Festivals/Tous Ecrans

Festival Tous Ecrans – Jour 1

IMG_2771Je démarre donc mon séjour au festival un jour après son lancement, vendredi 7 au soir, fashionably late comme on dit et puis parce que je sais bien que les entames, c’est rarement ce qu’il y a de plus réussi. Il n’y a qu’à relire mon article précédent pour vous en rendre compte.

Première étape : récupérer mon accréditation. Aussi connu sous le nom de « culot » pour quiconque n’était pas journaliste, blogueur, beau-parleur lors des éditions précédentes. Mais parce que le festival a eu bon cœur cette année, voyez ma bonne dame, il a offert aux étudiants de pouvoir se faire accréditer. Alors oui, c’est 15CHF mais c’est toujours mieux que le tarif plein d’accréditation ou de devoir payer chaque projection de série étrangère non-US, parce que la curiosité ça se paye NON MAIS. Pour récupérer le précieux bout de plastique, c’est au lieu principal du festival qu’il faut se rendre, la Maison Communale de Plainpalais. Une belle bâtisse, spacieuse, superbement conservée, rustique et en même temps parfaitement équipée et apprêtée pour l’occasion…l’occasion surtout de dire d’entrée de jeu, TOUS ECRANS CE N’EST PAS DE LA GNOGNOTTE. On sait donc direct où passe l’argent, même si on aurait aimé qu’il en reste un peu pour payer un staff un peu plus investi et informé (mais bon, c’est des bénévoles alors ❤ et tolérance).

L’accred en poche, direction… la billetterie ! D’une logique imparable. Non mais dites vous que les étudiants ce ne sont pas des gens très fiables non plus, la jeunesse, l’alcool, Kev Adams, alors bon, l’accred ça passe, mais il faudra pas pousser non plus, dans leur cas, il y aura besoin d’une contremarque de la billetterie avant chaque projo à laquelle ils voudront assister. Bon, vu la réputation de ma génération, j’ai envie de vous dire admettons. Là où ça fait un peu plus mal, c’est lors de l’effroyable réalisation de geek pantouflard que je suis, que les projections de séries se répartissent à la fois sur la Maison Communale ET les espaces du Grütli situés à 850m de là (oui, j’ai vérifié sur Google Maps). Autant dire qu’il va y avoir du sport, à faire les aller-retour entre les deux.

Qu’importe, les séries sont un puissant motivant, vous ne me contredirez pas là-dessus. Ou alors vous n’êtes pas un vrai sériephile et il vaut juste mieux que vous fichiez le camp d’ici. Oui, déguerpissez, aller OUSTE. Tssss ça se regarde deux épisodes de True Detective et ça se permet de faire la fine bouche ensuite… je vous en ficherais du « vrai détective ». Aller vous enfiler les 695785 épisodes de Détective Conan et on en reparle. Bref, où en étais-je ?

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Série Noire – Radio Canada

Ah oui, le cœur même du sujet justement. Ma première projo c’est donc Série Noire, série canadienne de Radio Canada créée par François Létourneau et Jean-François Rivard (les noms qui te font te demander si au Québec tous les noms ne sont pas une déclinaison de François). J’entame donc le festival par un joli dépaysement culturel… et thermique – le genre que tu préfères quand même qu’il se cantonne à l’écran. D’autant que Série Noire a été tournée en hiver à Montréal, contrairement à la plupart des fictions québécoises. Alors quand on parle de « vraie fraîcheur qui se dégage de Série Noire » on pèse bien ses mots.

