Séries

American Horror Story : CULT – La saison clivante

American Horror Story : Cult (Secte), la septième saison de la série de Ryan Murphy s’est achevée en début de mois sur la chaine américaine FX avec deux épisodes traumatisants dans la forme comme dans le fond, et avec une pluie de critiques aussi positives que la saison précédente en avait de négatives.

AHS : Cult – FX – 2017

AHS nous avait laissé un peu sur notre faim l’année précédente, en parodiant (toujours avec intelligence) les cultissimes Projet Blair Witch, Paranormal Activity ou autres Poltergeist dans AHS My Roanake nightmare.

Si la série peut compter dès la première saison sur un casting impeccable (Jessica Lange, Kathy Bathes, Sarah Paulson, et même Lady Gaga, plutôt épatante dans AHS Hotel), tout ce joli monde – Jessica Lange mis à part, partie dans l’autre série de Ryan Murphy FEUD, Bette et Joan  – n’a pas suffi l’an dernier à cacher un manque d’originalité et d’audace dans le scénario, même si le talent du cast nous a offert quelques moments sublimes : Evan Peters ou Sarah Paulson pourraient nous faire adorer toute œuvre de AB1 (bon certes c’est exagéré mais on n’est pas loin de la vérité).

Fini donc Poltergeist In The Woods et bienvenue à Trump in the City. Ryan Murphy transforme donc sa série fétiche (la première étant Glee) en tribune politique post Trump, ne tombant pas dans la caricature d’un Hollywood bien-pensant, mais tentant de comprendre le fossé séparant ces deux Amériques sur le papier irréconciliables depuis novembre dernier. Si AHS s’est fait une particularité de brouiller les pistes jusqu’à l’épisode de mi-saison depuis quelques années, le tournant scénaristique est beaucoup plus efficace et violent cette année. Impossible au premier épisode de deviner les routes que prendront les scénaristes jusqu’aux deux derniers épisodes, les 10 et 11, et quels épisodes !

Tout commence le soir de l’élection américaine de novembre dernier qui a vu Trump devenir à la surprise générale le 44ème président des États-Unis. On pense de prime abord être plongé dans le Hollywood bien pensant, surpris, horrifié, à l’américaine, donc très graphiquement (cris, pleurs…) et on comprend très vite que les deux partis seront représentés.

La force de cette saison réside dans le fait qu’elle ne traite absolument pas les électeurs de Trump avec condescendance, l’erreur qu’a pu faire Hollywood toute l’année précédente. On comprend ainsi dès la fin du premier épisode que le public n’est pas manipulé dans une certaines bien pensante. Les 4 premiers épisodes de la série ne sont qu’un constat de la situation dans la société américaine en 2017, dans ses grandeurs comme ultra décadences, jusqu’au twist de mi saison, qui évidemment sans le dire, prend à charge les partis et pouvoirs (en place, donc) qui manipulent la non-éducation (sans jamais la citer) d’une certaine partie de la population américaine. La morale sous jacente de toute cette saison, sans jamais évidemment être explicitement évoquée, est qu’il y a deux Amériques : l’une qui a la chance d’être éduquée, de ne pas croire Fox News et d’avoir du recul sur les informations montrées, ouverte, et surtout avec la chance de vivre normalement voire confortablement et sans avoir besoin de chercher un coupable à leur misère manquante. Et évidemment l’autre Amérique, raciste car ignorante. Ignorante car manquant de structures d’éducation. C’est un véritable constat presque journalistique et évidemment très imagé, encore une fois sans jamais tomber dans le cliché.

Les deux acteurs phares de cette saison, Sarah Paulson et Evan Peters incarnent les deux pôles de cette Amérique fracturée, l’une tombant dans la déprime suite à l’echec de Clinton, et l’autre se sentant pousser des ailes suite à la victoire de Trump et agissant de manière locale dans la même manipulation de masse nationale que Trump. Car c’est bel et bien de manipulation que traite cette saison de AHS. Manipulation de masse ou de groupe intime. L’élection américaine n’est qu’un départ vite effacé mais départ ô combien important pour mettre tout cela en perspective et comprendre qu’en fait entre Charles Manson et Donald Trump il n’y a qu’un pas. Ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui le dit, mais Ryan Murphy qui le fait entendre implicitement. L’avant dernier épisode (l’un des meilleurs de toute la série) recrée les meurtres de l’été 1969 commandités par Charles Manson, et évidemment la nuit sanglante dans la maison de Roman Polanski, dans laquelle Sharoin Tate, femme du réalisateur à l’époque, en sera violemment assassinée elle et son bébé dont l’accouchement était prévu une semaine plus tard. Les 10 minutes de re-création de ces meurtres sont très graphiques et installent un malaise tant elles paraissent réelles. L’ironie de l’histoire voudra que Charles Manson (joué aussi par Evan Peters dans AHS) décède une semaine après la diffusion de l’épisode, alors que son fantôme était déjà évoqué sur FX. Evan Peters justement sur lequel repose quasiment toute la saison. La confiance que lui porte Ryan Murphy depuis 7 ans prend son envolée cette saison, où l’acteur montre toute l’étendu de son talent, de son charisme, et de son charme. La technique est également complètement sujette à Evan Peters. On a l’impression que la caméra suit les différents états d’esprits TRÈS extrêmes de ce Trump junior : plans séquences, steadycam tournante comme le tournis des idées de Kai, lumière très vivante mais très froide, beaucoup de gros plans cette saison, et un véritable travail d’Orphée du chef opérateur pour recréer une ambiance 60s lors des deux derniers épisodes.

On pourra néanmoins remarquer qu’il sera difficile pour le public non américain de comprendre toutes les références cette saison. La saison 7 de AHS est clairement remplie de références à la culture pop américaine, à son histoire politique, à ses sectes, à ses communautés. A regarder en étant toujours prêt à ouvrir une page Wikipédia pour comprendre chaque subtilité.

 8/10

Article rédigé par Kevin Elarbi

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