Tout commence avec un pilot

[Pilot] Flesh and Bone : Une étoile se (trans)forme

Alors que les véritables plongées au cœur des milieux artistiques se font rares à la télévision, c’est précisément ce qu’a décidé d’explorer Moira Walley-Beckett pour sa première création de série qui porte sur la danse. Le sujet est donc original mais complexe, rendant le pilote d’autant plus intéressant et intriguant…

Flesh and Bone

Flesh and Bone – Starz – 2015

Synopsis : Claire qui vit une vie compliquée dans une famille à problème, décide de la quitter pour concrétiser son rêve : être danseuse. Un art qu’elle pratique depuis longtemps déjà. A New York, elle va être confronté aux bons et mauvais côté de cette nouvelle vie, après avoir intégré une des compagnie prestigieuse de cette ville.

Si tenter l’immersion du téléspectateur au sein d’un monde artistique n’est que peu traité à la télévision en général, c’est parce que c’est un véritable casse-tête à mettre en place. D’emblée se pose la question de la crédibilité des images que l’on va tourner. Car le but est alors de montrer de véritables séquences d’art, dans lesquelles la moindre fausse note sera pointée du doigt par les spécialistes. Flesh and Bone porte sur la danse, force est de constater que Moira Walley-Beckett s’est donnée les moyens de ses ambitions.
Le casting comporte 22 danseuses et danseurs, dont Irina Dvorovenko, première danseuse de l’American Ballet Theatre jusqu’en 2013 qui interprète ce qui semble être la plus sérieuse rivale de Claire (la protagoniste de la série) et Sascha Radetsky, ancien soliste à l’American Ballet Theatre et premier soliste du Dutch National Ballet. Côté consultant, c’est le directeur artistique du Royal New Zealand Ballet Ethan Stiefel qui supervise la série, pour laquelle il a aussi créé les chorégraphies et écrit un ballet original de 13 minutes. Rassurant pour les amateurs et professionnels de la danse comme pour le néophyte, qui se dit que ce qu’il voit peut se rapprocher fortement de la réalité.

L’autre aspect compliqué est de savoir montrer l’immense travail nécessaire pour en arriver au point ou elles/ils en sont, sachant qu’ils sont encore et toujours en train d’apprendre et de se perfectionner. La facilité consistant bien évidemment à passer cet aspect sous silence, pour transporter directement l’idée à la scène, sans répétition aucune. Sur ce premier épisode, ce côté, même concernant l’héroïne, est très bien traité. La sélection est drastique, la moindre erreur fatale. Seul un immense talent peut arriver à résister à un faux pas. Un moment fort de ce premier épisode, est le dernier passage de Claire devant le jury. Alors qu’elle a reçu la consigne de ne pas parler, elle répond à une question que lui pose le chorégraphe. Classique jeu de suspens, puisque malgré cela, elle peut quand même danser. Arrive alors ce moment où le pianiste débute la musique. Là, la caméra fixe la tête du chorégraphe et ne s’en détachera pas. A aucun moment, on ne verra la danse de Claire. J’en profite pour saluer la performance de Ben Daniels, pas seulement dans ce magnifique passage mais dans l’ensemble du pilote alors que son rôle n’était pas évident. S’il y a d’ailleurs une phrase à retenir de ce pilote, c’est à travers son personnage qu’on l’entendra : « Ballet is the ultimate optical illusion. We make effort appear effortless, difficult divine, and make gravity our bitch. We live to dance. » (Le ballet est l’illusion optique ultime. Nous faisons paraître l’effort facile, la difficulté divine, et avons fait de la gravité notre garce. Nous vivons pour danser.) Cela résume très bien la danse, mais aussi tous les autres arts, gravité mise à part. 

