus personnels et plus intimes sur notre rapport, nous, aux réseaux sociaux et ça a créé des discussions entre nous et ça nous a donné envie de savoir quoi raconter dans cette série. On s’est dit qu’on voulait parler de ça en fait, de comment les réseaux sociaux en fait semblent être un obstacle qu’on met sur notre chemin pour savoir qui on est et c’est pour ça qu’on a creusé un peu ces deux personnages féminins qui, chacune à leur manière en recherchant cette petite fille, vont se rendre compte et comprendre aussi qu’elle utilise pour l’une les réseaux sociaux derrière lesquels elle se cache, pour l’autre son métier derrière lequel elle se cache et pour créer un peu un questionnement existentiel. Il y a la question aussi du thriller qui je pense nous intéressait beaucoup.
Judith Havas : En fait c’est vrai qu’on devait réfléchir d’abord à comment l’adapter, pas faire exactement la même chose qu’un roman, mais comment en faire une œuvre à part entière. On a poussé le thriller pour en faire une série mais à travers ce thriller on a aussi réfléchi à comment dire que l’exposition des enfants sur les réseaux sociaux n’était pas qu’une responsabilité individuelle soit de la mère, soit du coupable qui a enlevé la petite, mais aussi une responsabilité collective. Et pour ça on a abordé cette adaptation en disant voilà comment est-ce que tous les personnages secondaires, on en a créé des nouveaux comme la juge, on a ressuscité le père de la policière, aussi on a ajouté des suspects à l’enquête, comment chacun à leur manière répondait, était une version différente du thème et comment tout le monde pouvait être coupable.
Quel était le plus gros défi de cette adaptation ?
Victor Rodenbach : Il y en a eu plusieurs (rires). Mais déjà d’adapter quand on aime beaucoup la romancière c’est un enjeu conséquent parce qu’on a envie de faire une bonne série et en même temps on n’a pas envie de décevoir la personne qui a initié ce projet donc c’est vrai que c’est un double enjeu une adaptation.
Judith Havas : C’est toujours une trahison, il y a déjà accepter de trahir la romancière qu’on a nuancé beaucoup et c’est vrai que ça ça a été un premier enjeu. Après ça s’est vraiment fait en bonne intelligence, elle a compris nos choix et on a aussi réussi, on espère, à garder le cœur du roman. Ensuite c’était d’incarner les personnages qu’on suivait dans le roman. Presque chacune des deux femmes avait leur trajectoire en parallèle dans le passé mais même aussi dans le présent donc il a fallu réfléchir à comment les mettre en relation dans la série et comment, puisque une série c’est quand même des personnages qui vivent ensemble une histoire, créer ce lien entre elles. Donc pour ça on a fait évoluer le personnage principal qui est le personnage de la policière, plus que celui de Mélanie Diore d’ailleurs, pour tisser cette relation qui s’étend au cours des six épisodes et qui s’intensifie. Donc ça ça a été un travail sur la longueur dans l’écriture, et puis aussi comment intensifier le thriller qui était une ligne assez fine dans le roman, qui était présent mais en tout cas on voyait bien que c’était ça qui intéressait le plus les gens et pour nous justement pour faire une série qui soit universelle, ludique et haletante il a fallu dramatiser plus cette enquête à travers laquelle on a essayé de faire le récit intime de nos personnages.
Fanny Riedberger : Et je crois aussi qu’on s’est efforcé de ne pas être donneur de leçons, rien de pire, on y pensait très régulièrement. Très rapidement on peut glisser là-dedans et pour ma part j’avais très envie de faire un thriller moderne, non pas que ça soit pas le cas d’habitude mais c’était vraiment une envie personnelle, ça parle d’une époque très contemporaine, d’un monde d’aujourd’hui, et j’avais envie de pousser les curseurs et de rendre cette série genrée comme on dit, c’est plus le même mot qu’à l’époque parce que le genre c’était de l’horreur ou des trucs très niche, aujourd’hui le genre c’est juste une patte assez franche et j’avais envie de pousser ce curseur là donc c’est pour ça que j’ai été chercher Sébastien Marnier qui a ce talent là, je suivais tous ses films et je pense que cette série a quand même ce charme d’être du genre populaire, du genre à la portée de tous et je trouve que c’est la force de ce projet.
