Séries/Séries Mania/Tout commence avec un pilot

Downward Dog [Series Mania S8] : Confessions canines

Le meilleur ami de l’homme peut-il aussi devenir le meilleur ami des sériephiles ? Downward Dog, la comédie de l’été d’ABC, créée par Samm Hodges et Michael Killen, offre la meilleure opportunité jusqu’ici de répondre à cette question. La série a de fortes chances de passer inaperçue vu sa programmation chaotique pourtant elle se distingue comme l’un des OVNI de cette saison télévisuelle.

Il y a quand même un chien qui parle, quoi ! UN CHIEN QUI PARLE.

Downward Dog – ABC – 2017

Synopsis : L’histoire d’une jeune femme à la vie compliquée, du point de vue de Martin, son chien solitaire et philosophe. Une seule session dans une école de dressage leur fera comprendre à tous les deux qu’ils sont mieux ensemble, même quand rien ne va.

Passer du rire aux larmes… Au fond j’ai toujours trouvé ça con comme expression. Quelle exagération absurde. Ça n’arrive jamais. C’est juste un truc qu’on écrit pour remplir de l’espace. Un peu comme « donner du temps au temps » ou « boucler la boucle ». C’est typiquement ce genre de phrase éculée qu’on écrit par habitude mais qui n’a aucun sens. Qu’est-ce que tu veux donner d’autre au temps qu’au temps ? Il y a-t-il vraiment autre chose à faire avec une boucle ? Et personnellement, passer du rire aux larmes, très franchement, déjà qu’il m’en faut généralement beaucoup dans un drama pour être ému aux larmes, les chances sont quasi nulles devant une comédie. Même Mom, qui maîtrise actuellement comme aucune autre le tragicomique, n’y est jamais parvenue.

C’était sans compter Downward Dog. Je peux vous dire qu’après avoir vu ses 4 premiers épisodes, je comprends enfin tous le sens de cette expression. J’ai ri. J’ai pleuré. Et les deux à la fois. A chaque. Putain. D’épisode. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est une prouesse incroyable qui gravera à jamais cette série dans ma mémoire. Il y a peut-être un facteur qui a dû peser dans la balance pour arriver à un tel résultat, maintenant que j’y pense. Je dois l’avouer, je suis un taré de chiens. Je n’en ai jamais eu moi-même (peut-être ça qui m’aide à les idolâtrer) mais je connais énormément de gens qui les comptent parmi leurs compagnons et leur sont irrationnellement dévoués. Quelque chose que Manuel Valls ne pourra jamais comprendre. C’est une relation unique pour laquelle j’ai toujours eu beaucoup d’admiration. Les 101 Dalmatiens sont le premier film que j’ai vu dans un cinéma et L’incroyable voyage 2 reste un de mes films fétiches. Et je ne vous raconte pas tous les comptes canins que je suis sur Instagram.

Downward Dog – ABC – 2017

Voilà, maintenant que j’ai perdu toute crédibilité à vos yeux, je vous invite à vous accrocher pour me suivre vous expliquer le génie de Downward Dog à la manière d’une Carrie Mathison décrivant un tableau conspirationniste coloré.

La première réussite de la série, à mon sens, et celle qui est fondamentale à tout le reste c’est d’avoir parfaitement compris ce qui faisait l’essence d’un chien pour brillamment la transposer dans un langage humain, à la fois drôle, touchant et contemporain. Martin, le chien de Nan, se révèle ainsi être un grand narcissique, obsédé, hypocrite mais aussi loyal et sensible. C’est un anthropomorphisme qui n’est clairement pas effectué au hasard et je pense que la plupart des propriétaires de chiens seront d’accord pour dire qu’ils décèlent tous une bonne partie de ces caractéristiques dans leur animal. Downward Dog se propose de les mettre en scène et de les exploiter. Elle atteint des sommets de drôlerie et d’originalité grâce aux manières d’hipster qu’elle attribue à Martin, tout en dirigeant le chien dans son « jeu » de façon absolument bluffante, au point qu’on se demande souvent si tout n’a pas été réalisé par ordinateur.