Il est temps de s’attarder sur la performance de Sarah Hay, pour son tout premier rôle, si l’on excepte une apparition en tant que danseuse dans Black Swan, pour lequel elle n’avait pas de rôle d’actrice à proprement parler. Danseuse de formation, elle est soliste au Semperoper Ballett de Dresde, au sein duquel elle a interprété les rôles principaux de Cendrillon, du Casse-Noisette ou du … Lac des Cygnes. Son rôle est complexe puisqu’elle est issue d’une famille qui semble difficile au départ, avant de se révéler encore pire à la fin. La danse est pour elle un exutoire à sa vie. Elle joue juste, sans jamais tomber dans le pathos, que ce soit dans les moments où elle est seule, comme dans les moments où elle est avec la troupe de danseuse. Elle laisse même transparaître quelques traits montrant qu’elle est décidée à respecter les autres, mais sans se faire marcher dessus. Un personnage intéressant et attachant, qu’on a envie de suivre, et dont la performance de Sarah Hay sublime. Une autre difficulté a été relevée, trouver des acteurs pluridisciplinaires, qui maîtrisent donc parfaitement la danse, mais savent aussi donner le change devant une caméra. Une performance plus compliquée qu’en musique, puisqu’en danse, il n’y a pas d’équivalent à l’harmoniseur vocal.

La série gère donc parfaitement le côté danse, et on aurait presque souhaité qu’elle en reste là. Car la dernière difficulté de vouloir paraître crédible, réside dans les à cotés, ce qu’il se passe en dehors des cours, en dehors du cadre de l’école. Tout avait bien commencé, avec des « coéquipières » qui se révèlent toutes être des adversaires. On ne peut plus logique au vu du contexte ultra concurrentiel dans lequel elles se trouvent et où il n’y aura qu’une élue. L’évocation de la drogue semble pouvoir avoir sa place aussi. Mais ensuite, on ne peut que se demander : Est-ce une vraie volonté de la créatrice ou est-ce que Starz s’est remis à « faire du Starz »? Entre des scènes de nu venues de nulle part (notamment lorsqu’une des danseuses a oublié ses protections), et une séquence dans un club de strip-tease de 7 minutes qui aurait pu se gérer en 2 maximum, on en vient, d’autant plus sachant le passé de Moira Walley-Beckett sur Breaking Bad, à se dire que la série aurait été parfaite sur AMC. Car même si le passage « strip-tease » est là pour montrer que Daphne n’est en fait pas riche par sa famille mais parce qu’elle fait ça en extra, il aurait pu être bien mieux géré. On ne peut s’empêcher de penser à la période « post-Spartacus » de la chaîne, qui venait de se faire un nom avec les scènes de sexe les plus crues de la télévision américaine, et qui saupoudrait toutes ses productions de scènes de ce genre, qui n’apportaient strictement rien à la série. La chaîne était petit à petit sortie de ce créneau, et ses séries ne s’en portaient que mieux. On espère donc que cela ne va pas revenir… Tout en sachant que cela peut simplement être une volonté de la créatrice.
Enfin, si le début et la fuite de Claire de chez elle est une bonne accroche, la scène finale où elle est avec son frère paraît vraiment extrême, presque hors de propos.

Pour son pilote, Flesh and Bone remplit son contrat. Les personnages sont bien amenés, bien construits, et bien joués, avec une mention particulière pour Sarah Hay et Ben Daniels donc. Les séquences de danse sont vraiment belles, le travail très bien montré, et l’ambiance entre les danseuses et danseurs tout à fait plausible au vue du contexte. Côté amélioration, on espère que l’histoire de Daphne trouvera une justification à son arc dans ce pilote, que l’histoire familiale de Claire tiendra debout – en gros qu’il se sorte bien du twist final – et que les scènes de sexe/ de nu servent la série avant l’œil du téléspectateur.

7,5/10 

3 réflexions sur “[Pilot] Flesh and Bone : Une étoile se (trans)forme

  1. Dans le même genre de série je conseille « Dance Academy », série australienne sortie entre 2010 et 2013, un peu plus tournée vers l’adolescence mais très original du côté du mélange entre danse classique et moderne.

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