Outre ces petites particularités techniques, Série Noire a aussi pour elle l’originalité de son sujet : l’histoire de deux scénaristes ratés qui cherchent comment poursuivre leur série de merde. Une sorte de mise en abîme… « abîmée » si vous voulez. Avec ce revirement de la caméra, la série n’invente rien, d’autres séries sont déjà allées explorer les coulisses de leur propre milieu, de 30 Rock en passant par Episodes à The Comeback. La différence c’est qu’avec Série Noire on n’est pas tant dans une optique de satire (même si certes, elle ne manque pas d’égratigner la télévision avec le personnage de la productrice vénale ou celui de l’acteur has-been, mais ils sont plus dans la périphérie du focus de la série) que de récit absurde. Ce sont les personnages de Denis et Patrick, les deux scénaristes, et leur désespoir qui vont être les catalyseurs de la folie de l’intrigue. Parce que même s’ils baignent déjà dans un univers assez loufoque, surtout par sa galerie de personnages, le tout reste ancré dans une réalité qui nous parle. Mais c’est bien les actions de Denis et Patrick qui font basculer l’histoire dans une dimension encore plus fantasque. Tout cela en partant du postulat que pour écrire une histoire correctement il faut l’avoir vécu. L’idée est donc d’éprouver cette idée reçue, « you can’t write what you don’t know », qui à la base, a déjà ses limites – ça nous aurait épargné bien des bouquins nabilliens, remarquez, si c’était vrai… Pour cela, l’angle comique est d’autant plus efficace pour en montrer toute l’absurdité. Le cheminement pour arriver à l’initiative des deux scénaristes, insistant sur les critiques assassines concernant la vraisemblance de leur show, est toutefois juste un peu poussif. Je veux bien qu’il est important qu’on sente nos héros accablés mais s’en tenir au réalisme comme critère de qualité majeur d’une série, c’est un peu réducteur. Mais cet outil scénaristique devient plus intéressant quand il est utilisé en ressort comique. Parce qu’elle est bien là, la réussite de Série Noire à mon sens, c’est une superbe comédie noire. Elle n’a pas peur de repousser les limites du bon goût et du bon sens pour tourner en dérision son petit monde.

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Penny Dreadful – Showtime/Sky Atlantic

Dans un autre genre, mon programme du festival se poursuit avec Penny Dreadful, patchwork horrifique qui voit des grandes figures des mythes gothiques s’allier et s’affronter. Ou un peu des deux. Ce qui aurait pu être tout aussi drôle que Série Noire dans le fond, avec ce sujet à fort potentiel grand guignolesque. Cette fois, on est de toute évidence à un tout autre niveau de production avec des noms comme John Logan (Skyfall, Hugo Cabret, Gladiator), J.A. Bayona (L’Orphelinat, The Impossible) et Sam Mendes (American Beauty, Skyfall, Revolutionary Road) associés au projet, avec un casting mené par l’envoûtante Eva Green. Diffusée sur Showtime aux Etats-Unis, la série sent donc le fric à plein nez. Elle vous en met aussi plein la vue avec, ce qui fait qu’au moins d’un point de vue formel, c’est une vraie pépite. L’esthétique gothico-victorienne est magnifiquement travaillée et le cadre et la photographie sont d’une grande élégance, sublimant l’ambiance macabre. Non, c’est bien ça qui m’a le plus captivé chez Penny Dreadful, c’est qu’elle rend l’horreur belle.

Ce qui fait que la série ne sombre pas dans la farce dans ses deux premiers épisodes – bon, de justesse parfois – c’est qu’elle semble bien s’assumer en tant que divertissement. Le pilot m’a un peu donné l’impression d’entamer un bouquin ou bande-dessiné de fantasy tant on en suit les codes dans la mécanique d’introduction. Recrutement d’un héros ordinaire aux capacités exceptionnelles, découverte d’un monde caché, des enjeux de lutte bien/mal qui s’établissent… on est dans du classique, mais Penny Dreadful respecte bien le mode opératoire et ça fonctionne. Narrativement, elle s’égare un peu plus par la suite en dispersant trop ses personnages. Puis, là où l’esthétique devient peut-être plus problématique, c’est dans la légère tendance de la série à se complaire trop longtemps dans son auto-contemplation. Cela donne parfois l’impression de faire piétiner les intrigues. L’ensemble n’en est pas moins une bonne surprise pour moi qui m’attendais à une série bien moins encline à s’amuser.

Une première journée qui m’offre donc une plongée enthousiaste dans le programme séries du Festival Tous Ecrans avec deux premières belles découvertes. Mais en même temps, à force d’effort physique à naviguer entre les projections à travers la ville, t’es forcément content quand t’arrives pour t’asseoir devant une série… bon peut-être pas du ABC Family où là t’es encore plus motivé à courir dans l’autre sens. Mais Tous Ecrans vaut mieux que ça, heureusement.

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