Martin n’est néanmoins clairement pas qu’un accessoire ou gadget narratif. C’est un personnage à part entière et clairement le centre de la série, même si en réalité, c’est la sublime Allison Tolman (Fargo) qui en est la lead, dans le rôle de Nan, la maîtresse un peu paumée mais toujours idéaliste de Martin. Downward Dog s’intéresse plus précisément à la relation entre Martin et Nan et à l’influence qu’ils ont l’un sur l’autre. Pour réussir à les mettre sur un vrai pied d’égalité narratif et générer l’humour et le décalage, la série recourt à un format maintenant bien connu des amateurs de comédies américaines : le mockumentary. A ce stade, franchement, c’est vrai que faire passer ça pour quelque chose de révolutionnaire, ça a autant de valeur que de dire que le programme de Macron est particulièrement innovant. Mais là n’est pas la question. Ce qui compte pour moi, c’est que la série a réussi à finement l’incorporer dans son récit. Les passages mockumentary se cantonnent en fait à Martin pendant que la vie privée et professionnelle d’Allison nous sont contées de manière classique. A mon sens, cela permet un bel équilibre, d’autant plus que les séquences de Martin et les séquences d’Allison se répondent constamment, ce qui est généralement source de comique ou de moments attendrissants à partir des incompréhensions ou connexions mises en valeur.

Downward Dog – ABC – 2017

Voilà pour ce qui est de la forme. Si l’on s’attarde maintenant sur le fond, et j’en ai les poils rien qu’à l’idée de vous en parler—mais c’est de circonstance vu que notre sujet est lui-même touffu—le propos de base n’est pas inédit mais il est d’une simplicité désarmante. Il s’agit d’évoquer avec humour et bienveillance l’effet positif sur le quotidien du regard d’un être cher. En occurrence, un chien. C’est là toute l’originalité de la chose.

En réalité, la série utilise aussi la relation entre Nan et Martin comme un prétexte pour parler des rapports humains et de la société moderne. Rien que ça. Sous couvert de chronique simple du quotidien, Downward Dog est donc d’une richesse de thématiques inouïe et se révèle complètement en phase avec son temps. Sur 4 épisodes, elle réussit à parler de mobbing, de féminisme, de diversité, de la crise du couple moderne, de l’influence de la publicité et j’en passe. Le fait que Nan travaille au département marketing d’une boîte de fringues trendy aide aussi, bien sûr, à évoquer plus facilement ces sujets. Elle peut, par ailleurs, compter sur une petite bande de collègues doux dingues, un boss macho et égocentrique (Barry Rothbart) et un ex/plan-cul immature (Lucas Neff) pour faire office de personnages secondaires savoureux. La série impressionne à travers cette galerie de personnages par sa capacité à jongler de façon aussi fluide et naturelle avec la workplace comedy, la satire sociale, l’exploration de l’intimité et le questionnement du bien-être.

L’idée la plus importante que Downward Dog cherche à mettre en valeur à travers toutes les tribulations de Nan et Martin mises en scènes tient en trois mots (sortez les violons) : l’acceptation de soi. Vous pouvez trouver ça incroyablement tarte, mais je crois que c’est un message qui peut faire énormément de bien à notre époque. Et puis ce n’est pas non plus comme si chaque épisode se terminait par Greatest Love of All de Whitney Houston (pas que ça me dérangerait, remarquez… ). Non Downward Dog est beaucoup plus maligne et nous cueille avec sa tendresse après nous avoir fait baisser la garde à coups de gags goofy et par son sens de l’ironie. Parce qu’au final, si Martin est un personnage, il n’y a pas à en douter, chaque épisode l’utilise ainsi comme un révélateur du manque d’estime de soi de Nan. Il est aussi alors le vecteur qui lui permet de reconnecter avec elle-même (de même pour les autres personnages par la même occasion) et d’apprendre, petit à petit à s’aimer et à assumer ses idées et sa vie. C’est en comprenant ça qu’on se retrouve, sans s’en rendre compte, en miettes à renifler comme un chien battu, entre deux éclats de rire.

En bref, rien de tel qu’une comédie sur un chien hipster pour parler avec sagesse de la condition humaine et de l’amour de soi, n’est-ce pas ? ça appelle à un revisionnage attentif de Rex tout ça. Blague à part, Downward Dog s’affirme avec une incroyable aisance comme le bijou indie de l’été qui allie efficacité humoristique, modernité et sensibilité. Une comédie au poil, quoi.

9/10

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s