Est-ce que Delphine de Vigan a validé la série ou du moins vu le résultat ? Et a-t-elle participé un peu au projet ?
Judith Havas : Au début elle était collaboratrice, c’est à dire qu’on lui faisait lire les premières versions, après elle nous a laissé.
Fanny Riedberger : On a beaucoup échangé avec elle au début et après elle a fait confiance au travail et puis elle a bien vu de toute façon que sa place était compliquée. C’est soit elle adapte soit elle laisse adapter. Donc elle nous a accompagné et puis après elle a été un peu dépossédée de tout ça. Elle a vu le résultat, je pense.

Comment vous êtes-vous inspiré pour faire les vidéos YouTube de Happy Récré ?
Sébastien Marnier : C’est très simple, en en regardant plein sur internet. C’est vrai qu’on s’est nous-mêmes plongé, alors eux déjà dans un premier temps dans l’écriture, mais nous après effectivement sur la fabrication de l’image tout l’univers visuel et tout ça, il a fallu nous aussi nous plonger dans des tunnels de chaînes d’enfants. D’ailleurs je pense qu’on a tous perdu quelques neurones quand même dans cette expérience (rires). Mais pour être justement le plus fidèle possible. C’était un vrai challenge. A la fois à fabriquer, mais aussi, en l’occurrence surtout pour Doria qui joue la mère puisque c’est vraiment un autre rôle qu’elle incarne en fait, une autre facette de son personnage, donc on s’est le plus possible inspiré de ce qu’on a vu sur les challenges aussi, sur le rapport même à la publicité, aux marques réelles. C’est quand même ce qui donne cette véracité là, ce que disait Fanny tout à l’heure, de surtout jamais paraître donneur de leçons je pense, c’est d’un seul coup quand on voit ça une enfant qui fait de la publicité alors qu’elle a cinq ans il y a quelque chose de toute façon, on n’a rien besoin de plus en fait. Voilà c’était du coup presque une des premières évidences qu’on a eu dans la série, c’est à dire qu’on allait avoir cette confrontation entre un monde réel un peu déréalisé quand même grâce au genre justement très sombre, et cette chaîne qui allait venir contrebalancer par son aspect pop, ludique, presque un peu girly à des endroits aussi. C’est toujours un peu la dualité aussi de Mélanie Diore qui s’inscrit là-dedans.
Aviez-vous dès le départ des comédiennes ou comédiens en tête ?
Fanny Riedberger : J’ai lu le roman et j’avais déjà Doria (Tillier) et donc j’ai été la voir au tout début, j’avais même pas de chaîne, on n’avait pas commencé à écrire que je lui ai demandé de lire le roman, on s’est rencontré elle m’a dit « je vois pas du tout pourquoi tu me vois dans ce personnage » et j’ai dit « mais moi je vois » (rires). Et finalement au bout d’un an, je suis revenue la chercher avec les textes, la chaîne et elle a dit banco. Mais dès le départ, je sais pas pourquoi mais c’était Doria.
Sébastien Marnier : Et puis moi j’avais déjà fait un film avec elle. Je pense qu’elle était inquiète c’est hyper dur comme rôle en vrai, comme incarnation. Je pense qu’on a pu être là aussi pour l’accompagner. Je pense que tous les acteurs sont aussi venus pour ça. Pour moi c’était vraiment passionnant à diriger, parce que c’est vrai que ce sont des personnages qui ne sont jamais monolithiques, il y a toujours plusieurs facettes, quelque chose de doux et à la fois d’effrayant, de grande solitude… Ce qui était hyper intéressant, c’était surtout effectivement Doria, mais je crois que ça vaut pour à peu près tous les acteurs de la série, de les emmener dans des zones aussi qu’ils n’avaient pas forcément expérimenté encore jusqu’à présent donc c’était des choses qui leur faisaient plutôt peur mais qui ont été hyper passionnantes à fabriquer tous ensemble.
Fanny Riedberger : J’avais très envie de parler du sujet aussi.
Sébastien Marnier : Oui, il y avait quelque chose je pense qui nous a tous réunis de toute façon, c’était : on veut faire effectivement un thriller qui soit haletant et qui raconte quelque chose et qui est infiniment important en fait.
Comment s’est passée la collaboration avec Disney ? Il peut y avoir quelques scènes un peu violentes par rapport à ce que Disney propose habituellement.
Fanny Riedberger : Très mal (rires). Non non, ils ont une charte comme toutes les chaînes et c’est vrai que c’est Disney+ et qu’il y a des curseurs là, mais le développement avec Disney s’est extrêmement bien passé, ça a été un accompagnement super. J’ai adoré travailler avec eux. En fait, la chance qu’on a eu, au delà du fait que je les trouve fort sympathique et que ce sont des super accompagnateurs, je crois qu’on avait la même vision dès le départ, donc ça nous a peut-être permis de pousser certains curseurs à la fin. Je pense qu’on avait tellement la même idée de série, de la rendre pop moderne, pousser ces curseurs, de faire un thriller différent et de le rendre très contemporain, nous a peut-être permis de pousser un ou deux curseurs. Il y a eu une vraie confiance.
Sébastien Marnier : J’avoue j’ai été très agréablement surpris de ça. Je vais être honnête avec ça, moi aussi je me posais peut-être ces questions. Alors autant on a pu se poser les questions avec Disney justement sur les images des « Happy récré », qu’est ce qu’on montrait et tout ça, mais alors sur ces questions vraiment de violence ou de dernière vague comme ça dans le dernier épisode, il n’ a jamais eu question de censure. Je crois que dès les premiers rendez-vous cette question là elle a été mise sur la table tout de suite.
Fanny Riedberger : C’était le sujet ! On ne peut pas traiter ce monde là sans parler de pédophilie, il y avait un truc de véracité et bon bah nous c’est une histoire qui tourne bien, mais voilà ils nous ont laissé être âpre à certains endroits parce que le sujet le méritait.
La série parle beaucoup des réseaux sociaux et de l’impact des envies des parents sur leurs enfants. C’était important pour vous de développer ces sujets ?
Victor Rodenbach : C’était l’essentiel, c’est l’envie de départ.
Judith Havas : C’est ça il y avait, sans être manichéen, quand même le désir de mettre en lumière ce que ça peut provoquer chez les enfants. A la fois effectivement l’accès à des images, quel impact psychique ça peut avoir sur les enfants et qu’est ce que ça peut provoquer comme ça, en quoi tout le monde est responsable de l’exposition de ces enfants, et de comprendre aussi l’origine de ça. Chez le personnage principal on a essayé de creuser un manque d’estime personnelle, d’amour, qu’elle compense à travers sa fille dans les réseaux, tous les likes qui arrivent ce sont des likes qui sont pour elle en fait c’est elle qui se nourrit de cet amour là, sa fille n’a pas besoin de ça, elle a juste besoin de sa mère. Donc ça c’était important de pouvoir l’incarner et que tout le monde se rende compte que ceux qui ont des enfants, mais aussi ceux qui en ont pas, comment est-ce que les réseaux sociaux sont toujours en fait une manière de se mettre en scène en permanence et comment c’est exposé. S’exposer c’est aussi : plus on s’expose moins on sait qui on est. Il y avait aussi cette question là, et aussi de rendre la question plus universelle, c’est à dire que chacun est responsable pas que la mère. On a créé un personnage de juge pour ça, pour que ce soit la réalité de la justice, de la loi, que même ceux qui regardent ces émissions sont responsables de ce qu’ils regardent et que même si on a attendu le thriller pour qu’il y ait la résolution, tout le monde est un peu coupable.
Propos recueillis par E.L. pour surnosecrans.com

[…] thriller psychologique. Adaptée du livre éponyme de Delphine de Vigan, les scénaristes, Judith Havas et Victor Rodenbach, ont su conserver l’essence du roman tout en l’adaptant brillamment au format série. […]